Pour revivre vos rêves
d'enfant, regardez le ciel, suivez la seconde étoile sur la droite… et
laissez vous entraîner dans le monde magique de Peter Pan.
Le 14ème
long-métrage de Walt Disney prend, avec délice, pour base la plus célèbre
des histoires de James Barrie qui vous emmène découvrir un monde où les enfants réalisent leurs rêves
les plus fous et vivent des aventures à couper le souffle.

Chose rare dans la littérature, Peter Pan a d'abord vu
le jour sous la forme d'une pièce de théâtre en 1904 avant d'être réécrit, sept
ans plus tard, en roman. Walt Disney, en personne, flaire l'énorme potentiel du
récit. Dès 1935, il envisage ainsi une adaptation cinématographique bien plus
ambitieuse que celle produite, en film noir et blanc et muet, par la
Paramount, en 1924. Il conclut d'ailleurs en 1939 le rachat des droits auprès de l'hôpital de Great Ormond Street
de Londres auquel James Barrie avait cédé histoire et personnages. Rien ne
semble pouvoir empêcher l'adaptation par Disney de Peter Pan.
Pourtant, le projet met plus de dix ans avant de rentrer en production. La
mobilisation de la Walt Disney Company dans le deuxième conflit mondial gêne en
effet considérablement son développement. L'état des finances de la société
n'autorise ensuite, au sortir de la guerre, aucun projet de grand envergure.
Pire encore : le film a risqué de ne jamais voir le jour ! S'il n'avait pas été,
en effet, mis en production parallèlement avec
Alice au pays des merveilles,
autre adaptation d'un classique de la littérature anglaise, Peter Pan
aurait été sans doute, purement et simplement, abandonné. La Critique, qui n'a
eu de cesse de descendre en règle la version "disneyenne" des aventures de la
jeune Alice, aurait, il est vrai, finit par convaincre la compagnie de
Mickey de ne plus tenter de nouvelles incursions dans la littérature enfantine
anglaise. Fort heureusement, le film était trop avancé pour qu'il soit
abandonné. Hors de question de jeter l'argent par les fenêtres : le mot d'ordre
est, dans cette période d'après-guerre, à l'économie pour redonner au studio une
santé financière satisfaisante. D'ailleurs, le plan de production de Peter Pan
utilise comme pour
Cendrillon et
Alice au pays des merveilles,
une astuce artistique et budgétaire qui consiste, pour réduire les coûts et
faciliter le travail des animateurs, de filmer toute l'histoire avec de vrais
acteurs.
N'en déplaise aux critiques de l'époque, peu disposées à reconnaître la qualité
des adaptations de Walt Disney des oeuvres classiques originales, le papa de
Mickey s'attache à ne pas trahir le roman. Et pas question, comme c'était
pourtant le cas dans les représentations théâtrales de l'oeuvre et même le
film muet de 1924, de faire jouer le rôle de Peter Pan par une jeune fille. Idem
pour Nana qui reste dans la version de Disney un vrai chien.

Peter Pan est assurément un film réussi à bien
des égards. Aussi comique que touchant, il sert une juste observation des
rapports humains et familiaux. Drôle à souhait, notamment au détour des scènes
d'apitoiement du Capitaine Crochet dans ses relations avec le crocodile et Monsieur Mouche,
il sait se faire sérieux et émouvant par son approche de la nostalgie et de la
recherche de la jeunesse éternelle. Il captive
aussi par de nombreuses séquences d'aventures particulièrement denses et
fournies, à l'image des pièges de Crochet et de ses duels avec Peter Pan. La musique et les chansons,
composées par Oliver G. Wallace et orchestrées par Edward H. Plumb, ne souffrent
quant à elles d'aucune critique tant elles soutiennent à merveille le récit.
Enfin, les décors sont particulièrement soignés. L'action se situant souvent
dans les airs, décision a été en effet prise de multiplier les plans : plus de
neuf cents environnements seront utilisés là où un film d'animation classique en
nécessite moins de huit cents.

Mais tous ces ingrédients ne seraient rien sans la
pléiade des personnages, tous plus réussis les uns que les autres. Peter Pan
rayonne ainsi de bout en bout. A la fois fier, insouciant et épicurien, il représente l'éternel
enfant qui se nourrit d'aventures et de fantaisies. Sa voix américaine n'est
autre que celle de Bobby Driscoll, le jeune acteur de
Mélodie du sud,
Danny, le petit mouton noir
et L'île au trésor.
L'autre personnage emblématique du film - devenu depuis l'ambassadrice des
productions Disney - est la fée Clochette. Très vite, les
scénaristes se sont accordés pour en faire la représentante de la beauté
féminine par excellence, plébiscitée par l'occident : blonde, aux yeux bleus et formes généreuses.
Une légende, persistante bien que démentie, veut même que son animateur, Marc
Davis, se soit
inspiré de la mythique Marilyn Monroe pour la dessiner. Le Capitaine Crochet,
enfin, est sans aucun doute l'un des vilains les plus marquants de la Walt
Disney Company. Sans foi ni loi, froid et
calculateur, il sait toutefois se faire gentleman. Il est, en ce sens,
diamétralement à l'opposé de son bras droit, Monsieur Mouche, personnage
débonnaire, aussi maladroit que peureux. Ajoutez à ce duo, à fort potentiel
comique, une curieuse relation avec un crocodile et vous obtenez des
scènes d'une drôlerie parfaitement aboutie. Le personnage du crocodile
est d'ailleurs le seul vrai écart que s'est autorisé Walt Disney par rapport à l'œuvre
originale qui ne le représente en effet que par le "tic-tac" d'un réveil.
Enfin, un petit détail a toute son importance dans l'analyse des personnages et
de leur vision par Walt Disney lui-même : le père de Wendy partage en effet sa
voix avec celle du Capitaine Crochet ! Cette astuce, qui mériterait à elle seule
une étude psychologique poussée, sera malencontreusement ignorée dans la
première version française et réintroduite fort justement dans le nouveau
doublage de 1988.

Peter Pan, malgré ses innombrables qualités,
fut boudé par la Critique de l'époque qui reprochait, alors, par principe, à
Walt Disney de se permettre d'adapter un classique de la littérature.
En fait, il est déjà loin le temps où les long métrages d'animation du papa de
Mickey jouissaient d'une relative bienveillance du milieu intellectuel.
Désormais, il est bon ton de critiquer les productions Disney sans chercher à
leur accorder la moindre valeur. Au fil du temps, à la faveur de nombreuses
ressorties, la critique se fit moins sévère pour finalement se retourner
complètement et donner à Peter Pan son seul et véritable statut :
celui de chef d'oeuvre immuable de l'animation !