Le
sortilège de Cendrillon est le troisième opus de la saga de
Cendrillon "bricolée" par le Studio de Mickey.
Après son chef d'œuvre et grand classique de 1950, Disney s'est, en effet,
fourvoyé dans une première suite effroyable
Cendrillon 2 : Une vie
de princesse, directement sortie en vidéo. Elle remet ici,
une nouvelle fois, le couvert avec un ultime épisode (du moins, les fans
l'espèrent !), sur le même support de distribution. La branche française de
la Walt Disney Company craint d'ailleurs tellement la comparaison avec le
numéro 2 qu'elle prend soin, contrairement au reste du monde, de ne pas en
faire référence dans le titre. Le
sortilège de Cendrillon oublie ainsi la mention initialement prévue "Cendrillon 3 : Et si la
magie changeait tout..." Cette coquetterie
franco-française n'est pas aussi anodine qu'elle pourrait laisser le croire. Le sortilège de Cendrillon est, en effet, bien largement supérieur à
Cendrillon 2 : Une vie
de princesse qu'il convient, dès lors, de remiser au
simple rang d'erreur stratégique, née uniquement sur l'autel de la recherche
des profits faciles.

Le troisième opus dispose donc de très nombreux atouts. D'abord, sans
égaler, et de loin, la qualité exceptionnelle du classique de 1950,
Cendrillon,
ou même l'excellent travail réalisé pour la suite Bambi 2,
son animation est tout à fait correcte. Elle se situe, il est vrai, au
dessus du niveau habituellement constaté pour les suites directement
sorties en vidéo, à commencer par
Cendrillon 2 : Une vie
de princesse.
Sa véritable force est, ensuite, sans aucun doute, son
histoire. Regorgeant d'actions et de rebondissements, Le
sortilège de Cendrillon réussit, en effet, le tour de force de
s'éloigner du conte de fée classique et de sa trame originelle, sans les
galvauder. Alors certes, le récit comme les personnages principaux, voient
leur contours modernisés vitesse grand V. Le réalisateur s'autorise même
plusieurs scènes
d'action. Cendrillon prend ainsi des airs d'aventurière fort d'éloignée de
son image lissée du Grand Classique tandis que le Prince se révèle en jeune
homme audacieux et téméraire. Il faut dire que le procédé scénaristique
retenu - un retour dans le passé pour changer l'avenir - autorise bien des
effets. L'idée même d'inverser les rôles est riche en rebondissements et
offre aux personnages un nouveau visage.

Cendrillon, ainsi, totalement passive dans le premier opus, se bat pour épouser l'homme qu'elle aime. Certaines
de ses scènes
sont bluffantes tant elles touchent le spectateur. La séquence sur le bateau,
où la jeune fille résignée, les cheveux en bataille, regarde s'éloigner le château est tout simplement poignante. Le Prince, quant à lui,
prend énormément d'épaisseur et gagne, au passage, en muscle, collant ainsi
mieux à l'image contemporaine d'un jeune souverain type. Il se bat lui aussi
par amour et obtient, en fait, un rôle assez proche du Prince Eric de
La petite sirène. Il conserve, à
ses côtés, son père qui bénéficie de quelques scènes intéressantes, à
commencer par la séquence où il convoque Anastasie dans ses appartements.
La marâtre, elle, est
magnifiée dans son rôle. Encore plus ignoble et méchante que dans
le classique de 1950, elle devient extrêmement dangereuse puisque
détournant, à mauvais escient, la magie.
Anastasie est, pour sa part, après le Prince, le second personnage à gagner
en profondeur par rapport à l'œuvre première,
Cendrillon. Elle conserve en revanche l'évolution
suivie dans
Cendrillon 2 : Une vie
de princesse. Sa sœur Javote, au contraire, régresse et
se contente désormais d'un simple rôle de faire valoir, sans consistance
réelle. Gus, Jac et Lucifer sont, enfin, égaux à eux même et contribuent
toujours au ressort comique du film.

Si l'animation, le scénario et les personnages sont correctement traités
dans Le
sortilège de Cendrillon, il n'en est pas de même avec la bande son.
Les chansons sont, en effet, toutes alignées sur le second opus, insipides à
souhait. Aucune ne parvient jamais à retenir l'attention si bien que le
spectateur quitte le film sans ritournelle à fredonner.
Le
sortilège de Cendrillon gagne au final en modernité et tempo ce
qu'il perd en charme et classe. Sans bien sûr égaler
Cendrillon,
il se laisse regarder avec plaisir et étonne par sa capacité à divertir.
Le bouder serait assurément une erreur !