Winnie l'Ourson
L'affiche du film
Titre original :
Winnie the Pooh
Production :
Walt Disney Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 15 juillet 2011
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Stephen J. Anderson
Don Hall
Musique :
Henry Jackman
Durée :
63 minutes

Le synopsis

Nouveau jour dans la forêt des Rêves Bleus, mais occupation habituelle : lancée tête baissée et ventre vide dans sa quête quotidienne de miel, Winnie se voit bien vite dévié de son objectif premier. Il participe d’abord à un concours destiné à trouver un nouvel appendice à Bourriquet puis se voit tourneboulé par Maitre Hibou, qui, interprétant mal un message de Jean-Christophe, lui annonce le rapt du ce dernier par une mystérieuse créature...

La critique

rédigée par
★★★★

Winnie l'Ourson, 51ème long-métrage des Walt Disney Animation Studios, est une petite merveille. Les artistes de Disney ont, pour lui, parfaitement retrouvé l'esprit et le charme des moyens-métrages des années 60 tout en leur adjoignant un ton moderne bienvenu. Si le design reste fortement ancré dans le traditionnel avec une animation 2D magnifique, de subtils changements sont, en effet, opérés dans la définition des personnages qui peuvent, dès lors, surfer sur un humour inspiré, totalement absent des précédentes aventures. Les enfants sont ainsi sous le charme et les parents, nostalgie et second degré aidants, également !

Winnie l'Ourson apparait pour la première fois sous la signature Disney en 1966 avec le moyen-métrage Winnie l'Ourson et l'Arbre à Miel. Deux ans plus tard, le studio remet le couvert avec Winnie l'Ourson Dans le Vent qui se paye, en plus, le luxe de remporter l'Oscar du Meilleur Court-Métrage. En 1974, Winnie l'Ourson et le Tigre Fou tente la même opération mais s'arrête cette fois-ci au seul stade de la nomination. Les Aventures de Winnie l'Ourson sort enfin en 1977 : tout premier long-métrage du petit ours, il se contente, en fait, de compiler ses trois moyens-métrages précédents en les reliant au moyen de scènes de transition inédites.
L'extrême et rapide popularité de Winnie l'Ourson convainc Disney d'en exploiter le filon sous toutes ses formes. Le marchandisage tourne ainsi à plein régime ; et quoi de mieux pour le stimuler que de sortir pour le public de nouvelles productions ?
Un quatrième et dernier moyen-métrage sous le titre de Winnie l'Ourson et une Sacrée Journée pour Bourriquet débarque ainsi sur les écrans en 1983.
Mais, c'est sans aucun doute à la télévision que le petit ourson va décupler son entreprise de séduction des bambins du monde entier. A partir de 1983, il investit, en effet, le petit écran dans une série intitulée Welcome to Pooh Corner. Il s'agit là d'une programme "live" où des "characters" habitent la Forêt des Rêves Bleues, comme Casimir le faisait dans l'Ile aux enfants. En France, intitulée Les Aventures de Winnie l'Ourson et présentée par Jean Rochefort, la série occupe avec bonheur les samedis soirs de la chaine publique, FR 3. Elle reste gravée depuis, dans l'inconscient collectif des téléspectateurs français...
En 1988, une nouvelle série, en animation 2D cette fois-ci, voit le jour sous le titre des (Les) Nouvelles Aventures de Winnie l'Ourson. Reprenant le design des moyens-métrages, elle emporte un double succès, public et critique. Pas moins de 82 épisodes standards sont finalement produits auxquels s'ajoutent quatre spéciaux réalisés plusieurs années plus tard : Winnie l'Ourson : Noël à l'Unisson (1991), Winnie l'Ourson : Hou ! Bouh ! et Re-Bouh ! (1996), Winnie l'Ourson : Thanksgiving (1998) et Winnie l'Ourson : Je t’Offre Mon Cœur (1999). De nombreuses compilations des épisodes de la série sont également sorties en vidéo à l'image des différents volumes du (Le) Monde Magique de Winnie l'ourson.
Dans la lignée des suites de Grands Classiques réalisées par le studio Disneytoon Studios, d'innombrables productions estampillées « Winnie » sont mises sur le marché : soit directement en vidéo, qu'elles soient entièrement inédites (Winnie l'Ourson 2 : Le Grand Voyage (1997), Les Aventures de Petit Gourou (2004)), partiellement inédites (Winnie l'Ourson : Bonne Année ! (2002), Lumpy Fête Halloween (2005)) ou simplement une compilation d'éléments existants liés par de courtes scènes de transition (Winnie l'Ourson : Joyeux Noël (1999)) ; soit d'abord au cinéma (Les Aventures de Tigrou (2000), Les Aventures de Porcinet (2003), Winnie l'Ourson et l'Eléfélant (2005)).
En 2001, une nouvelle collection, destinée aux tout petits, mélangeant des marionnettes et des décors en animation 3D, voit parallèlement le jour sous le nom du (Le) Livre de Winnie l'Ourson.

En 2007, une énième série présentée sous le nom de Mes Amis Tigrou et Winnie, plonge les habitants de la Forêt des Rêves Bleus dans le monde de l'animation 3D. Si le design et l'utilisation de la 3D parviennent à respecter fidèlement l'aspect des personnages - le charme de l'animation 2D en moins - les changements opérés dans le casting ont de quoi désarçonner l'auditoire. Jean-Christophe ne fait plus, il est vrai, partie intégrante de l'aventure (même s'il fait quelques apparitions) et s'efface fort curieusement au profit d'une fillette appelée Darby et toujours accompagnée de son chiot, Buster. Tous les habitants de la Forêt des Rêves Bleus - ou presque - reprennent, eux, du service ; le nouveau venu Lumpy assumant désormais un rôle de permanent tandis que Maître Hibou reste lui aux abonnés absents.
Les scénarios jouent, pour leurs parts, beaucoup moins l'interactivité que la série, consœur mais concurrente, La Maison de Mickey. Seule Darby interpelle ainsi les jeunes téléspectateurs, sans que cela ne soit un rendez-vous obligé dans chacun des épisodes. Les visuels respectent, quant à eux, les codes du genre, usant - et abusant - de couleurs chatoyantes et de formes rondes. Au bout du compte, si les enfants plébiscitent, et les personnages, et les histoires, les adultes, eux, restent sceptiques, tant ils regrettent le charme de la série 2 D de leur enfance, élevée, entre temps, au rang de programme culte.
Les studios Disney prennent vite conscience de cet inquiétant paradoxe. Malgré les bons scores d'audience de la série, elle provoque l'effet inverse de celui escompté sur le capital sympathie du personnage. Décision est donc prise de recentrer l'univers de Winnie sur son apparence initiale, à savoir l'animation 2D. L'avenir de l'ourson de la Forêt des Rêves Bleus change ainsi de main et sort du périmètre de la branche télévision de la Walt Disney Company.

Ce nouveau départ est, d’abord et avant tout, dû aux artistes Stephen J. Anderson et Don Hall.
Stephen J. Anderson rejoint les Walt Disney Animation Studios en 1995 comme scénariste sur Tarzan. Il collabore ensuite aux scénarios de Kuzco, l'Empereur Mégalo et de Frère des Ours en qualité de superviseur de l’histoire. Il accède, en 2007, aux fonctions de réalisateur sur Bienvenue Chez les Robinson avant de revenir, l’année suivante au scénario sur Volt, Star Malgré Lui. Winnie l'Ourson marque donc en 2011 son retour à la réalisation.
Don Hall intègre, quant à lui, les Walt Disney Animation Studios à la même époque que son confrère. En 1995, il passe ainsi par la case de scénariste stagiaire sur Tarzan. Il travaille ensuite comme storyboardeur sur plusieurs longs métrages parmi lesquels Kuzco, l'Empereur Mégalo et Chicken Little. Il prend enfin du grade sur Bienvenue Chez les Robinson en qualité de responsable de l’histoire puis assume une fonction assez proche (superviseur de l’histoire) sur La Princesse et la Grenouille ; Winnie l'Ourson offrant à Don Hall son premier poste de coréalisateur.

Stephen J. Anderson et Don Hall sont donc ceux, qui, les premiers chez Disney, proposent à John Lasseter une idée centrée sur le célèbre petit ourson. Ils expriment, il est vrai, l’envie de revenir à l'essence même des moyens-métrages tel que Walt Disney l’avait envisagée. En animation 2D bien-sur mais également avec l'utilisation d'historiettes liées les unes aux autres et agencées comme dans un livre illustré. N’imaginant pas alors le projet validé par la direction du studio, ils jouent la prudence et annoncent vouloir se contenter d’un simple format de moyen-métrage allant même jusqu’à accepter une peu glorieuse sortie directe en vidéo. Mais c’est sans compter sur la fine analyse de John Lasseter. Conscient de l’impasse dans laquelle se trouve l'équipe Merchandising sur le « produit » Winnie depuis le lancement de Mes Amis Tigrou et Winnie ; il flaire le potentiel du projet. Plus qu'enthousiaste que Stephen J. Anderson et Don Hall eux-mêmes, il leur propose, donc, non seulement de réaliser le projet mais également de le penser au format de long-métrage, pour le cinéma et sous label des Walt Disney Animation Studios. Ainsi, 34 ans après Les Aventures de Winnie l'Ourson, les studios d'animation historiques de Walt Disney lancent un second long-métrage du petit ourson. Il devient de la sorte et depuis la fermeture de la division 2D à Burbank, le second film Disney en animation traditionnelle après La Princesse et la Grenouille. Comme pour lui, tout est donc fait pour minimiser le risque. Le Grand Classique de Tiana et Naveen, qui avait vu son budget étroitement limité pour rendre son point de rentabilité aisément atteignable a ouvert, en effet, la voie à un nouveau modèle économique pour la 2D. Le nouvel opus de Winnie et ses amis le pousse d’ailleurs un peu plus loin. Véritablement bétonné, le coût du projet se chiffre à 35 (petits) millions de dollars, supportés en partie par le département Merchandising. Le pari est délibérément à portée de main : le marché de la vidéo comblera, à l’évidence, tranquillement, le petit coup de mou probable lors du passage dans les salles obscures. Et si ce dernier ne se produit pas (et donc que les séances se remplissent), le jackpot est assuré !

Persuadés que la réussite de Winnie (version Disney) se trouve avant tout dans ses racines cinématographiques, Stephen J. Anderson et Don Hall plaident depuis le départ du projet pour revenir à l'essence même des moyens-métrages historiques. Pour cela, ils suivent les traces de Walt Disney et renouent avec les écrits d'Alan Alexander Milne. Reprenant là une recette déjà utilisée pour les films précédents, leur attention se focalise donc sur les deux recueils consacrés à l'ourson : Winnie-the-Pooh et The House at Pooh Corner. Cette démarche avait, en effet, été celle des (Les) Aventures de Winnie l'Ourson, inspiré des chapitres du premier livre (In Which We Are Introduced to Winnie-the-Pooh and Some Bees and the Stories Begin, In Which Pooh Goes Visiting and Gets Into a Tight Place, In Which Pooh and Piglet Go Hunting and Nearly Catch a Woozle, In Which Piglet Meets a Heffalump, In Which Piglet is Entirely Surrounded by Water et In Which Christopher Robin Gives Pooh a Party and We Say Goodbye) et de ceux du second (In Which Tigger Comes to the Forest and Has Breakfast, In Which a Search Is Organdized, and Piglet Nearly Meets the Heffalump Again, In Which It Is Shown That Tiggers Don't Climb Trees, In Which Tigger Is Unbounced, In Which Piglet Does a Very Grand Thing, In Which Eeyore Finds the Wolery and Owl Moves Into It et In Which Christopher Robin and Pooh Come to an Enchanted Place, and We Leave Them There).
Winnie l'Ourson et une Sacrée Journée pour Bourriquet se base, comme lui, sur In Which Eeyore has a Birthday and Gets Two Presents tiré de Winnie-the-Pooh et In Which Pooh Invents a New Game and Eeyore Joins In de The House at Pooh Corner.
La source « Alan Alexander Milne » se tarit alors un bon moment… Il faut, il est vrai, attendre 2003 et Les Aventures de Porcinet pour voir ses textes de nouveau utilisés par Disney avec In Which Kanga and Baby Roo Come to the Forest and Piglet has a Bath et In Which Christopher Robin Leads an Expotition to the North Pole extraits du premier livre et In Which a House Is Built at Pooh Corner for Eeyore du second.
Entre temps, la situation de Winnie l'Ourson 2 : Le Grand Voyage, sorti en 1997, porte à questionnement : s’il ne se base pas officiellement sur l'histoire In Which Rabbit Has a Busy Day, and We Learn What Christopher Robin Does in the Mornings, sa trame apparait, en effet, suffisamment proche pour émettre un doute raisonnable.

Winnie l'Ourson ne s’embarrasse pas lui d’une quelconque polémique sur sa genèse : il revendique haut et fort son adaptation d’In Which Rabbit Has a Busy Day, and We Learn What Christopher Robin Does in the Mornings extrait de The House at Pooh Corner et d’In Which Eeyore Loses a Tail and Pooh Finds One auxquels se rajoutent quelques éléments d’In Which Christopher Robin Leads an Expotition to the North Pole tirés de Winnie-the-Pooh.

Le mélange de ces trois histoires se concrétise donc à l'écran par deux aventures entremêlées ; la première tenant sur vingt minutes tandis que la seconde occupe le reste de la bonne heure de l’opus. L’ensemble reste d’ailleurs foncièrement digeste, sans jamais décevoir son auditoire. Il faut dire que les auteurs ont particulièrement soigné le petit monde de la Forêt des Rêves Bleus, s’attachant toujours à lui conserver son aura d’antan. Cette volonté d’ancrage dans le passé n’empêche pas, pour autant, d’y apporter des touches de modernité bienvenue, notamment par le biais d’un humour tout à fait contemporain. Les personnages sont de la sorte fidèles à eux-mêmes tout en étant en phase avec l’époque. Winnie reste bien sûr l’ourson aimé de tous mais fait désormais bien plus rire avec ses facéties enfantines, à l’exemple de son ventre qui gargouille...  Mais il n’est pas le seul personnage à voir son identité quelque peu évoluer : Maitre Hibou exacerbe ainsi sa propension à tout connaître, Porcinet, son aptitude à vouloir faire le bien et sauver ses amis, etc. Toute la troupe est, en fait, au rendez-vous, sous une lumière assurément nouvelle même si la narration revient, elle, à ses premiers amours avec un livre qui s’ouvre pour mettre en exergue l'héritage littéraire de Winnie l'Ourson. Le terrain est donc idéal pour s’en donner à cœur joie, dans une atmosphère douce, heureuse et enveloppante de tendresse où l’anodin est toujours sujet à rire. La non compréhension de mots difficiles est ainsi à la base de nombreux gags. Des trouvailles visuelles apportent également leurs lots d’étonnements. Tout est en réalité axé sur la nostalgie et l'enfance qui débordent alors à chaque coin de page (pellicule) ; la richesse de l'écriture se devinant derrière la fausse simplicité mise en œuvre. Car il se passe toujours quelque chose à l'écran ! L'ennui n'a, il est vrai, quasiment pas sa place dans ce film au charme permanent, sauf à devoir chipoter un peu sur une petite baisse de régime en son milieu...

Par rapport à la filmographie Disney des années 2000, Winnie l'Ourson bénéficie indéniablement d’une qualité d’animation 2D remarquable. La raison est en soi toute simple : elle a été confiée à la pépinière de talents chevronnés présents aux Walt Disney Animation Studios. Et une chose est sure : cela se voit ! Le film regorge de trouvailles visuelles qui, au-delà de leur sens narratif, contribuent au plaisir des yeux. Il y a ainsi souvent une action principale qui se passe au premier plan (par exemple, Maître Hibou faisant un discours), tandis que l'arrière plan connait lui aussi de l’agitation (toujours sur le même exemple : Winnie continuant sa quête de miel). L'animation des personnages est, quant à elle, tout bonnement exemplaire ; leurs mimiques ne pouvant dès lors que faire craquer l’auditoire le plus endurci. En réalité, seule l’incrustation, pour le coup peu harmonieuse, de la 3D pêche. La scène du rêve de Winnie est ainsi fort maladroite. La 3D semble condamnée à ne pas réussir aux personnages de la Forêt des Rêves Bleus que seule l'animation 2D sait servir, tant ce qu’elle apporte à leur caractérisation décuple leur capital-sympathie. Grand bien a donc pris à Disney de revenir à son savoir-faire origine ! L’animation est, en effet, superbement utilisée dans le film, générique de fin compris qui mérite, pour de multiples raisons, un visionnage intégral : une belle surprise attendant les spectateurs les plus patients...

Au-delà de son assise scénaristique et de la qualité de son animation, la première force de Winnie l’Ourson est bien sûr sa panoplie de personnages intemporels et universels. Pas d’excentricité ici, seul le casting originel est rappelé. Pas de Darby, de Lumpy ou de La Taupe ! Les personnages originaux imaginés par Alan Alexander Milne restent donc entre eux, même si certains voient leurs personnalités évoluer et d’autres prendre de l’importance...

Dans le lot, Winnie demeure égal à lui-même. Il est toujours un être débonnaire, naïf à souhait et... fou-gourmand de miel. Le plus drôle dans ce long-métrage est d’ailleurs la personnification de son estomac qui amène de savoureux gags ; rien que les bruitages donnant à sourire. Niveau animation, c’est l’artiste reconnu Mark Henn (déjà aux commandes de Tiana dans La Princesse et la Grenouille ou de Jasmine dans Aladdin) qui s’occupe de ses traits, avec une maitrise toujours aussi soignée. Winnie perd en revanche un élément historique dans sa version française. Alors qu’il l’assurait depuis la création de ses aventures en animation, Roger Carel, souffrant, ne lui prête, en effet, plus sa voix (ni d’ailleurs à son fidèle compagnon Coco Lapin). Le comédien Jean-Claude Donda, qui se limitait jusqu’à présent aux chansons de Winnie, assure désormais également les séquences parlées... Si elle ne démérite pas, sa prestation reste, bien malgré lui, nettement moins incarnée que celle de Roger Carel.
Mark Henn anime également Jean-Christophe. Le jeune garçon, remplacé bêtement dans la série Mes Amis Tigrou et Winnie, est donc de retour à la satisfaction de tous. Il reprend même son apparence du premier opus sauf à devoir préciser que ses yeux ne sont plus de simples points noirs mais gagnent des pupilles.
Evidemment de la partie, Bourriquet, l'âne taciturne, est toujours délicieusement attachant. Son humeur maussade mélangée à sa profonde gentillesse fait, une fois encore, des merveilles et exploser littéralement son capital sympathie, d’autant plus que les auteurs ont eu la bonne idée de le placer au premier plan du récit. Randy Haycock (Naveen dans La Princesse et la Grenouille ou Kida dans Atlantide, l’Empire Perdu) supervise donc le personnage avec le sérieux et l’implication qui font sa réputation.
Coco Lapin devenu, au fil des adaptations, un maniaque, ordonné et pointilleux au point d’apparaitre parfois en grincheux antipathique est recadré dans l’opus. Les artistes le rendent, en effet, un peu plus chaleureux et surtout plus drôle ; son intelligence s’éclipsant au profit de son rôle de leader. Sa découverte de la manière dont Porcinet interprète ses conseils pour le secourir, lui et ses amis, constitue sans doute l’une des scènes les plus drôles du film. Eric Goldberg (connu pour son travail sur le Génie dans Aladdin ou sur la séquence Rhapsody in Blue de Fantasia 2000) se charge de son animation avec la grande compétence qui le caractérise. Côté voix, même motif, même punition que pour le cas de Winnie : Roger Carel cède sa place à Michel Mella qui assurait les parties chantées du personnage depuis quelques années déjà... Sa voix parlée se révèle malheureusement bien trop criarde...
Comme Coco Lapin, Porcinet, voit également son personnage évoluer à la marge. Sans faire mentir sa réputation de petit être peureux, il gagne en courage ce qu’il perd en jugeote, en particulier dans une scène hilarante où il doit secourir ses amis. Non seulement, il attendrit toujours autant son auditoire mais il lui offre de belles séquences de rire ! Bruce Smith (Dr Facilier dans La Princesse et la Grenouille) assume, comme à son habitude, son animation ; se chargeant également de deux autres rôles, plus mineurs ceux-là, Maman Gourou et Petit Gourou !
Tigrou est l’un des rares personnages à ne pas avoir évolué. Il est exactement comme tout le monde le connait : exubérant et unique en son genre avec sa célèbre queue à ressort. Il reste très impulsif et conserve le comportement turbulent de celui qui agit avant de réfléchir. La personnalité singulière de Tigrou se retrouve également dans sa façon de parler. Particulièrement originale, elle se caractérise par des déformations de mots et des incongruités de langage dont lui seul a le secret. C’est Andreas Deja (Gaston dans La Belle et la Bête ou Scar dans Le Roi Lion) qui est en charge du personnage tandis que Patrick Préjean reprend sa voix française.
Enfin, la véritable révélation du film est un personnage que personne n’attendait : Maître Hibou ! Jusqu’ici rôle secondaire voire inexistant, il prend dans l’opus, une importance réelle, venue de son ressort comique insoupçonnable auparavant. Tout simplement hilarant, Maître Hibou est incontournable cette fois-ci au point que le film aurait assurément pu s’appeler Les Aventures de Maître Hibou. D’un statut de vantard et fanfaron, il devient ici un personnage complètement dingue, sorte de savant fou paradoxalement peu enclin à tester ses propres expériences. Dale Baer (Yzma dans Kuzco, l’Empereur Mégalo), habitué aux personnalités frappadingues, livre pour lui une animation de belle tenue...

Coté bande-son, les auteurs s’inscrivent, comme le reste, dans leur volonté de respecter l’héritage de Winnie et ses amis. Les musiques et chansons sont donc très présentes. La chanson-titre Winnie l’Ourson, écrite par les frères Sherman, est ainsi remise au gout du jour par M Ward & Zooey Deschanel, qui composent et interprètent parallèlement A Very Important Thing To Do, Everything Is Honey et So Long. Quatre autres airs Eeyore Needs His Tail / Winner Song, The Tummy Song, It's Gonna Be Great et The Backson Song, signés de Robert Lopez et son épouse, Kristen Anderson-Lopez, agrémentent également l’opus dont la partie instrumentale est, elle, confiée à Henry Jackman.

Mettant en vedette de la plus belle manière des personnages incroyablement populaires, Winnie l’Ourson n’en reste pas moins un film de niche, très segmentant. Les studios Disney n’attendent pas, en effet, pour lui, un raz-de-marée au box-office mais des résultats simplement honorables. En fait, ils parient sur des recettes sur le long-terme, et notamment en vidéo. Fort de ce constat, ils organisent sa sortie en contre programmation, aux Etats-Unis face au dernier épisode d’Harry Potter et en France à Rio. Le public français peut en revanche se réjouir d’avoir l’honneur de le découvrir avant le monde entier, USA compris ; la chose étant suffisamment rare pour être soulignée !

Winnie l’Ourson marque clairement une fin de cycle aux studios Disney. Après quatre films basés sur des valeurs disneyennes sures (toutou qui parle, films de princesses et ourson universel) l’avenir des Walt Disney Animation Studios reste, après lui, somme toute, incertain. Un gros trou d’air d’au moins deux ans s'ouvre en effet avant le prochain long-métrage. La nouvelle ère devrait être celle de la prise de risques, sur des choses nouvelles, sortant des sentiers battus… A vérifier toutefois à l’épreuve des faits...

Franche réussite, alliant l’héritage du passé à une modernité respectueuse et en cela, digne successeur des (Les) Aventures de Winnie l'Ourson, Winnie l'Ourson n'est ni un reboute, ni une suite mais simplement un nouveau chapitre dans la vie des personnages de Disney les plus populaires derrière ceux de la bande à Mickey. Ce retour aux sources comblera assurément petits et grands !

L'édition vidéo

Jaquette Winnie l'Ourson
Jaquette Winnie l'Ourson
Editions DVD Video
Zone 1 Simple 2011
Zone 2 Simple 2011
Edition Blu-ray Disc
Zone A Simple Multizone 2011