Fantasia 2000,
38ème long-métrage de Walt Disney, est le digne successeur de son "grand-frère"
de 1940,
Fantasia.
Les séquences, aux styles très différents, sont en effet toutes d'une qualité
irréprochable. Véritables petits bijoux, les morceaux de musique trouvent, il
est vrai, ici, chacun dans leur catégorie, une traduction en images aussi
exemplaire qu'exceptionnelle.

Fantasia,
premier du nom, est aujourd'hui considéré comme le plus grand chef d'œuvre de
Walt Disney. Ce long-métrage est pourtant à sa sortie un ovni cinématographique.
Il porte alors un concept, certes fort (mettre en image des morceaux de
musique classique), mais totalement novateur à l'époque, assurément en
avance de trente ans sur son temps. Il est d'ailleurs tellement audacieux que le
public, comme les critiques, ne suivent pas et restent de marbre devant lui.
Pour autant,
Fantasia
ne cessera d'occuper une place éminemment particulière dans le cœur de Walt
Disney lui-même et, par ricochet, dans le catalogue de sa compagnie toute
entière. Avant de subir de plein fouet l'échec critique et commercial qui se
préparait, le papa de Mickey ambitionnait, en effet, pour son film une destinée
spéciale. Il avait ainsi pour projet d'en proposer, de temps en temps, des
versions modifiées en rajoutant, ici, de nouveaux courts-métrages, en ôtant, là,
des anciens. L'œuvre devait, pour lui, se muer en une sorte de concert en
évolution (ébullition conviendrait mieux !) permanente. Malheureusement,
les résultats commerciaux désastreux de
Fantasia
ont finalement raison de l'ambition du Maitre. Walt Disney vit d'ailleurs
définitivement la situation comme une injustice totale : il décède, comble de
l'ironie, avant l'avènement de la "génération psychédélique" qui, elle,
ovationnera son film. Devenu culte,
Fantasia
regagne enfin les lettres de noblesse dont il n'aurait jamais dû se voir priver.
Il ressort ensuite en 1977, 1982, 1985 et 1990.

Au
début des années 80, le succès retrouvé pour
Fantasia
aidant, les studios Disney mettent en chantier Musicana. Le
long-métrage se veut ainsi une combinaison de contes ethniques du monde entier,
appuyés par de la musique typique de divers pays. Finlandia de
Sibelius est donc choisi pour restituer la lutte entre le Dieu de la Glace et la
Déesse du Soleil, dont l'issue est la création de nombreux lacs scandinaves. Une
séquence se déroulant dans les Andes et mettant en scène un oiseau - une belle
fille en réalité - doit aussi illustrer les chants d'Yma Sumac. Les Etats-Unis
sont, eux, à l'honneur par le biais d'une fantaisie en jazz dans un bayou du sud
tandis que le continent africain est également de la partie. John Lasseter, le
futur réalisateur de
Toy Story, travaille lui sur une
version du conte d'Hans Christian Andersen, Le rossignol et l'Empereur de
Chine, avec Mickey Mouse en propriétaire et gardien de l'oiseau
authentique. Tous ces efforts sont finalement peine perdue. Musicana
ne voit, en effet, jamais le jour. Le projet est écarté au profit du
(Le) Noël de
Mickey, un moyen-métrage présenté sur les écrans en 1983.
Roy Edward Disney, fils de Roy Oliver Disney et neveu de Walt Disney, nait le 10
janvier 1930. Il commence à travailler pour la firme de son oncle à partir de
1954. Il se fait d'ailleurs remarquer pour le travail effectué sur la narration
dans le court-métrage animalier
Mysteries of the Deeps sorti en
1959 et nominé aux Oscars. Il continue à collaborer comme écrivain, directeur et
producteur jusqu'en 1967 quand il est logiquement élu au Directoire de la Walt
Disney Company. Il refuse, en revanche, d'en devenir un haut responsable en 1977
à cause d'une différence de points de vues concernant les décisions de ses
collègues du moment. Il déclarera plus tard : "J'ai juste senti que,
créativement, la société n'allait plus nulle part". Ce coup d'éclat et de
bon sens ne sera pas son dernier. Il conserve, en effet, habilement son poste au
Directoire de la société dont il démissionne avec grand fracas en 1984. Son
geste fort marque alors le début d'une heureuse série de modifications dans
l'organigramme de la compagnie, jusqu'au poste de Président Directeur Général
assumé, sans grand succès il est vrai, par Ronald William Miller (marié à Diane
Marie Disney, fille de Walt Disney). A l'occasion de cette O.P.A. qui ne dit pas
son nom, Michael Eisner et Frank Wells prennent les rênes de la belle endormie
que le premier, finalement seul maitre à bord, réveillera au point d'en faire
une reine de beauté, et accessoirement un véritable empire. Roy Disney,
satisfait du tournant stratégique pris, revient finalement dans la firme en
qualité de Vice-président du Directoire et responsable du département animation.
Il a pour objectif de revitaliser la tradition de Disney dans les longs-métrages
animés. Sous son impulsion, à la fin des années 80, le studio de Mickey obtient
plusieurs succès grâce à la liberté artistique redonnée à ses artistes "maison".
Durant la décennie suivante, un grand nombre de ses productions, commercialement
rentables, sont aussi acclamées par les critiques. Cette période est considérée
aujourd'hui comme une "renaissance" pour Disney et pour l'animation en
général...
Au début des années 90,
Fantasia
est proposé une nouvelle fois au cinéma dans une version restaurée. Quelques
mois plus tard, la sortie en vidéo confirme l'engouement du public avec pas
moins de 14 millions de copies vendues rien qu'aux Etats-Unis. Du jamais vu à
l'époque. Fort de ce succès, Roy Disney remet en avant une idée qu'il avait déjà
soufflée à l'oreille de Michael Eisner au début de la refonte du département
animation. Il souhaite, en effet, reprendre à son compte le rêve de son oncle en
donnant une suite à
Fantasia.
Le patron du studio se laisse finalement convaincre : le travail sur une
nouvelle version de
Fantasia
débute donc en 1991. Roy Disney se charge personnellement du projet en devenant
le producteur exécutif du film qui prend alors le nom de Fantasia
Continued, qu'il conservera quasiment jusqu'à sa sortie.

La
première pierre, indispensable aux fondations de l'ouvrage, est comme pour
Fantasia
la plus délicate à poser. Il s'agit de trouver un remplaçant à Leopold
Stokowski. La tache est ardue. Dénicher un chef d'orchestre de grand talent à
l'esprit assez ouvert pour choisir des passages d'œuvres mythiques du Classique
capables de supporter une vision cinématographique animée n'est pas une mince
affaire. Elle est pourtant essentielle à la conception du long-métrage et à sa
réussite future. La perle rare, en la personne du maestro, James Levine, est
finalement trouvée. Chef d'orchestre de renom, fort d'une carrière de plus 28
ans, il offre l'avantage, outre son talent, de compter parmi ses relations,
l'orchestre symphonique de Chicago. Il sera déterminant dans le choix des
musiciens. Cinq sessions d'enregistrement (dont la première remonte à 1993) se
déroulent durant les années de production. Pas moins de 110 musiciens
participent au projet.
Sujet à de nombreuses difficultés de production, Fantasia Continued
voit sa date de sortie plusieurs fois repoussée. Prévu pour débarquer sur les
écrans en 1997, il prend trois ans de retard. Ces reports font grand bruit à
l'époque dans les milieux du cinéma qui comparent le projet à ceux de
Titanic et Waterworld, vécus alors comme des gouffres
financiers. La production ne se laisse pas pour autant déstabiliser. Le créneau
de lancement approchant, décision est prise de fixer sa date de sortie en
réalisant un vrai coup marketing. Le film est, en effet, annoncé sur les écrans
le 1er janvier de l'an 2000 et ce, partout dans le monde, afin de bénéficier de
l'aura des festivités de l'entrée dans le nouveau millénaire. La date choisie a
même un impact sur le nom de l'œuvre qui devient Fantasia 2000.
Roy Disney reste fidèle dans ses choix de productions à ceux tracés par son
oncle, soixante ans auparavant. Dès l'ouverture Fantasia 2000
reprend donc les mêmes ficelles de son ainée de 1940. Ainsi, le film débute sur
un morceau de musique mondialement connu. La Cinquième Symphonie
de Beethoven offre, en effet, l'avantage de placer le spectateur en terrain
conquis et de le faire entrer sans mal dans le concept. Pourtant, la séquence
n'est pas aisée à monter. Sa réalisation piétine même longtemps : autant la
musique fait l'unanimité, autant les images envisagées dès 1993 pour l'illustrer
laissent sceptiques. Le blocage est tel que Pixote Hunt est finalement appelé à
la rescousse. Il trouve la solution en utilisant l'expressionisme abstrait pour
représenter le combat du Bien contre le Mal à travers des formes rappelant
vaguement des papillons, des chauves souris et des oiseaux. Grâce à la technique
des pastels, il arrive à restituer une lutte bluffante entre les couleurs et le
noir. Il mélange l'animation 2D et 3D et obtient un résultat enthousiasmant. La
séquence est superbe bien que trop courte : l'introduction de Fantasia
2000 apparait expéditive par rapport à
Fantasia.
Il faut dire, pour sa décharge, que le temps presse au moment de sa réalisation
: ouverture du film, elle est l'une des dernières à entrer en production. En
outre, l'époque n'est plus aux séquences longues : le spectateur "zapping" est
là, et bien là !

La
seconde séquence n'est, pas plus que l'ouverture, due au hasard. Roy Disney
adore, en effet, la partition des (Les) Pins de Rome d'Ottorino
Respighi dont il aime à rappeler qu'elle fut le tout premier disque qu'il
s'acheta lorsqu'il investit dans un système hi-fi dans les années 50. Rien de
bien étonnant dès lors à voir le morceau en bonne place dans Fantasia 2000.
Hendel Butoy se voit donc confier la réalisation de la séquence avec pour
objectif de coucher sur la pellicule ce que lui inspire l'écoute attentive de
l'œuvre musicale. Sa vision est alors à mille lieux de celle recherchée par le
compositeur italien. Exits les pins de la ville de Rome ! L'impression de
planer, présente dans la partition, s'exprime désormais dans le vol surréaliste
de mastodontes marins. Les décors de l'extrait sont peints en animation 2D
tandis que les personnages relèvent de la 3D, à l'exception de leurs yeux
maintenus en 2D puis intégrés sur la 3D. En 1994, la technologie de l'animation
par ordinateur n'est, en effet, pas assez performante pour reproduire de manière
satisfaisante l'expression d'un regard. Le rendu de la séquence toute entière,
collant à merveille à la musique, est tout bonnement époustouflant. Le
spectateur reste sans voix et frissonne jusqu'à la dernière note.

Pour la troisième séquence, Roy Disney voulait faire vivre l'idée fameuse de son
oncle Walt Disney consistant à maintenir régulièrement, dans un nouveau
Fantasia,
des séquences du précédent. En début de production, il s'arrête donc sur le
choix de trois anciens extraits qu'il désire garder dans Fantasia 2000
: La Danse des Heures,
Casse-Noisette et L'Apprentie Sorcier.
La Danse des Heures, jugée inadaptée
au nouvel opus, est vite mis de côté. Casse-Noisette, en revanche,
reste longtemps au générique jusqu'au jour où Roy Disney, assistant à la
présentation d'un projet de court-métrage d'Eric Goldberg, Rhapsody in
Blue, décide de le remiser.
Rhapsody in
Blue est donc à l'origine un film autonome. Eric Goldberg, grand
amateur de l'œuvre de George Gershwin, décide en effet de se servir d'un morceau
à succès du compositeur new-yorkais mariant parfaitement le jazz à la musique
classique. Pour cela, il pense à utiliser la caricature, et notamment le style
d'Al Hirschfeld. Il a d'ailleurs déjà utilisé son influence pour donner son
apparence, en général, au film, Aladdin,
et au Génie en particulier. Pour le court-métrage, il pousse le raisonnement
plus loin et obtient d'Al Hirschfeld, lui-même, l'autorisation d'utiliser ses
dessins. Eric Goldberg signe donc une histoire dans laquelle il suit la vie de
quatre individus bien différents. Le style est tout entier basé sur la ligne
autant du point de vue des personnages que de celui des décors. Les couleurs
sont rajoutées ensuite avec une palette informatique, en se focalisant tout
naturellement sur le bleu et ses variantes. Seul un élément de l'action se
permet d'avoir un ton plus vif afin de l'accentuer justement.
Rhapsody in
Blue part finalement en production en 1998 et voit sa réalisation
accélérée par le renfort d'artistes libérés, pour l'occasion, d'un autre projet
en panne, Le royaume du soleil, appelé à devenir Kuzco, l'empereur mégalo.
Si le court-métrage est inclus dans Fantasia 2000 au tout dernier
moment, il n'en reste pas moins aujourd'hui comme l'une de ses pièces
maitresses, offrant une pointe de jazz et un parti-pris graphique bluffant.

Roy
Disney s'arrête, pour la quatrième séquence, sur le morceau favori de son épouse
: le Concerto pour piano N°2, Allegro, Opus 102 de Dimitri
Shostakovich. Hendel Butoy est aussitôt chargé d'en assurer la mise en images.
Il tombe par hasard sur une série de livres tout juste mis en vente par Disney
Editions et dont l'objet est l'illustration de contes traditionnels par des
artistes "maison". Parmi tous les opus (Chantecler et le Renard,
Le rossignol et l'Empereur de Chine...), se trouve, d'après lui, le thème
idéal : Le Petit Soldat de Plomb d'Hans Christian Andersen ! Il s'agit en
fait d'une retrouvaille... Disney avait, en effet, déjà tenté d'adapter cette
histoire en 1938. Le story-board réalisé pour l'occasion n'avait pourtant pas
trouvé grâce aux yeux du Maitre tant il le jugeait trop proche du conte
originel, maintenant une fin jugée tristissime, où le soldat de plomb et la
ballerine fusionnaient dans les flammes. Le court-métrage prévu reste alors dans
les tuyaux pendant quelques années, mis en attente par Walt Disney lui même qui
caresse toujours l'envie de créer un long-métrage sur la vie d'Hans Christian
Andersen mêlant prises de vues réelles et animation. Dans son esprit,
l'animation reprenait différents contes de l'auteur tandis que la partie "live"
traitait de sa biographie, le film étant
coproduit avec la MGM. La Seconde
Guerre Mondiale bouscule toutefois le calendrier et fait finalement capoter le
projet. Le court-métrage, adaptation du conte Le Petit Soldat de Plomb,
connait le même sort...
Hendel Butoy reprend donc le travail préparatoire effectué des décennies
auparavant et se heurte au même problème, la fin macabre, qu'il surmonte en la
modifiant tout simplement. Il se met ainsi raccord avec le thème musical. Pour
les images, il fait le choix d'une animation 2D majoritaire, laissant aux seuls
personnages principaux la technologie 3D. Toutefois, de peur de voir l'apparence
obtenue trop vite ringardisée, l'animation 3D n'ayant pas encore fait sa
révolution auprès du grand public (Toy Story
n'est pas sorti en salles à l'époque de la conception !), décision est prise
d'obtenir pour les parties 3D, un rendu s'approchant le plus possible de la 2D.
Le résultat est certes déstabilisant mais à coups sûr réussi ! D'une qualité
certaine, la séquence Concerto pour piano N°2, Allegro, Opus 102
reste cependant la moins forte de Fantasia 2000.

L'idée
de la cinquième séquence n'est pas due à Roy Disney mais vient de Joe Grant. Cet
ancien animateur du studio au château enchanté, qui a travaillé sur des chef
d'œuvres comme Dumbo,
avant de le quitter en 1949, est, en effet, revenu chez Mickey dans les années
90 en qualité de consultant. Il propose ainsi de reprendre un des personnages du
premier
Fantasia,
l'autruche de La Danse des Heures, et de se poser avec lui une
question improbable : que se passe t'il quand on donne un yo-yo à un groupe
d'autruches ? Au final, son idée est maintenue dans sa ligne principale mais
modifiée dans sa réalisation : les flamands roses volent, il est vrai, la
vedette à leurs consœurs plumées, sans savoir qu'ils se lancent, alors, dans un
concours de ridicule. Eric Goldberg, sortant de sa réalisation de Pocahontas, une légende
indienne et de sa supervision de l'animation du personnage de
Phil dans Hercule
prend en charge la séquence qu'il livre en moins de neuf mois. La technique
retenue est celle de l'aquarelle pour les personnages et s'inscrit dans un style
proche du fauvisme, pour mieux appuyer l'individu face au groupe. L'action est
soulignée par le changement de la couleur du ciel, dont le ton s'adapte en
fonction des intervenants en vedette. Le Carnaval des Animaux est
une séquence hilarante dont la durée, assurément trop courte, est le seul
défaut.

La
sixième séquence constitue le seul morceau repris de
Fantasia.
Et quel morceau ! Celui par lequel tout a commencé et qui a assuré, à lui seul,
la notoriété de l'anthologie tout entière. Après lui, personne ne verra plus
jamais du même œil L'Apprentie Sorcier de Paul Dukas. Grâce à lui,
Walt Disney a redoré le blason de Mickey, dont l'aura est plus ou moins éclipsée
à l'époque de sa sortie par celle de son ami canard taciturne, Donald. Il décide
ainsi de mettre sa souris fétiche à l'affiche d'un grand rôle qui marquera à
jamais l'inconscient collectif de générations entières de spectateurs. Les
puristes remarqueront sans mal que la scène où Mickey est à son apogée, est
aussi celle où il ne dit mot. La Star des studios Disney revêt en effet les
traits d'un personnage de pantomime, déjà remarqués chez l'un des sept nains de
Blanche Neige et les sept nains,
Simplet. Outre cet élément, Mickey partage avec ce dernier une autre
particularité : celle de revêtir une toge bien trop grande pour lui. Rendu
terriblement attachant, la plus célèbre des souris rayonne de bout en bout et
assoie définitivement son rang d'ambassadeur de la Walt Disney Company, tout
entière. Soixante ans après, la force de la séquence est intacte au point de se
retrouver en véritable icone sur l'affiche du film.

La
septième séquence, Pomp and Circumstances - Marches
N°1, 2, 3 et 4 trouve sa genèse dans la
rencontre de diverses énergies. Elle s'appuie d'abord sur un morceau proposé par
Michael Eisner en personne. Il propose, en effet, un air enjoué, très connu dans
les lycées et universités anglo-saxons, religieusement interprété à chaque
remise de diplômes. Il se trouve, ensuite, que des artistes Disney se
désespèrent d'offrir à Donald une occasion de réajuster sa position vis à vis de
Mickey qui, devenu omniprésent, le maintient trop dans l'ombre. Enfin, en
coulisses, Francis Glebas peine, quant à lui, à développer un projet de
long-métrage ayant trait à l'arche de Noé. Roy Disney voit dans ses trois
visions la matière idéale à une séquence pour Fantasia 2000.
Il sélectionne la musique, fait de Donald l'assistant de Noé et offre un
rôle à Daisy, histoire de servir un délicieux jeu amoureux se terminant sur un
baiser final, fort en intensité. L'animation retenue s'inscrit, pour sa part,
dans le plus pur style disneyen. La partition en revanche s'éloigne de sa
composition originelle, Peter Schickele se chargeant d'adapter les marches de
Sir Eward Elgar. Pomp and Circumstances - Marches N°1,
2, 3 et 4 constitue une séquence
haute en couleur et particulièrement sympathique où Donald est véritablement au
sommet de sa forme.

Le
final de Fantasia 2000 se doit d'être aussi intense que celui de
son ainé. Le diptyque composé d'Une Nuit sur le Mont Chauve et d'Ave
Maria tirant sa puissance de l'opposition née entre le Profane et le
Sacré, le Bien et le Mal constitue en effet une fin magistrale. Roy Disney
entend faire aussi bien et choisit pour terminer Fantasia 2000 un
morceau qu'il juge comme l'ultime partition : L'oiseau de Feu
- Version 1919
d'Igor Stravinsky. Le compositeur est ainsi une nouvelle fois mis à contribution
par Disney, Le sacre du printemps ayant déjà eu droit aux honneurs
de
Fantasia.
Cette fois-ci cependant, l'œuvre retenue est autrement plus accessible pour le
grand public.
Paul et Gaétan Brizzi se chargent de la réalisation du final. Créateur de feus
les studios Disney de Montreuil, ils sont connus pour de superbes séquences du
Bossu de Notre-Dame
dont l'ouverture et la scène de Frollo devant la cheminée. Pour Fantasia
2000, ils basent leur histoire sur la nature et épousent vite l'idée du
cycle de la vie. Les personnages principaux sont, pour se faire, un mélange
d'animation 2D et d'éléments 3D. Le style reprend également une idée du cubisme
en utilisant de simples formes géométriques, rejetant la perspective.
L'oiseau de Feu - Version 1919 est un final magnifique, intense et émouvant.
Une fois toutes les séquences réalisées, reste à les relier entre elles
harmonieusement. Après bien des tentatives et autres consultations, Don Hann
trouve finalement la meilleure solution en proposant une fosse à orchestre
flottant au milieu de nulle part, agrémentée de panneaux délivrant des idées ou
émotions illustrant les paroles des maitresses et maitres de cérémonie. Il
demande ainsi à Pixote Hunt de signer le design du plateau. Ce dernier sublime
son idée en obtenant un rendu magique, mêlant un effet de voie lactée à des
panneaux partiellement translucides, emmitouflant l'orchestre au début du film.
Le resultat est saisissant, offrant un environnement idéal aux présentateurs,
tout en majesté et classe. Le choix de certains apparait alors vite incongru. Si
Angela Lansbury ou Quincy Jones rayonnent, en effet, de bout en bout, Penn &
Teller ou Steve Martin, s'essayant à l'humour, font eux choux blanc. En outre,
dans la mesure où certaines séquences animées sont très courtes, la présence de
la partie "live" donne, bien malgré elle, une impression de lourdeur au film,
plombant l'intervention de certains hôtes. Fantasia 2000 perd
alors de sa superbe.
Epousant la même ambition que son oncle Walt Disney pour
Fantasia,
Roy Disney souhaite que Fantasia 2000 apporte une expérience
nouvelle aux spectateurs. Pour cela, il annonce le 9 février 1999 que le film
sera projeté en exclusivité, durant quatre mois, du 1er janvier au 30 avril
2000, exclusivement sur les écrans IMAX du monde entier. A l'époque, il s'agit
là d'une première pour un long-métrage, qui plus est, animé. La technologie IMAX
est, en effet, réservée jusqu'alors aux seuls moyens-métrages documentaires.
Elle utilise les pellicules les plus larges au monde (10 fois la taille du 35
mm) et nécessite, pour un rendu optimal, un écran huit fois plus grand qu'à la
normale, s'approchant des dimensions d'un terrain de football, le tout, bien
sûr, accompagné d'un son d'une pureté incroyable, capable d'emmener le
spectateur au cœur de l'action. La qualité de l'animation alliée à la puissance
de la musique fait de cette diffusion en IMAX une expérience inoubliable. Aura
t'il existé plus beau moyen de commencer le nouveau millénaire ?
Il faut dire que la date choisie pour la sortie de Fantasia 2000
est idéale et ultra symbolique. Célébrant l'arrivée de l'animation Disney dans
le nouveau millénaire, le film connait, en effet, d'impressionnantes
avant-premières, se déroulant dans les plus grandes salles du monde entier,
devant un vrai orchestre jouant en live. La première mondiale a ainsi lieu le 17
décembre 1999 au Carnegie Hall de New-York avec James Levine aux commandes de
l'Orchestre Philarmonique de Londres, en direct et en synchronisation avec les
images. Il s'en suit deux semaines d'avant-premières toutes aussi prestigieuses
: le 21 décembre à Londres au Royal Albert Hall, le 22 décembre à Paris au
Théâtre des Champs-Elysées, le 27 décembre à Tokyo au Orchard Hall et le 31
décembre à Los Angeles au Pasadena Civic Auditorium.
La critique américaine accueille plutôt favorablement Fantasia 2000.
La française se complait, elle, à snober, comme à son habitude, Disney. Elle
salue ainsi la beauté des images mais reproche pelle mêle le format trop court
des séquences et la redite avec
Fantasia,
jugé cultissime et incompatible dès lors à toute idée de suite. Le public
averti, lui, ne boude pas son plaisir. Le film remporte un énorme succès durant
son exclusivité de quatre mois dans les salles IMAX, battant le record
d'affluence sur ce format. Par contre, le circuit normal ne lui réussit pas.
L'échec commercial semble devoir être la règle pour les
Fantasia
!
Comme son ainé, Fantasia 2000 a du mal à rembourser son
investissement. Le genre est décidément trop élitiste. Le film ne sait pas alors
qu'il marque un tournant pour les studios Disney. Artistiquement d'abord, il
signe la fin d'une période (les années 90) considérée par les spécialistes comme
le troisième âge d'or. Financièrement ensuite, il entame une période de doutes
et d'échecs retentissants.
Le fiasco commercial de Fantasia 2000 n'entame pas la volonté de
Roy Disney de continuer l'aventure initiée par son oncle. Un nouveau
long-métrage est ainsi envisagé sous le titre provisoire de Fantasia 2006,
avec pour nom de code Fantasia 3. Il présente la particularité,
par rapport à ses illustres prédécesseurs, de consacrer, non pas des morceaux
entiers de musique classique, mais plutôt la diversité des musiques du monde.
Plusieurs parties sont déjà bien avancées quand les échecs successifs des films
d'animation 2D des studios de Mickey plombent le projet, finalement abandonné.
Certains des courts-métrages le constituant, menés à terme, sont présentés au
public, séparément, dans des circuits plus ou moins nobles. Destino,
Lorenzo, Un par
un et La petite fille aux allumettes sont, il
est vrai, à l'affiche de quelques festivals confidentiels ou rattachés à des
œuvres sans prétention, dont certaines se limitent à une sortie en vidéo. Ces
opus sont à l'évidence bien mal exposés au regard de leurs grandes qualités
intrinsèques.
Soixante ans après
Fantasia,
Fantasia 2000 est une vraie bouffée d'air frais. Quel plaisir, en
effet, de revoir Disney s'aventurer dans une anthologie. Le studio au château
enchanté excelle visiblement toujours dans les courts-métrages d'exception et
Fantasia 2000 en compte une collection impressionnante. Le seul
reproche à faire à l'opus par rapport à son illustre grand frère est qu'il ne
constitue plus, aujourd'hui, une idée neuve. Mettre de la musique, si forte soit
elle, en images, si belle soient elles, n'est plus, il est vrai, une expérience
transcendante ! La faute n'est pas à rechercher du côté du film mais bien des
spectateurs. Qu'ils retrouvent raison et offrent enfin à Fantasia 2000
le rang qu'il mérite : celui d'une œuvre magistrale, à voir et écouter goulument
!