La Grande Épopée de Picsou - Tome 4
1989 - 1993 : Trésor sous Cloche

La Grande Épopée de Picsou - Tome 4 : Trésor sous Cloche
La couverture
Éditeur :
Glénat
Date de publication France :
Le 18 juin 2014
Genre :
Comics
Auteur(s) :
Don Rosa
Nombre de pages :
304

Le sommaire

Le monde de Picsou :
• Note de l'auteur
• Où sont cachés les D.U.C.K. ?

Les histoires :
• Sur un Plateau d'Argent (1989)
• Le Joueur de Flûte de Donaldville (1990)
• Un Voyage dans le Temps... Pour 10 Cents (1990)
• Mineur de Coffre (1990)
• Maître Jardinier ! (1990)
• À Temps Perdu... (1991)
• Trésor sous Cloche (1991)
• Retour à Xanadu (1991)
• Il Pleut des Sots (1991)
• La Tour Infernale (1991)
• L'Île au Bord du Temps(1991)
• La Guerre des Wendigos (1991)
• Super Donald contre Super Duflair (1992)
• Les Gardiens de la Bibliothèque Perdue (1993)
• Fortune de Poche ! (1990)
• Tel Oncle, Tels Neveux (1990)
• La Pêche à la Canne (1989)
• Rendez-vous Raté (1989)

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 18 août 2014

Les histoires présentes dans le quatrième volume de La Grande Épopée de Picsou marquent une période difficile pour Don Rosa. En effet, ce n'est pas moins de quatre éditeurs différents pour qui il a travaillé qui sortent les récits de ce quatrième tome de l'intégrale avec, en bout de parcours, la délivrance pour l'auteur.

A la fin de l'année 1989, Don Rosa est donc en mauvaise posture. Le petit éditeur américain, Gladstone perd, en effet, après juste trois ans, la licence des BDs Disney qu'il avait pourtant eu bien du mal à relancer. Pour la première fois de son histoire, The Walt Disney Company décide, il est vrai, d'éditer elle-même ses histoires dessinées sur le sol américain. Jusqu'à lors, elle avait laissé à d'autres le soin de le faire cédant juste les droits de licence et récupérant au passage les royalties attenantes. A partir de la fin 1989, Disney va ainsi proposer une flopée de comic books « maison »… Sans succès. La mayonnaise ne prend pas et au milieu de 1993, toutes les publications sont stoppées tandis que la firme quitte le monde de l'édition de bandes dessinées aux États-Unis. The Walt Disney Company se résout alors à redonner la licence des personnages historiques à Gladstone avant qu'il ne ferme. Dans ce recueil, la première histoire Sur un Plateau d'Argent est donc le dernier récit publié par Gladstone même s'il a été en fait proposé avant à l'éditeur néerlandais Oberon.

Dans ce contexte, Don Rosa se retrouve dans une bien mauvaise posture car, si Gladstone paie sommairement, en raison de son statut de petit éditeur, il propose néanmoins à l'auteur un travail régulier. Surtout que ce dernier avait liquidé sa précédente affaire de carrelage pensant vivre de sa passion pour les canards et le dessin. Malheureusement, Disney ne lui propose pas des conditions aussi bonnes et Don Rosa est donc obligé d'arrêter les bandes dessinées pour le label. Heureusement pour lui, sa femme a un travail à temps plein comme professeur qui permet de payer les factures familiales ; son rêve de dessiner Picsou ayant en réalité ruiné sa vie ! Pour Disney, en 1990, Don Rosa va toutefois réaliser quelques travaux sans pour autant n'y prendre aucun plaisir. Il s'agit là pour lui de juste pouvoir mettre un peu de beurre dans les épinards ! D'abord, il écrit le scénario de deux épisodes de Super Baloo : Rien que Pour ta Glace (I Only Have Ice For You) et La Pieuvre par Neuf (It Came from Beneath the Sea Duck). Toujours en 1990, il va également signer le scénario d'un récit de bandes dessinées adapté de la série animée La Bande à Picsou. Cela consiste en une histoire de quatre pages, Un Voyage dans le Temps... Pour 10 Cents, dessinée par le studio sud-américain Jaime Diaz et mettant en scène Picsou, ses neveux, Flagada Jones, Bubba et Miss Tick. Ce sera donc la seule histoire qu'il écrira sans la dessiner ! Enfin, il dessinera, en tout et pour tout, une seule histoire Mineur de Coffre pour Disney… La raison principale qui faisait qu'il n'aimait pas travailler avec la maison mère Disney est que cette dernière ne renvoyait jamais les planches originales, à la différence de Gladstone ou des éditeurs européens.

Don Rosa va également proposer ses services à un éditeur néerlandais, Oberon. Pourtant, ce dernier, n'aimant pas son style ne lui proposera pas de nombreux travaux. En plus de quatre petites histoires dont il n'a participé qu'au dessin (Fortune de Poche !, Tel Oncle, Tels Neveux, La Pêche à la Canne et Rendez-vous Raté), il livre seulement Sur un Plateau d'Argent et Le Joueur de Flûte de Donaldville. Un détail amusant sur cette dernière : c'est le seul travail commun entre Don Rosa et son maitre Carl Barks ! En effet, Carl Barks avait commencé à faire un crayonné de trois pages sur Le Joueur de Flûte de Donaldville puis abandonné l'histoire. Le directeur de Gladstone, qui avait travaillé auparavant sur une biographie du Maître, est alors tombé au cours de ses recherches sur ce travail non abouti. Il a donc proposé à Don Rosa de le terminer en imaginant une fin. Malheureusement, avant de boucler, Gladstone perd les droits : Oberon les récupère et publie le récit, sans jamais apporter la précision historique nécessaire quant à son élaboration. Autre anecdote, c'est l'une des rares fois où Don Rosa s'est permis, au travers d'une planche, de dessiner le personnage de Donald Dingue que les éditeurs aussi bien européens qu'américains avaient décidé d'oublier en faisant comme s'il n'avait jamais existé. C'est d'ailleurs pour cette raison que Don Rosa n'a jamais proposé le personnage dans son arbre généalogique et qu'il ne l'a dessiné en caméo que deux fois, à son grand dam, au détour d'une case.

Finalement, n'arrivant plus à tenir en faisant cette succession de petits boulots, Don Rosa décide, au milieu de l'année 1990, de contacter le plus grand éditeur de BD Disney au monde : le danois Gutenberghus, connu actuellement sous le nom d'Egmont en l'honneur de son fondateur d'Egmont H.Petersen. Non seulement, il s'étonne de voir que l'éditeur connait ses histoires parues chez Gladstone mais découvre aussi qu'il serait honoré de travailler avec lui et, mieux encore, qu'il va, en plus, grassement le payer ! Les années de disette sont donc terminées pour Don Rosa qui arrive enfin à vivre de sa passion ! Autre découverte de l'auteur : l'incroyable soif du public européen pour les veilles histoires de Donald, notamment celle de Carl Barks ! Là où la jeunesse américaine ne s'intéresse qu'à ce qui est neuf et récent (il suffit de voir le peu d'intérêt pour le patrimoine Disney en dehors du cercle très fermé des fans adultes), la jeunesse européenne adore, en effet, les histoires de canards de qualité, résistant à l'épreuve du temps, et n'a aucun mal à lire et relire des récits vieux de plus de cinquante ans. Plus encore, Don Rosa est scotché par la demande de ce même public d'accéder à des suites des histoires populaires dessinées par Carl Barks. L'auteur ne se fait donc pas prier et en proposera plusieurs. La première d'entre-elle est Retour à Xanadu, suite à Des Capsules Pour Tralla La.

Parmi toutes les histoires écrites pour Egmont présentes dans ce recueil, Les Gardiens de la Bibliothèque Perdue est assurément la meilleure de toutes. De nombreux lecteurs la considèrent, en effet - en dehors de La Jeunesse de Picsou - comme sa meilleure tout court ! L'auteur envoie, il est vrai, Picsou et ses trois neveux des Castors Juniors, Riri, Fifi et Loulou retrouver la grande bibliothèque d'Alexandrie ! C'est une véritable chasse au trésor qui est alors proposée aux lecteurs, se basant sur des faits historiques réels qui la rendent plausible. Le lecteur part donc en Egypte, à Venise, à Constantinople pour revenir finalement aux Etats-Unis. La conclusion de l'histoire est, elle aussi, à la hauteur de l'enjeu : tout simplement fabuleuse ! Un véritable chef d'œuvre de l'auteur...

Le quatrième tome de l'intégrale de Don Rosa est passionnant à plus d'un titres. Déjà parce que les propos de l'auteur permettent de bien appréhender l'œuvre en elle-même ; le lecteur notant au passage que les meilleures histoires du recueil sont clairement celles écrites dans la période où Don Rosa était serein quant à son avenir professionnel. Il a pu alors laisser exploser tout son talent. C'est d'ailleurs à la même époque qu'il écrit et dessine son chef d'œuvre, La Jeunesse de Picsou.