La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la Rue est le second opus,
sorti directement en vidéo, de la saga
La Belle et le Clochard.

Le Retour de Jafar est à l'origine de
l'ineptie qui consiste à faire des suites vidéo aux Grands Classiques Disney. Il
a, en effet, trois ans auparavant, ouvert une véritable boite de Pandore. En
réalité, cette toute première suite d'Aladdin n'a
jamais été prévue en tant que séquelle officielle du film. Il s'agissait ainsi
des cinq premiers épisodes de la série télé Aladdin - narrant la même
histoire et composant, en quelque sorte, son épisode pilote - que des
responsables du département vidéo du studio ont l'idée de réunir en un seul opus
pour le proposer à la vente. Bien qu'exécrable d'un point de vue artistique, la
solution s'avère vite excellente d'un point de vue économique. Le film obtient,
il est vrai, des résultats commerciaux impressionnants au point de décrocher le
titre de la vidéo la plus vendue de l'année 1994 sur le marché américain. Le
carton financier est total : peu d'investissements pour beaucoup de recettes. Il
n'en faut pas plus pour que le studio de Mickey, au sein duquel les financiers
ont alors pris le pouvoir, s'engouffre dans ce filon de la médiocrité qui a le
don enviable de rapporter gros sur le court terme, tout du moins. Et tant pis :
et pour l'image, et pour la réputation !

Un pas de plus est franchi avec La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la
Rue. C'est, en effet, la toute première fois que la division des "suites en
vidéo" au sein de studios Disney, les Walt Disney Television Animation,
s'attaque à un Grand Classique produit du temps de Walt Disney, en l'occurrence La Belle et le Clochard.
Alors certes, le Maître n'a jamais été totalement réfractaire aux suites
puisqu'il en a produites lui même de son vivant. Côté animation, il est ainsi
possible de citer pour l’exemple Le Grand Méchant
Loup, Les Trois
Petits Loups, et Le
Cochon Pratique suite des
(Les) Trois Petits Cochons tandis que, du côté des films "Live",
Après Lui, le Déluge continue l’aventure
de
Monte là-d'ssus. Pourtant, cinglant, Walt
Disney a toujours commenté leurs contre-performances au box-office par un
laconique mais inspiré "On ne peut raisonnablement pas égaler des cochons
avec des cochons". Ainsi, jamais le papa de Mickey n'a autorisé la mise en
chantier d'une suite à l’un de ses chefs-d'œuvre animés (cette démonstration
n’étant bien sûr valable que si Les Trois Caballeros
n’est pas envisagé comme une "suite" de Saludos Amigos).
Michael Eisner, lui, n'a pas autant de scrupules et n’hésite pas à produire pour
le cinéma, via les Walt Disney Animation Studios, Bernard et
Bianca au Pays des Kangourous suite des (Les)
Aventures de Bernard et Bianca. Avec La Belle et le Clochard 2 : L'Appel
de la Rue, il pousse son audace plus loin encore et signe alors le film qui
inaugure l'infamie...

La production de La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la Rue se
partage entre Los Angeles et Sydney. A l'époque, les studios d'animation Disney
sont, en effet, nombreux dans le monde : trois aux USA (Burbank, Glendale et
Orlando) ainsi que des unités, respectivement, en France, au Canada, au Japon et
en Australie. Dans ce maillage, Walt Disney Animation Australia est
principalement chargé de produire l'animation des suites vidéos. Pour celle de La Belle et le Clochard,
la pré-production commence ainsi à Los Angeles avec un travail sur l'histoire et
les story-boards pour ensuite passer aux studios de Sydney qui travaillent alors
sur l'apparence des personnages. Après cela, premier retour à Los Angeles pour
peaufiner les différentes séquences afin que l'animation puisse elle commencer à
Sydney. Enfin, la Californie reprend la main pour finir la postproduction et
rajouter la musique et les bruitages.

Ces allers-retours incessants n’empêchent pas les réalisateurs de garder en
tête l’objectif qu’ils se sont donnés de rendre hommage au Grand Classique
original et d'en respecter la mémoire. Si l’intention est louable, force est de
constater qu’elle fait choux blanc tant elle est mal engagée. Dès lors, La
Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la Rue ne peut apparaitre que pour une
pale copie de son film de référence. Du côté de son animation et de ses décors,
la comparaison est, en effet, insupportable tant il n'a ni la finesse, ni le
charme de son ainé. Abandonnant le format cinémascope pour se concentrer sur un
écran 16/9 forcément moins prestigieux, il se prive par ce simple choix
technique de l’aura qui aurait pu modifier d’emblée l’ambiance de son récit. De
même, l'utilisation de l'ordinateur - discrètement pour les véhicules ou plus
distinctement pour la colorisation des personnages et de certains décors - ôte à
l’opus toute capacité à tenir la dragée haute à son illustre ancêtre : trop
moderne et trop plastique ! Mais le désastre ne s’arrête pas là et la double
peine est, à l'évidence, au coin de la rue : quand il s’éloigne de
La Belle et le Clochard (dans ses personnages et
/ ou ses lieux), La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la Rue prend, il
est vrai, des airs de sous Don-Bluth ou de Balto du pauvre. Difficile dans ces
conditions de prétendre à décrocher, ne serait-ce qu’une once d’attention des
téléspectateurs avertis.

Sur le plan du scénario, le bilan n’est pas plus fameux. A vouloir coller au
premier opus, les auteurs ont véritablement commis l’irréparable. Pensant rendre
hommage à l'original, ils ont, en effet, l’idée saugrenue d’imaginer une
histoire inverse de celle de
La Belle et le Clochard, qui décidément,
démontre là que son récit se suffisait à lui-même. Mais que nenni ! Il faut
répondre à la commande de la direction des studios : donc, pourquoi ne pas
imaginer la génération suivante et lui faire vivre l'expérience opposée à celle
vécue par ses parents ? Le pitch de La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la
Rue est sur les rails ! Rien d’étonnant à cela, les Walt Disney
Television Animation ont déjà fait le coup avec La Petite Sirène 2 :
Retour à l'Océan. Ici, cependant, c’est le fils de Clochard qui ne veut pas
vivre à la maison et mais dans la rue... Et pour appuyer la démarche, toutes les
scènes-clés du film de référence sont reproduites à l'inverse avec, en point
d'orgue, la séquence des spaghettis rendue plus fo-folle puisque vécue par des
chiots. Mais voilà : l’hommage ne fonctionne pas et l’affront n’est pas loin !
Pire, le film se paye une erreur de débutant, montrant la méconnaissance par les
artistes de la genèse de
La Belle et le Clochard : ils révèlent les
visages de Jim et Darling, une chose que s’était bien gardée de faire l'original
pour justement insister sur la vision des chiens... Impardonnable !

Mais tout n'est pas forcément raté dans La Belle et le Clochard 2 :
L'Appel de la Rue. Les personnages, du moins les chiens de premiers plans,
sont ainsi globalement bien définis à la fois dans leur personnalité et leur
design.
Une grande majorité vient d’ailleurs du premier film et notamment tous ceux qui
entourent la famille. Jock, Cesar, les chats Si et Am, Tante Sarah, Darling, Jim
Chéri et bien-sur Lady et le Clochard sont de l’aventure ; Lady faisant
toutefois de la figuration là où le Clochard voit son rôle de père globalement
approfondie.
A cette galerie de haute qualité, se rajoute, compte tenu bien sûr de la trame
suivie, toute la progéniture dans des rôles bien plus poussés que ceux mis en
place lors du premier opus. Les trois sœurs Prudence, Constance et Clémence
(Annette, Danielle et Collette en anglais), portraits crachés de leur mère,
voient ainsi leurs personnalités se différencier : amusantes, elles sont
malheureusement trop peu présentes.
Scamp, le frère dissipé, fait également sa réapparition. Venu comme ses sœurs du
grand classique de Walt Disney, il a, lui, entre temps, effectué une longue
carrière dans la bande-dessinée. Ainsi, alors qu'il est anonyme dans La Belle
et le Clochard (comme ses sœurs d'ailleurs), les dessinateurs de BD (Ward
Greene en tête) choisissent de l’appeler par son nom de code interne aux
artistes des studios d'animation. Il le porte donc dans des comics strips et des
comics books, de 1955 à la fin des années 80. La Belle et le Clochard 2 :
L'Appel de la Rue lui permet ainsi de sortir de l'oubli en accédant
directement à un premier rôle. Fripon au grand cœur, Scamp (dont l’animation
comme le caractère sont remarquablement définis) n'a peur de rien et rêve de
liberté ! Mais l’amour le rattrape bien vite en la personne d’Ange qui,
contrairement à lui, est une totale création du studio de Glendale ! Aussi bien
traitée que son compagnon, elle dispose d’un design délicat et d’une
personnalité attachante. Chassée de plusieurs familles, son but dans la vie se
situe à l’opposé parfait de celui de Scamp : abandonnée, elle recherche une
famille adoptive...
Caïd, quant à lui, est le vilain de service de l’opus. Doberman, meneur de la
bande de chiens errants, il ne cherche, en réalité, qu'à se faire mousser. Pas
vraiment méchant, il n’est toutefois pas digne de confiance. Plutôt prévisible
dans ses réactions mais amenant un peu de piment au récit, il est clairement
sous-exploité ; ses mauvais travers n’étant pas mis en lumière comme ils le
devraient.
Le reste du casting est d’ailleurs dans la même situation, quand elle n’est pas
pire : les autres personnages -qu’ils viennent de la fourrière ou de la
décharge, sans parler du fonctionnaire du chenil- sont ainsi, mal dessinés, sans
intérêts ou pathétiques ; parfois les trois à la fois !

Comme
La Belle et le Clochard, La Belle et le
Clochard 2 : L'Appel de la Rue se décline en chansons. Mais voilà, sans
doute pour une question de droits, aucun des titres de Peggy Lee n’est repris ;
seule Bella Notte revenant dans le générique de fin. Le reste de la
partition est totalement inédit distillant du bon (Un Monde sans Barrières,
La Famille) et du juste passable (Venez, Le Club des Clébards,
Je n'Avais Jamais Ressenti Ça) ; le tout formant un curieux ensemble pop,
passe-partout, bien loin des airs cosmopolites, variés et parfois jazzys des
chansons du Grand Classique de référence.
Envisagé de manière indépendante, La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de
la Rue n'est pas forcément un mauvais film et se situe plutôt dans le haut
du panier des suites produites par les DisneyToon Studios et sa grande
sœur, Walt Disney Television Animation. Mais voilà, comme il se doit
d’être envisagé avec
La Belle et le Clochard en ligne de mire, il
constitue clairement une hérésie !