Véritable chef-d'œuvre, La Belle et la Bête, 30ème long-métrage de
Walt Disney, est un dessin animé somptueux. Fruit du Nouvel Age d'Or de
l'animation des studios de Mickey (après La Petite Sirène
et au même titre qu'Aladdin ou
Le Roi Lion), il est comparé, à juste titre à
Blanche Neige et
les Sept Nains. Son animation magnifique, ses personnages attachants, sa
musique inoubliable, ses chansons envoûtantes, son histoire universelle font, en
effet, de ce film le seul à avoir jamais été nominé à ce jour pour l'Oscar du
Meilleur Film.

L'une des versions les plus anciennes du conte de La Belle et la Bête est
signée d'Apulée, Amour et Psyché (extrait de L'Âne d'Or), au IIe
siècle avant Jésus Christ. En 1550, Francesco Straparola l’adapte, lui, du
folklore italien en le publiant dans ses Nuits Facétieuses (Le Roi
Porc, seconde nuit, 1er conte). Il apparait, ensuite, pour la première fois
en France, sous la plume de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, en 1740, mais ne
connait véritablement le succès que dans une version abrégée, livrée par
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont dans son Magasin des Enfants en 1757.
C'est sur ce livre qu'est basée la plupart des adaptations ultérieures.
Jeanne-Marie Leprince de Beaumont est née à Rouen en 1711. En 1748, elle publie
son premier ouvrage Le Triomphe de la Vérité ou Mémoires de M. de La Vilette.
Installée à Londres vers 1750, elle vit d’un poste de prescripteur en charge de
l'éducation de jeunes filles nobles. Dans ce cadre, elle s’inspire d'ouvrages
périodiques anglais et se met à écrire ce qu'elle nomme des Magasins, traités
d'éducation à l'usage des enfants, des adolescents et des dames. Elle fonde
alors Le Nouveau Magasin Français, recueil littéraire et scientifique
destiné à la jeunesse. Entre 1750 et 1780, elle produit quarante volumes dont
les plus connus restent aujourd’hui Le Magasin des Enfants (1757) dans
lequel figure La Belle et la Bête, Le Magasin des Adolescentes
(1760) et Le Magasin des Pauvres (1768). Elle quitte Londres à l'âge de
cinquante ans et épouse Thomas Pichon dont elle a six enfants. Dédaignant les
sollicitations de plusieurs princes qui souhaitent s’acheter ses services, elle
acquiert finalement une terre près d'Annecy. Elle s’y retire en 1754 puis
s’installe à Avallon où elle meurt en 1780 après avoir écrit des traités de
morale, d'histoire, de grammaire et de théologie.
La plus connue des adaptations du conte est surement le film de Jean Cocteau,
La Belle et la Bête, sorti en 1946 avec les acteurs Josette Day et Jean
Marais.

Walt Disney s'intéresse au récit de Mme de Beaumont dès les années 40. Il est
difficile de savoir aujourd’hui si cet intérêt remonte ou non au film de Jean
Cocteau, dont le succès dépasse largement les seules frontières de l’hexagone.
Il abandonne pourtant très vite l’idée, jugeant l’histoire trop sombre, ne
parvenant pas notamment à envisager Belle enfermée dans le château dans une
version grand public. Le projet est ainsi remisé, bien après le décès du Maître,
jusqu'à la seconde moitié des années 80... Le premier à reprendre le flambeau
est Don Hahn en qualité de producteur. Il a rejoint le studio Disney en 1976
pour travailler sur Peter et Elliott
le Dragon puis enchaine sur Rox et Rouky,
Le Noël de Mickey,
Taram et le Chaudron Magique. Il se fait les dents,
pour le métier de producteur, en tant qu'assistant, sur
Qui Veut la Peau de Roger Rabbitt . La Belle et
la Bête sera ainsi le premier film où il prend la responsabilité totale de
la production : pour un coup d’essai, c’est un véritable coup de Maître !
Le film use plusieurs scripts, finalement jamais satisfaisants. Constatant
l’impasse, Don Hahn accompagné de scénaristes et animateurs (dont Glen Keane et
Andreas Déjà) s’installe pour dix semaines à Londres. La troupe a pour mission
de retravailler le scénario mais également - l’action se déroulant dans
l’hexagone - de traverser la Manche pour visiter la vallée de la Loire afin de
s'inspirer des châteaux de François 1er et des paysages français. A la fin du
séjour, le bilan n’est pourtant pas fameux : si les artistes de Disney ont
correctement avancé sur le Character Design, le scénario, lui, est toujours
aussi sombre, laissant peu de places pour les chansons et l'humour.
Décision est alors prise de repartir de zéro. Le scénariste remercié, Linda
Woolverton est ainsi appelée à la rescousse pour ce qui constitue alors son
premier travail pour Disney. Le duo Howard Ashman / Alan Menken, plébiscité pour
ses prestations sur La Petite Sirène, est
également sollicité non seulement pour les chansons du film mais, au-delà, pour
lui apporter des idées. Howard Ashman est d’ailleurs le premier à solutionner
les problèmes rencontrés sur le deuxième acte. Il invente, en effet, une pléiade
de petits personnages, donnant vie aux objets du château, anciens serviteurs
transformés par le maléfice. L'histoire gagne instantanément en légèreté... Au
grand dam du réalisateur en place qui, se sentant trahi, se retire immédiatement
du projet. Gary Trousdale et Kirk Wise le remplacent alors ; le premier a déjà
travaillé pour les histoires d'Oliver &
Compagnie, Le Prince et Le Pauvre et
Bernard et Bianca au Pays des Kangourous tandis que le second s’est affairé
sur l’animation de Basil, Détective Privé,
Footmania pour Dingo et Oliver & Compagnie.
Fin 1989, le projet est enfin sur les rails, graphisme et histoire validés.

Le scénario de la La Belle et la Bête s'avère au final être un mélange
du livre de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont et involontairement, par quelques
touches, du film de Cocteau ; les artistes de Disney jurant – ô grand Dieu – ne
pas avoir vu cette version pour ne subir aucune influence cinématographique. Du
livre sont notamment extraits la passion de Belle pour la lecture, le miroir, la
Bête et son conflit intérieur, la libération de la Belle et la métamorphose
finale tandis que la situation du père ruiné, la répétition des diners, le final
et le rôle de la Rose y sont absents ou modifiés. Certains éléments sont en
revanche jugés inutiles et occultés tels les frères et sœurs de Belle, le cheval
blanc ou le trésor. L'humour, qui transparait notamment dans les habitants du
château, est une pure création disneyenne. Enfin, le récit est rendu plus fluide
grâce à une magnifique introduction contée par un narrateur et illustrée par des
vitraux. Elle permet de rendre plus clair les éléments de l'histoire et de
concentrer le récit sur la Bête et non sur Belle comme le faisaient auparavant
le conte et le film français.
Les personnages de la La Belle et la Bête constituent l'une de ses
grandes forces.
Belle avait pourtant fort à faire pour tenter d'exister après l'exceptionnelle
Ariel. Difficile en effet de passer après celle qui symbolise la renaissance du
savoir-faire des studios Disney sur le terrain des Princesses. Belle y parvient
pourtant avec panache. Elle reste à ce jour l'héroïne la plus mature et la plus
moderne de la galaxie disneyenne. Elle est, il est vrai, à la fois forte et
courageuse quand il s'agit de défendre son père mais également fragile et
sensible le reste du temps. Elle sort dans tous les cas du lot et semble
déconnectée de son entourage, paternel mis à part. James Baxter (Le
Bossu de Notre-Dame, Il Etait une Fois)
se charge de superviser son animation. Il lui donne un faciès européen avec des
lèvres généreuses, une touche d'exotisme au niveau de ses yeux et une couleur de
cheveux brune, une première pour une héroïne chez Disney. La qualité d'animation
de Belle n'est malheureusement pas exempte de défaut, elle ne conserve notamment
pas sa justesse tout au long du film. Impardonnable à ce niveau ! Belle emprunte
enfin sa voix originale à Paige O'Hara qui assure aussi bien les paroles que les
chants.
La Bête surclasse, à n'en pas douter, Belle au niveau de la qualité de sa
définition. Il est, en effet, un personnage riche et profond qui évolue
considérablement au cours du récit au contraire de la jeune fille qui reste,
somme toute, très linéaire. La Bête est d'abord un être totalement égoïste, qui,
transformé en un monstre hideux, devient en plus violent et bestial. Il se mue
peu à peu en apprenant à gérer son mauvais caractère pour finalement laisser
apparaitre une bonté d'âme insoupçonnée et une gentillesse immense. Son
évolution tout au long du film rend l'histoire passionnante. Au début, il a
tendance à effrayer le spectateur qui, petit à petit, se laisse séduire par le
personnage, si bien que l'amour que lui porte finalement Belle semble tout à
fait réaliste. Le travail de caractérisation du personnage est à ce titre
exemplaire. Glen Keane n'est bien sûr pas étranger à ce résultat bluffant. Le
talentueux animateur a réussi, pour aboutir à la Bête, un melting-pot d'animaux
qui fonctionne à merveille : le mandrill, le gorille et le bison forment ainsi
le visage, le corps se reprochant plus de l'Ours. La scène de l'affrontement de Rox et Rouky
avec un plantigrade réalisée en 1981 par le même animateur a visiblement été une
heureuse inspiration pour La Belle et la Bête.

Gaston n'est pas en reste quant à la qualité de sa définition. Il marque
d'ailleurs une première pour les studios Disney puisqu'il est un Vilain à
l'apparence de séducteur. Jeune homme charmant, musclé et doté d'une voix de
ténor, il aurait parfaitement pu être, dans d'autres circonstances, un héros au
grand cœur. C'est, en effet, non son apparence, mais son attitude qui le trahit.
Au fur et à mesure de l'histoire, faisant le chemin inverse de la Bête, son âme
se noircit, il est vrai, pour finalement révéler un être infâme prêt à tout, et
surtout au pire, pour arriver à ses fins, mauvais joueur et jaloux. Son
opposition avec la Bête signe d'ailleurs la morale du film : "la véritable
beauté vient du cœur". Andreas Deja se charge de l'animation de ce vilain
d'un nouveau genre qui n'échappe pourtant pas à un acolyte de service, en la
personne de Le Fou, un petit gringalet pas très beau, fidèle valet du bellâtre.
De tous les objets personnifiés, Lumière illumine de sa présence. Le plus
français des chandeliers est, en effet, le représentant idéalisé de l'hexagone.
Majordome professionnel jusqu'au bout des flammes, incarnant le savoir-vivre à
la française, il est à la fois drôle et sympathique. Sa prestation de music-hall
dans la chanson C'est la fête explose littéralement son capital
sympathie. Il faut dire qu'il a de qui tenir : le personnage a été conçu à
partir d'un mélange assumé de Maurice chevalier, Gene Kelly et Fred Astaire ;
son visage étant en revanche, une caricature de sa voix originale, Jerry Orbach.
Big Ben, le chef des serviteurs et organisateur de l'intendance du château de
la Bête est comme son nom l'indique, à la fois une horloge et un britannique
exilé en terre française. Précieux et précis (normal pour une horloge dénommée
Big Ben), la rigueur du personnage est soulignée par sa voix David Ogden Stiers
qui contient, en elle, toutes les habitudes protocolaires, non sans revêtir ici
et là une tonalité comique délicieuse.
Mrs Samovar est, pour sa part, la touche maternelle du film. Elle, qui est
notamment la seule à voir une progéniture dont elle assume logiquement
l'éducation, est aussi celle qui réconforte Belle, la première nuit au château.
Elle veille d'ailleurs sur les deux tourtereaux qui s'ignorent en entonnant la
chanson d'amour qui scelle leur histoire. Mrs Samovar existe merveilleusement au
travers de sa voix prêtée par Angela Lansbury (L'Apprentie Sorcière)
en version originale et, lors de la sortie du film en France en 1992, par Lucie
Dolène, deuxième voix française de
Blanche Neige et
les Sept Nains. Malheureusement, l'édition en VHS en 1994 de
Blanche Neige et
les Sept Nains est l'occasion d'un affrontement judiciaire aux conclusions
dommageables immenses. La doubleuse française intente, en effet, un procès
contre Disney pour obtenir des droits sur l'utilisation de sa voix, action
emblématique du combat des comédiens de doublage. Si elle gagne la partie en
1996, Disney riposte en renouvelant entièrement la bande sonore de
Blanche Neige et
les Sept Nains lors de sa sortie en DVD en 2001 et remplaçant en 2002 la
voix de Belle lors de la sortie du film en IMAX par celle de Lili Baron pour les
séquences parlées et Christiane Legrand pour les chansons.
Enfin, une panoplie complète de personnages agrémente le film, tous plus
charmants et attachants les uns que les autres, à commencer par Zip, le fils de
Mrs Samovar, une petite tasse ébréché ou Maurice, le père de Belle...

Si la genèse de La Belle et la Bête a été laborieuse, l'apport sur le
film des paroliers et musiciens, Alan Menken et Howard Ashman, est immense.
Howard Ashman, devenu entre-temps producteur exécutif du long-métrage, a ainsi
transformé littéralement l'œuvre finale avec son idée de recourir à des objets
enchantés. Mais sa contribution ne s'arrête pas là. Aidé de son compère, il fait
de l'utilisation harmonieuse des chansons et de la musique destinée à soutenir
le récit une merveille de réussite. L'introduction chantée est ainsi le parfait
exemple du talent mis en œuvre. En cinq minutes, Belle, son environnement, sa
passion, ses relations avec les villageois et Gaston sont, en effet, entièrement
définis. La chanson Gaston observe la même méthode et permet, elle, de
cerner sans lourdeur l'infâme bellâtre. C'est la fête, la ritournelle
joyeuse du film, est, pour sa part, une respiration bienvenue, ode assumée à la
haute gastronomie française à faire pâlir d'envie Rémy, dix ans plus tard.
Histoire Eternelle, chanson romantique par excellence, appuie, quant à elle,
une scène à couper le souffle tant sa beauté est grande. D'autres airs tout
aussi réussis (Je ne savais pas, Tuons la Bête) agrémentent le
film, construit finalement comme un musical de Broadway plaçant, et bien plus
encore que La Petite Sirène, la chanson au cœur du
long-métrage. Alan Menken et Howard Ashman ont parfaitement compris qu'une belle
mélodie chantée est la seule capable de faire bondir le récit avec fluidité. Le
génie de La Belle et la Bête est là ; le film, pour la petite histoire,
ayant été considéré par un critique américain comme la meilleure comédie
musicale façon Broadway en 1991 ! Rien d'étonnant dès lors à voir Disney choisir
La Belle et la Bête comme sa première œuvre montée sur les planches de
Broadway en 1994. La boucle est bouclée.
Malheureusement, Howard Ashman ne verra jamais le film terminé. Sidéen, le
parolier meurt de la terrible maladie le 14 mars 1991. Tous les artistes sont
abasourdis devant la nouvelle tant il avait bien caché le mal qui le rongeait.
Les studios d'animation de Disney décident alors de lui rendre un vibrant
hommage en fin de générique : "A notre ami, Howard, qui donna à une sirène sa
voix et à une bête son âme. Nous te serons éternellement reconnaissant.".

En plus de moderniser la façon de raconter des histoires, La Belle et la
Bête a également impressionné les spectateurs par l'utilisation d'outils
techniques amenant encore plus de réalisme dans l'animation. La salle de bal
utilisée pour la chanson Histoire éternelle en est un parfait exemple.
Grâce à l'imaginerie par ordinateur, les animateurs ont, en effet, su créer un
décor en 3D plus vrai que nature. Les personnages évoluent en son sein avec une
fluidité incroyable soutenue par des mouvements de caméra jamais employés
jusqu'alors dans un dessin animé. L'ordinateur est également utilisé dans la
séquence de la chanson C'est la fête pour multiplier assiettes, couteaux
et autres fourchettes.

La Belle et la Bête est présenté pour la première fois au Festival du
Film de New York en octobre 1991 dans une version de travail. L'animation est,
en effet, prête à seulement 70%, le reste étant composé de passages de
story-board ou de crayonné, sans couleur ou musique. Cette présentation reçoit
un accueil enthousiaste, de bon augure pour la sortie prochaine du film. Les
critiques ravisent leurs aprioris et prennent conscience du travail demandé par
un tel projet. Disney a visiblement le vent en poupe...

La Belle et la Bête sort aux Etats-Unis en novembre 1991 sous une
avalanche de louanges. Les critiques soulignent que les studios Disney sont
revenus aux fondamentaux défendus par Walt Disney lui-même, en livrant une œuvre
s'adressant aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Le carton au box-office est
total, ramenant plus de 145 millions de dollars, du jamais vu à l'époque pour un
film d'animation. La Belle et la Bête est présenté un an plus tard en
France où la critique le malmène, sans doute trop occupée à chercher les
ressemblances avec la version de Jean Cocteau. Le public hexagonal n'a, lui, que
faire de cette bataille de spécialistes et se rue dans les salles.
La Belle et la Bête remporte le Golden Globes du Meilleur Film pour une
comédie ou comédie musicale. Il obtient également deux Oscars pour la Meilleure
Musique et la Meilleure Chanson (Histoire éternelle) ainsi qu'un Oscar
Scientifique et Technique. Pour l'anecdote, il eut été étonnant qu'il ne reçoive
pas l'Oscar de la Meilleure Chanson étant entendu qu'il a été nommé dans cette
catégorie trois fois avec Histoire éternelle, Belle et C'est la
fête. Il est cité également à l'Oscar du Meilleur Son et - chose inédite - à
celui du Meilleur Film. C'est la seule fois de l'histoire du cinéma qu'un film
d'animation a droit à cette distinction, prouvant, par la même, que l'animation
Disney a enfin regagné ses lettres de noblesse. Après la création de la
catégorie du Meilleur Film d'Animation en 2001 par l'académie des Oscars, La
Belle et la Bête risque fort d'être le seul film d'animation à n'avoir
jamais eu le privilège de concourir dans la catégorie légendaire du Meilleur
film.

La sortie en 1997 de l'édition spéciale de La Guerre des Etoiles donne
à Disney l'idée de faire de même avec La Belle et la Bête. C'est chose
faite en 2002 pour l'année de sa ressortie en vidéo et pour sa première
diffusion en DVD.
Cette édition spéciale constitue deux expériences nouvelles.
L'une technique d'abord, puisque le film ressort pour l'occasion en salles,
uniquement équipées en IMAX, l'écran géant par excellence. Elle utilise les
pellicules les plus larges au monde (10 fois la taille du 35 mm) et nécessite,
pour un rendu optimal, un écran huit fois plus grand qu'à la normale,
s'approchant des dimensions d'un terrain de football, le tout, bien sûr,
accompagné d'un son d'une pureté incroyable, capable d'emmener le spectateur au
cœur de l'action. Après le succès de Fantasia
2000 dans ce format, Disney souhaite retenter ici l'expérience avec un
classique plus ancien.
L'autre narrative, ensuite, puisque, pour la première fois dans l'histoire du
studio, un film est retouché pour lui fournir une nouvelle scène, originairement
coupée au montage lors de son élaboration, bien avant sa première sortie. La
séquence de la chanson Humain à nouveau, écrite par Howard Ashman et Alan
Menken, est, il est vrai, passée à la trappe pour cause de manque de rythme et
d'effets d'obstruction à l'aura des personnages autres que les objets animés,
Gaston et Maurice en particulier. Alan Menken règle le problème de sa présence
dans le musical de Broadway en oubliant tout simplement la notion de temps qui
passe. La même optique est retenue pour l'édition spéciale. Il n'empêche ! La
scène sème la confusion. Entre les deux séquences où la chanson a été insérée,
le château est en désordre, comme laissé à l'abandon. Or, le thème de la
ritournelle est justement un bon "nettoyage de printemps", destiné à préparer le
moment où toute la troupe va redevenir humaine. Dès lors, les décors de la scène
suivante ont été logiquement modifiés, actant de la remise à neuf du château et
changeant par la même le ressenti du spectateur. Avec le recul, la scène
supplémentaire n'apporte pas grand chose. Si musicalement, elle est superbe,
elle pêche par son côté appuyé de comédie musicale, là où les autres chansons
sont plus universelles.

En 2010, pour la première sortie en Blu-Ray de La Belle et la Bête, les
studios Disney prévoit une nouvelle expérience. Ils souhaitent en effet proposer
le film parallèlement au cinéma mais en trois dimensions afin de lui redonner un
coup de jeune. Impossible de dire au stade de la simple annonce, s'il s'agit là
d'une heureuse initiative. Une chose est sure, La Belle et la Bête est
encore un des seuls grands classiques des studios Disney à prétendre à une
ressortie au cinéma avant sa remise en vente sur le marché de la vidéo. Pratique
courante jusqu'au milieu des années 90, elle s'est, en effet, arrêtée avec le
développement des supports VHS, du DVD et aujourd'hui du Blu-Ray.
La Belle et la Bête est assurément un des plus beaux films Disney des
années 90. Une œuvre pleine de grâce, d'humour et de charme. Un classique du
cinéma à voir et revoir. Véritable joyau !