Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata
La jaquette
Titre original :
The Lion King 1½
Production :
DisneyToon Studios
Date de sortie USA :
Le 10 février 2004
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Bradley Raymond
Musique :
Don Harper
Durée :
77 minutes

Le synopsis

L'histoire de Simba du point de vue des sympathiques Timon et Pumbaa : la vie des deux amis suricate et phacochère se révèle, en effet, incroyablement riche de péripéties ; encore plus quand elle croise celle du (Le) Roi Lion...

La critique

rédigée par
★★★

Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata est le troisième et dernier opus de la saga du (Le) Roi Lion.

Au milieu des années 2000, Disney est englué dans une période sombre de son histoire artistique. Le label du grand Walt n’existe, en effet, plus qu’au travers de productions de mauvaise qualité, présentées essentiellement sur le marché de la vidéo (même si la branche cinéma n’échappe pas au mouvement). Surfant sur l’aura de la signature, le public n’y voit dans un premier temps, rien à redire et offre aux produits sortis des succès commerciaux qui, une chose en entrainant une autre, remplissent le carnet de commande des studios. Pour faire face à la demande, décision est donc prise en 2003, de diviser la filiale de productions télévisuelles en deux : l’une, qui reste toujours responsable de l’animation destinée à la télévision, conserve le nom de Walt Disney Television Animation ; l’autre, qui se consacre uniquement à la production de suites vidéo de sa maison-mère, prend l’appellation de DisneyToon Studios. Ce recadrage n’a pas pour objet d’agir sur la qualité des œuvres. Au contraire même ! L’amalgame du grand public entre les Walt Disney Animation Studios et les DisneyToon Studios est alors totale ricochant sur le studio cinéma désormais à la peine au box-office : les spectateurs, abreuvés de productions "cheaps", ne font plus de la signature Disney (au contraire de Pixar par exemple) un évènement de nature à les faire se déplacer en salles...

Rien d’étonnant dès lors, après le fabuleux succès du (Le) Roi Lion et celui, tout aussi rentable, de sa suite vidéo, Le Roi Lion 2 : L'Honneur de la Tribu, de voir Disney se lancer dans le chantier d’un troisième opus. Les fans, désormais habitués à la déferlante de suites vidéo des Grands Classiques, toutes aussi médiocres les unes que les autres, ne s’en émeuvent même plus. Blasé, tout le landernau imagine une suite de la suite, reprenant l’histoire là où elle s’est arrêtée à la fin du second opus, transformant, par la même, la saga en un soap frisant le ridicule...

Le script est ainsi confié à Tom Rogers (pas vraiment recommandable en soi : il est l’auteur des affreux Cendrillon 2 : Une Vie de Princesse et La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la Rue) assisté, en qualité de consultant, de Roger Allers (l’un des réalisateurs du film de référence) et Irene Mecchi (à l’origine de la première histoire). La réalisation, quant à elle, revient au réalisateur Bradley Raymond (lui aussi contestable depuis son travail peu glorieux sur Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau). Un tel casting technique n’est donc pas, sur le papier, vraiment rassurant...

Et pourtant, l’incroyable se produit ! Une fois n’est pas coutume, les DisneyToon Studios font preuve d’inspiration et concoctent un troisième volet, non seulement respectueux de son film d’origine mais aussi foncièrement original et drôle. Pour cela, ils partent de l’idée saugrenue de raconter l’histoire dans l’histoire (en clair de raconter la même histoire !) mais d’un point de vue différent. Si le deal est enthousiasmant, encore faut-il trouver les bons protagonistes et le ton juste. Le choix de Timon et Pumbaa s’impose alors d’emblée. Ce sont, en effet, les seuls personnages à être légitimes dans l'exercice périlleux qu'est l'irrespect dans la complicité. Leur capital de sympathie est tel que leur seule apparition déclenche l’affection du public, et par la même son adhésion au film. Ils se surpassent en répliques assassines, autodérision intégrale et introspections douteuses. Toutes les merveilleuses scènes du film de référence sont ainsi détournées avec un humour aussi détonant qu'efficace.

Si Le Roi Lion se base sur Hamlet et Le Roi Lion 2 : L'Honneur de la Tribu sur Roméo et Juliette, Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata repose lui sur deux références bien distinctes.
La première est Mystery Science Theater 3000 (communément appelée MST3K), une série télévisée américaine créée par Joel Hodgson et produite par Best Brains inc. Comprenant 198 épisodes, diffusés sur dix ans de 1988 à 1999, elle est construite sur un pitch simplissime mais terriblement efficace : un homme et son robot, prisonniers d'une station spatiale aux mains d’un méchant scientifique, sont contraints par leur geôlier de regarder des films de série B. Pour ne pas devenir fous, ils décident alors de pratiquer l’art de la vanne et des commentaires acerbes. L’idée est donc appliquée au (Le) Roi Lion 3 : Hakuna Matata pour les personnages de Timon et Pumbaa regardant eux-mêmes leur propres péripéties et les commentant à l’occasion, toujours de manière drôle et irrévérencieuse.
La seconde est la pièce, Rosencrantz and Guildenstern Are Dead, écrite par Tom Stoppard. Il s'agit là d'une adaptation d'Hamlet de Shakespeare vue du point de vue des deux compagnons d'université du jeune prince que le roi charge d’épier et qui finiront exécutés à sa place. Sans être aussi sanglant, Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata reprend ainsi la thématique en zoomant sur les personnages de Timon et Pumbaa dont les spectateurs découvrent alors le rôle indirect dans les toutes scènes emblématiques du premier film à l’exemple des chansons L'Histoire de la Vie et Je Voudrais Déjà Être Roi...

Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata a donc fait le choix de centrer son récit sur Timon et Pumbaa permettant ainsi au public de connaitre la genèse de leur profonde amitié. Le film contredit d’ailleurs à ce sujet la série télévisée puisque ce qui est censé être leur première rencontre n’est pas conforme à ce qui est dit dans les épisodes Once Upon a Timon et Home is Where the Hog Is de la série Timon & Pumbaa - Les Héros du Film Le Roi Lion...
D'une manière générale, Timon apparait dans l’opus sous un jour éclairant. Retraçant sa jeunesse, le suricate s’y révèle en décalage complet avec son entourage et son héritage culturel. Il est en réalité en rupture avec ses origines.
Pumbaa n’a pas la chance de voir son enfance dévoilée : le spectateur comprend simplement qu’il est l’inverse de Timon, en ce sens qu’il souffre lui de ne pas être intégré au reste de son espèce et au-delà de la société tout entière.
Le duo se construit donc, en réalité, sur la solitude des deux protagonistes qui trouvent en l’autre, l’ami qui les fait se sentir exister. Si la nature de leur relation ne souffre pas vraiment d’équivoque, certaines scènes s’amusent à jouer avec les codes de la famille à l’exemple de celle où Timon s’occupe de Simba, fraichement adopté. En fait, tout est surtout prétexte à rire. Même les précieux conseils de Rafiki sont l’occasion de gags savoureux : dire par exemple à Timon « Regarde au delà de ce que tu vois ! » prend une signification toute relative...

Aux côtés du suricate et du phacochère, stars de l’opus, les autres personnages du film d’origine font assurément de la figuration. Ils ne disposent, il est vrai, que de peu d’espace pour exister ; le restant étant d’ailleurs occupé par deux petits nouveaux, venus de la famille de Timon.
Sa mère, tout d’abord, est possessive à souhait. Ultra protectrice, elle n’arrive pas à laisser son petit voler de ses propres ailes et continue envers et contre tout, à vouloir diriger sa vie. Une scène très subtile retranscrit d’ailleurs à merveille le comique de la relation mère/fils. Alors qu’elle l’enlace et le recoiffe, le toon lance, en effet, un malicieux et plein de sous-entendus « et après on s’étonne que je sois perturbé ! » ; de là à penser que le coming-out n’est plus très loin, il n’y a qu’un pas...
Son oncle Max, ensuite, représente l’aspect conventionnel des suricates de la colonie. Son neveu est pour lui un véritable mystère. Il faut dire qu’il ne lui épargne vraiment rien, à l’exemple de cette scène où, répondant à sa mère qui le découvre en train de danser habillé en vahiné et qui s’interroge sur le changement de son fils, hurle à sa vue un drôlissime « Mais il est habillé en fille !!! ».

Au niveau de sa bande-son, Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata est moins ambitieux que ses prédécesseurs. Il reprend, en fait, essentiellement les chansons du premier opus auquel il rajoute deux titres. Le premier Digga Tunnah (Creuse un Tunnel), spécialement écrit pour le troisième volet présente la condition que Timon refuse. Le second That's All I Need (Ce que je Veux) est une chanson dérivée de Warthog Rhapsody, à l’origine prévue pour Le Roi Lion mais finalement coupée avant d’être reprise dans l’album Rhythm of the Pride Lands.
A côté de cela, le film contient des parodies d’œuvres musicales connues : Un Violon sur le Toit de Jerry Block et Sheldon Harnick, ; Le Bon, la Brute et le Truand d'Ennio Morricone ; Peter Gunn d'Henry Mancini ; La Danse du Sabre d' Aram Khatchatourian ; It's a Small World des Frères Sherman ; Le Galop d'Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach et La Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner.

Le dernier point de satisfaction du (Le) Roi Lion 3 : Hakuna Matata est à rechercher dans la qualité de son animation. Sans retrouver la magnificence des décors du premier film de référence, elle se situe clairement un cran au dessus des précédentes livraisons du label des suites. La critique ne va d’ailleurs pas se tromper. Facilement assassine (et à raison) avec ce genre de productions, elle va, en effet, accueillir favorablement ce nouvel opus comme le public d’ailleurs.

Finalement, la seule erreur du troisième volet reste la non reconduction de son titre en dehors des Etats-Unis. S’il se nomme The Lion King 1½ sur le territoire américain, le reste du monde l’affuble, il est vrai, d’un The Lion King 3 : Hakuna Matata. Comme si les américains étaient les seuls à avoir des notions de mathématiques ! Le 1½ est pourtant bien plus logique ! Il correspond, en effet, à l’histoire (elle se passe en même temps que le premier) et comporte par ailleurs un petit élément loufoque bienvenu, fatalement absent du titre international qui fait, lui, penser que l’histoire du 3 enchaine sur celle du 2 tandis que la mention « Hakuna Matata » n’apporte rien tant elle est passe-partout au possible.

Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata est une suite. Certes, mais... quelle suite ! Assurément une des meilleures produites par DisneyToon Studios. Un pur moment de divertissement !

L'édition vidéo

Jaquette Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata
Jaquette Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata
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Zone 2 Simple 2011
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