WALL•E
L'affiche du film
Titre original :
WALL•E
Production :
Pixar Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 28 juin 2008
Genre :
Animation 3D
Réalisation :
Andrew Stanton
Musique :
Thomas Newman
Durée :
103 minutes

Le synopsis

Originairement destiné au seul compactage des déchets, WALL•E, un petit robot produit en grande série, a développé, contre toute attente, une personnalité complète, notamment marquée par une curiosité insatiable et une ingéniosité à toute épreuve.

Seul survivant de sa génération, il accomplit ainsi soigneusement sa tâche depuis 700 ans sur une terre désertée par les humains pour cause de pollution irréversible. Son existence semble ne pas devoir changer quand une robot sonde, nommée EVE, débarque de l'espace pour détecter une trace de régénérescence de la planète bleue. WALL•E en tombe aussitôt amoureux et entreprend de la séduire. Les ennuis commencent alors pour lui...

La critique

rédigée par
★★★★

A chaque Pixar, ou presque, une question revient, lancinante. Mais où les équipes du studio à la lampe de bureau s’arrêteront elles ? Chaque nouvel opus repousse, en effet, plus loin encore l’exigence de qualité déjà placée haute pour le film précédent. Chez Pixar, depuis sa création, la règle semble immuable : une pépite en cache toujours une autre. Et pourtant, souvent, aux premiers instants de la révélation d’un nouveau projet, le scepticisme l’emporte. La distillation d’informations savamment organisée auprès du public, montant en puissance au fur et à mesure de la date de sortie approchant, donne lieu régulièrement à de vifs débats sur le premier « raté » supposé du turbulent studio de Luxo Jr. WALL•E n’a pas échappé à la règle. Pire, il a été particulièrement malmené avant même de voir le jour ! L’histoire d’un robot quasi muet, tombant amoureux, laissait perplexe des millions de fans à travers le monde. Pixar courait à l’accident industriel : la chose était écrite. Mais voilà, c’est aller vite en besogne que de juger une œuvre sur de simples informations tronquées. A l’heure d’internet tout puissant, il convient d’être extrêmement prudent sur les débats qui suivent les fuites habilement orchestrées sur le scénario, les personnages ou la bande son d’une œuvre à venir. Rien ne remplace le visionnage du film dans son intégralité : voilà une évidence qu’il est bon de rappeler. WALL•E, annoncé des mois durant comme une future tache dans le catalogue Pixar, en est, en réalité, le plus beau joyau !

La genèse du film remonte à la naissance même de Pixar. Bien avant la sortie de Toy Story sur les écrans américains, lors de l'été 1994, alors que leur premier film d'animation totalement en images de synthèse est en simple phase de production et que rien ne présume de l’accueil qui lui sera réservé, les responsables du jeune et déjà turbulent studio, Pixar, (John Lasseter, Pete Docter, Andrew Stanton et feu Joe Ranft) imaginent leur deuxième long-métrage. Plusieurs trames sont envisagées : une première sur les insectes qui aboutira à 1001 pattes, une autre sur les peurs enfantines qui donnera Monstres & Cie, une encore sur l’univers marin qui prendra vie avec Le Monde de Nemo, une enfin, sur un petit robot, dernier survivant d'une Terre dévastée par la pollution. Cette dernière, la plus longue à voir le jour, ne quittera plus Andrew Stanton. Si l'idée le fascine et l'obsède, la raison l’emporte : jugée trop nouvelle et avant-gardiste, il la met de côté pour s’atteler à un autre projet, moins risqué bien que tout aussi enthousiasmant, Le Monde de Nemo. L’Histoire lui rendra néanmoins justice : il signe en effet, avec son poisson clown, le plus gros succès au box-office pour un film Pixar. L’une des premières conséquences de ce triomphe est de lui donner l’oreille attentive des décideurs du studio, désormais « bizarrement » plus réceptifs pour l’écouter sur « son » projet WALL•E.

Natif du Massachusets, Andrew Stanton se forme à CalArts (California Institute of the Arts), dont il sort licencié en animation de personnages. Ses courts métrages, Somewhere in the Arctic, lauréat du Nissan Focus Award et A Story lui ouvrent les portes de Pixar en qualités de directeur de l'animation et réalisateur de films publicitaires. Entré dans le fameux studio en 1990, il est alors la neuvième personne à rejoindre l'équipe de pionniers de l'animation par ordinateur formée par John Lasseter, et en devient le deuxième animateur. Scénariste sur chacun des longs métrages du studio jusqu'au (Le) Monde de Nemo, il a gagné l'Oscar du Meilleur Script pour Toy Story sorti en 1995. Il coréalise 1001 pattes en 1998 aux cotés de John Lasseter. Producteur exécutif de Monstres & Cie en 2001, Andrew Stanton est, en 2003, auteur, coscénariste et réalisateur du (Le) Monde de Nemo. Il signe alors le plus grand succès de l'histoire de l'animation aux Etats-Unis quelques semaines après sa sortie. Il faudra attendre Shrek 2 en 2004 pour le voir perdre ce titre…

Le génie de WALL•E réside d’abord et avant tout dans la force de son histoire. Le pitch, d'une simplicité enfantine, est terriblement efficace. Un robot tombe amoureux d'une consœur et entend ne plus la quitter, envers et contre tous. Si le fil conducteur est simplissime, le discours tissé autour est, lui, d’une richesse incroyable, disposant de plusieurs niveaux de lecture. Les plus jeunes s’émerveilleront ainsi de la malice dont le petit robot fait preuve dans sa vie quotidienne tout comme dans sa relation avec EVE tandis que les adultes apprécieront la réflexion sur l’amour, le travail et le rapport aux règles, enveloppée dans une délicieuse atmosphère poétique.
En dépit de son apparence enfantine, WALL•E est le film le plus politique et le plus militant jamais réalisé par Pixar. Plaçant la question écologique au cœur du débat, il s’interroge sur le mal qui ronge la société actuelle. Croulant sous une technologie omniprésente, le monde est soupçonné de perdre, chaque jour, un peu plus, d’humanité jusqu’au point de non retour. L’attaque est féroce contre la société de consommation accusée d’entretenir un mensonge permanent, à grands coups de promesses jamais tenues. La surenchère constante du progrès technique pervertit l’homme au point de le détourner de l’essentiel. Il n’est, dès lors, plus acteur de sa vie. Pris aux pièges d’intérêts qui le dépassent et dont il aime à se tenir à l’écart, telle l’autruche qui reste la tête dans le sable, l’individu n’est plus maître de son destin, les intérêts économiques et financiers ayant pris le pas sur la Chose Politique. WALL•E est une critique acerbe de la société du 21e siècle dont il renvoie une image difficile à oublier, tant elle fait s’interroger.

L'autre grande réussite de WALL•E se trouve dans le magnifique travail effectué sur les personnages, et notamment les deux principaux.
WALL•E ou Waste Allocation Load Lifter Earth-Class (Videur Automatique pour Lavage et Levage Classe-E) est le dernier robot encore en fonctionnement sur la planète Terre. Vendu à des millions d’exemplaires, il a été présenté comme le remède miracle à la résorption des déchets recouvrant le globe. Alors même qu’il n’est qu’un simple compacteur autonome, sa société éditrice, la BNL, en a fait, il est vrai, le fer de lance d’un traitement anti-pollution dont l’intérêt se limite, pourtant, à canaliser les déchets, là où il aurait fallu en réduire la production. WALL•E façonne donc depuis 700 ans, avec les ordures qu’il ramasse, de petits cubes qu'il empile et dresse précautionneusement en gigantesques gratte-ciels. Dans l’intervalle, les hommes ont fui la planète que le changement climatique a rendue hostile. Programmé pour effectuer une tâche répétitive, le petit robot devait, comme ses congénères, un jour s’arrêter de fonctionner, faute d’entretien et d’énergie. Mais voilà, une anomalie dans sa conception l’a rendu conscient au point de développer une personnalité complète et un instinct de survie indéfectible. WALL•E est une pure merveille que le pouvoir de l'animation 3D a sublimé. Alors même qu’il ne prononce que de rares mots et quelques sons, toutes ses émotions passent, en effet, par ses airs, postures et attitudes. Terriblement attachant, il se révèle, tour à tour, vrai, entier, naïf, peureux, courageux, romantique, malicieux, délicat… Pas une once de méchanceté ne l’habite. Si sa solitude lui pèse, il continue pourtant fidèlement sa tache. Sans jamais faillir. Persuadé de l’utilité de son action. Collectionneur, il sauve des trésors qu’il amasse patiemment pour un jour peut-être les partager. Jour qui ne semble jamais devoir venir. Aussi, quand il arrive enfin, le spectateur est prêt à croire à l’histoire d’amour qui va naître sous ses yeux. WALL•E mérite d’aimer et de l’être en retour. Nul doute à cela.
EVE ou Extra-terrestrial Vegetation Evaluator (Evaluateur de Végétation Extraterrestre) est le total opposé de WALL•E. D’une technologie bien plus avancée, elle ne semble pas faite, comme lui, de bric et de broc. D’une apparence parfaite aux contours fluides, elle est, contrairement à son prétendant, dotée d’armes de destruction et se déplace en volant... Elle est présente sur Terre pour une mission bien déterminée dont elle n’entend pas être détournée, quitte à devoir pour cela user de violence. Sa rencontre avec WALL•E va pourtant changer sa vie. Elle se découvre, au contact de ce petit robot tout sale, une vraie personnalité et surtout la capacité de faire ses propres choix. Le spectateur suit l'évolution de "cette" robot femelle. Apparaissant au début froide et lisse, elle dévoile, au fil du récit, une complexité difficilement soupçonnable au premier abord. Impossible dès lors, de ne pas tomber sous le charme…
Au delà de ses deux rôles principaux, le long-métrage est truffé de petits personnages secondaires tout aussi attachants.
Le tout premier d’entre eux est un cafard, seul compagnon de WALL•E sur la Terre abandonnée. Sa relation avec le petit robot est celle d’un animal domestique avec son Maître bienveillant.
La deuxième partie du film fait place, elle, à une galerie de personnages impressionnante. WALL•E rencontre, en effet, une multitude de robots, petits ou grands, dont le trait de caractère commun est d’être tous dotés d’une mission, souvent unique, qu’ils prennent à cœur de réussir. Quand, en plus, une panne ou un disfonctionnement vient les perturber, le résultat est détonnant.
Le plus réussi de l’équipe joue un rôle de fil rouge tout au long du périple de WALL•E. M-O, ou Microbe Obliterator (Destructeur de Microbe), hilarant en tout point, n’a, en effet, qu’un seul but dans l’existence : maintenir propre ! L'arrivée de WALL•E, aux chenilles motrices remplies de poussière terrienne, va bien évidemment beaucoup le contrarier…
Les derniers personnages du long-métrage, en ordre d’importance, sont les humains. Héros de l'histoire secondaire de WALL•E, ils restent toujours en arrière plans. Ils apparaissent d’ailleurs paradoxalement les moins empreints d’humanité. Dénués de consistance réelle, ils sont tous façonnés de la même façon. Leur personnalité est endormie : ils subissent plus qu’ils n’agissent et n’ont pas de conscience développée, si ce n’est de celle de consommer encore et toujours…

L’histoire et les personnages sont accompagnés d’une musique signée de Thomas Newman. Collant parfaitement au film, soulignant magnifiquement actions et émotions, elle participe à l’impression de grande qualité de l’ensemble. Un superbe travail de bruitage, accompli parallèlement pour permettre aux personnages de s'exprimer par bips et cliquetis, vient d’ailleurs renforcer ce sentiment.

Pixar est le roi de l’animation 3D ! C’est une chose de le dire, c’en est une autre de le constater. WALL•E constitue un sans-faute technique : la réussite est totale. Les images sont, en effet, tout simplement exemplaires. Tout a l’air absolument réel. La vision de la terre apocalyptique est bluffante à souhait. La fluidité des mouvements, mécaniques ou humains, est incroyable, le souci du détail constant. Dans cet environnement parfaitement maitrisé, les artistes ont toutefois fait le choix d’un parti prix esthétique - une coquetterie ? - quelque peu déroutant : des acteurs "live" représentent, il est vrai, l’Homme avant son départ de la Terre, tandis que les images de synthèse reprennent droit au chapitre pour l’apparence humaine quelques 700 ans plus tard. Le stratagème, censé symboliser la perte d’humanité, offre un curieux rendu. Se justifie t’il pour autant ? La question reste posée.

WALL•E, comme il est d’usage chez Pixar, connait de nombreuses influences. Certaines, telles les airs de R2D2 de Starwars ou de Short Circuit et de sa suite Appelez-moi Johnny 5, ne sont que pures coïncidences. Leurs existences sont à rechercher ailleurs. Le réalisateur Andrew Stanton estime, en effet, simplement, sans référence aucune à ses illustres prédécesseurs, qu’un binoculaire permet techniquement de mieux exprimer un regard. En revanche, il livre à 2001, l'odyssée de l'espace un clin d’œil assumé et appuyé dans une scène drolissime où la destinée des hommes, aseptisée à l’excès, est toute entière laissée entre les mains d’un Hal plus vrai que nature, à la nuance près qu'il peut, ici, être éteint comme un vulgaire radiateur électrique !
Pour la personnalité de WALL•E, le réalisateur s'est directement inspiré d'acteurs réels aux premiers rangs desquels se trouvent Charlie Chaplin, Buster Keaton, et d’autres stars de films muets passées maitres pour retranscrire leurs émotions par gestes. Le long-métrage emprunte également des traits de caractères à Bambi dont il reprend le message pour l'écologie mais également l'utilisation parcimonieuse de dialogues, l'émotion étant principalement supportée par la musique et l'animation.
Andrew Stanton s'amuse, en outre, à rendre un vibrant hommage à Hello, Dolly !, la comédie musicale de la Fox, sortie en 1969. Non seulement, le générique de début se fait sur une chanson du film mais WALL•E découvre l'amour et développe son humanité en regardant, en boucle, une vieille VHS du film à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il tente d’ailleurs de séduire EVE, en singeant une danse de Michael Crawford dans une scène vraiment charmante. L'influence d'Hello, Dolly ! constitue une sorte de fil rouge tout au long de l’histoire d'amour dont la conclusion recherchée est la simple, mais touchante, possibilité, pour les deux robots, de se tenir par la main à la manière des acteurs dans la comédie musicale. Le romantisme est d'ailleurs omniprésent dans WALL•E : la reprise de La vie en rose d'Edith Piaf interprétée ici par Louis Armstrong offre à ce sujet une séquence d’une rare intensité. Andrew Stanton parvient ainsi à créer (ou recréer) le lien entre le vieux et le neuf, le passé et le futur, dont la rupture était consommée depuis le départ des hommes de la Terre.

WALL•E est un chef d'œuvre : une fois cela dit, tout est dit !

A noter :
WALL•E a remporté l'Oscar et le Golden Globes du Meilleur Film d'Animation.

L'édition vidéo

Jaquette WALL•E
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