Walt Disney’s Donald Duck
The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 1 • 1938 - 1940

Walt Disney’s Donald Duck - The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 1 •  1938 - 1940
La couverture
Titre original :
Walt Disney’s Donald Duck - The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 1 • 1938 - 1940
Éditeur :
IDW Publishing
Date de publication USA :
Le 07 septembre 2015
Genre :
Daily Strips
Auteur(s) :
Al Taliaferro (Dessin)
Homer Brightman (Scénario du 07/02/1938 au 05/04/1938)
Bob Karp (Scénario du 06/04/1938 au 20/07/1940)
Carl Barks (Idées)
Nombre de pages :
272

Le sommaire

Essai :
• Al Taliaferro : The Forgotten Duck Man

Les histoires :
• 07/02/1938 - 20/07/1940 : Planches quotidiennes

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 19 septembre 2015

Ce premier volet de l’intégrale d’Al Taliaferro est une véritable aubaine. L’auteur est malheureusement le parent oublié de Donald alors que celui-ci a une part primordiale et historique dans la carrière du canard en bandes-dessinées. Non seulement, il s’agit du premier dessinateur papier du personnage mais, en plus, il a été à l’origine des premiers personnages emblématiques de la famille Duck. Il est le créateur de Riri, Fifi et Loulou mais aussi de Grand-Mère Donald ; il donne également vie sur papier au cousin Gus Glouton et au chien Bolivar. Enfin, c’est Al Taliaferro qui attribue à Donald sa voiture si caractéristique et prend la décision de le vêtir d’un habit noir en bandes dessinées, et non plus bleu.

Parmi les personnages qui font leur première apparition dans la carrière de Donald au sein des strips compilés dans ce volume, figure Bolivar.
Bolivar est un saint-bernard créé par Joe Grant qui apparaît de manière anonyme en juillet 1936 dans Les Alpinistes. Il est ensuite repris, dès la fin de l'année, dans un autre court-métrage animé More Kittens, de la série des Silly Symphonies, et cela, toujours, sans qu'il ne soit dénommé. Al Taliaferro utilise le chien pour la première fois dans le strip du 17 mars 1938 dans un gag écrit par Homer Brightman. Mais ce n'est que le 8 avril 1938 qu'il prend enfin le nom définitif de Bolivar, toujours d'après le même scénariste. Il est ensuite régulièrement utilisé par Carl Barks qui en fait l'ami des neveux de Donald, Riri, Fifi et Loulou. Il apparait ensuite durant les années 60 et 70 dans les histoires italiennes avant de disparaitre un long moment : il faut attendre l'argentin Daniel Branca, dont il devient le personnage préféré, le voir réutilisé dans plusieurs histoires au milieu de la décennie 90.

Le second personnage porté par Al Taliaferro est Gus Glouton, le cousin vorace de Donald. Il est pourtant d’abord imaginé par Carl Barks.
En 1937, à la faveur du développement de la carrière de Donald Duck qui devient le héros unique de ses aventures cinématographiques et ne sert plus seulement de faire-valoir à Mickey Mouse, Carl Barks fournit, en effet, déjà quelques pistes de scénarios, avant d’obtenir le droit d'écrire ses propres histoires. Cette même année, l’auteur va ainsi travailler sur ce qui devait être la première apparition du personnage de Gus Glouton, le cartoon Interior Decorators. Dans cet opus, Gus n’est pas encore le cousin de Donald mais uniquement un assistant qui l’aide à décorer des intérieurs de maison. Carl Barks n’avait pas encore décidé de l’apparence du jarret. Au début, il est tout maigre avec un petit bec (rappelant l’apparence de ce qu’allait être Géo Trouvetou) puis il prend un aspect plus proche de la version finale avec un corps en forme de poire, un long cou et un bec proéminent. Seule différence notable, il a un regard un peu benêt le faisant passer pour un doux dingue. Malheureusement, l’histoire du cartoon ne fonctionne pas vraiment et sa production se voit purement et simplement annulée.
Le personnage de Gus, n’est pourtant pas perdu. Il apparait officiellement pour la première fois dans un daily strip du 9 mai 1938 sous la plume d'Al Taliaferro et le scénario de Bob Karp. Sa passion pour la nourriture est déjà mise en avant. La bande dessinée reprend l’ébauche du scénario d’un nouveau cartoon en préparation au sein des studios, Le Cousin de Donald qui n'arrivera sur les écrans que le 19 mai 1939.

Enfin, le dernier personnage à faire sa première apparition sur papier est Hortense, l'autruche. Elle est apparue pour la première dans le cartoon du 10 décembre 1937, L'Autruche de Donald, scénarisé notamment par Carl Barks. En bande dessinée, Hortense débute dans le gag du 3 octobre 1938. Al Taliaferro l'utilisera une bonne vingtaine de fois, la majorité étant compilée dans ce volume.

Côté accessoire emblématique, c’est le 1er juillet 1938 qu’apparait pour la première fois la voiture si caractéristique de Donald. Elle est, en fait, révélée, dans le cartoon du 9 janvier 1937, Don Donald. Il s'agit du modèle 1934 Belchfire Runabout imaginé à partir de la 1938 American Bantam. Même si Donald conduira d'autres automobiles, y compris sous la plume de Taliaferro, la 1934 Belchfire Runabout deviendra au fil des décennies la voiture officielle de Donald. Une plaque d'immatriculation s’impose même en emblème, portant le fameux nombre "313" à partir du strip du 22 mars 1940.

IDW Publishing propose donc un premier tome à l’intérêt historique incroyable, surtout qu’à la différence de Carl Barks, Don Rosa ou Floyd Gottfredson, Al Taliaferro a été peu mis en avant. L’éditeur a ainsi choisi de faire une intégrale en trois temps : la longue collection des strips journaliers dont le deuxième tome est déjà prévu pour janvier 2016 ; une autre collection des strips du dimanche en couleur dont le premier tome est prévu en mars 2016 et enfin une collection sur le travail du dessinateur avant Donald reprenant la collection des strips du dimanche des Silly Symphonies contenant les premiers essais sur Donald. Le livre en lui-même est classieux (même si un tantinet moins que ceux de Fantasgraphics pour Floyd Gottfredson) avec une couverture rigide et une jaquette protectrice. Les strips en eux-mêmes sont un rien pale mais rien de bien grave. Les bonus se limitent, en revanche, à une introduction - certes passionnante - de David Gerstein mais sans aucune mesure, niveau quantité, avec la tonne de bonus de Fantasgraphics. La bonne nouvelle reste qu’avec un volume contenant le même nombre de pages que son concurrent, le nombre de strips est plus important puisque il couvre deux ans et demi de bandes quotidiennes (contre deux chez Fantasgraphics).

La méconnaissance d’Al Taliaferro par les lecteurs s’explique par le choix de narration de celui-ci. A la différence de Floyd Gottfredson qui faisait des strips d’aventures pour Mickey (du moins durant les vingt-cinq premières années de sa carrière), ceux de Donald sont des gags auto-conclusifs. Carl Barks ou Don Rosa livraient en outre des comics pour des parutions mensuelles dans un format différent avec des histoires s’étalant pour la plupart sur plus de dix pages. Al Taliaferro, lui, signent des gags simples mais terriblement efficaces. Une lecture d’affilée des gags peut ainsi amener un sentiment de répétition mais ils demeurent tellement frais et nostalgiques que le volume se lit vraiment facilement, offrant au lecteur un plaisir indéniable. Pour la plupart, les dialogues sont minimaux et une bonne connaissance de l’anglais n’est pas nécessaire pour apprécier cette compilation.

Véritable aubaine que cette occasion de redécouvrir l’origine de Donald en bandes dessinées, la collection d’IDW Publishing réhabilite enfin Al Taliaferro en le hissant au côté des plus grands auteurs de la BD Disney, une place qui lui revient légitimement. A déguster sans modération !