La Grande Épopée de Picsou - Tome 7
2000 - 2005 : Le Retour du Chevalier Noir

La Grande Épopée de Picsou - Tome 7 : Le Retour du Chevalier Noir
La couverture
Éditeur :
Glénat
Date de publication France :
Le 06 janvier 2016
Genre :
Comics
Auteur(s) :
Don Rosa
Nombre de pages :
304

Le sommaire

Le monde de Picsou :
• Note de l'auteur
• Où sont cachés les D.U.C.K. ?

Les histoires :
• Le Retour des 3 Caballeros (2000)
• Rapetou contre Coffre-Fort ! (2001)
• La Couronne des Croisés (2001)
• Oublie-Ça ! (2002)
• La Première Invention de Géo Trouvetou (2002)
• Déchet ou Trésor (2003)
• Une Lettre à la Maison (2004)
• Le Retour du Chevalier Noir (2004)
• Les 7 Fantastiques Caballeros (Moins 4) (2005)
• Donald Voit des Étoiles (2004)

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 25 janvier 2016

L'intégrale Don Rosa se termine sur ce septième tome de La Grande Épopée de Picsou. La totalité de ses œuvres Disney est ainsi, et enfin, disponible en intégralité en librairie dans une belle édition, qui, même si elle n'est pas parfaite, est celle qui est le plus conforme au travail de cet auteur d'exception. Elle permet, en effet, de prendre conscience combien Don Rosa a changé, à jamais, l'univers des canards et en particulier du personnage de Picsou, le rendant particulièrement humain.

Le volume s'ouvre et se conclut sur une histoire des 3 Caballeros, basée sur le film éponyme de 1945 : Le Retour des 3 Caballeros publiée en 2000 et Les 7 Fantastiques Caballeros (Moins 4) sortie en 2005. Comme l'annonce l'auteur, il s'agit des seules histoires à ne pas se baser (de près ou de loin) sur les récits de Carl Barks mais sur une production animée des studios Disney. Don Rosa considère, en effet, le film de 1945 comme la seule réussite des studios avec le personnage de Donald. S'il est vrai que le long-métrage est un chef d'œuvre, le jugement de l'auteur est somme toute très sévère sur la carrière cinématographique du canard colérique. Et le plus étonnant, c'est qu'il résulte de cet avis tranché un paradoxe sur la carrière disneyenne de Don Rosa : il livre ici peut-être ses moins bonnes histoires longues. S'il a toujours parfaitement réussi à sublimer le personnage de Picsou, même au delà des rails tracés par Carl Barks, il n'est, il est vrai, jamais parvenu à épaissir Donald, du moins pas plus que Carl Barks. Dans ces deux histoires, bien trop bavardes, il essaye donc de retrouver la magie animée du long-métrage sans vraiment réussir. Les meilleurs passages sont ainsi ceux où les trois amis visitent la Cité des Cristaux dans le récit de 2005 ; l'auteur retrouvant alors une technique narrative où il excelle : la chasse aux trésors.

Heureusement, le reste du recueil est, lui, rempli de belles pépites. Parmi elles, La Première Invention de Géo Trouvetou est véritablement touchante. Dans ce récit, Don Rosa célèbre, en effet, un double cinquantenaire. Le premier est celui du magnifique récit de Carl Barks, Un Noël à Pauvreville et le second, la naissance du personnage de Géo Trouvetou. Il va ainsi créer une histoire qui est à la fois une suite à celle de Carl Barks, expliquant le problème non résolu qui voyait l'argent de Picsou bloqué dans une fissure inatteignable, mais aussi la première rencontre entre le canard milliardaire et Géo Trouvetou. Surtout, il met en image la première, la vraie et la seule invention de l'inventeur qui a une réelle utilité pour lui : Filament. Si le petit robot à tête d'ampoule apparait pour la première fois en 1956 sous la plume de Barks, le Maître des Canards n'a, il est vrai, jamais réellement expliqué comment il était devenu ami avec Géo Trouvetou mis à part le fait qu’il était l’une de ses inventions. Don Rosa explique donc sa création, mélange de hasard et de destin. Et comme le concluent parfaitement bien Riri, Fifi et Loulou : avec Filament, Géo a créé bien plus qu'une invention réussie, il a trouvé un ami.

Le livre est également truffé d'aventures fabuleuses. Dans Rapetou contre Coffre-Fort !, les célèbres voleurs essayent de pénétrer dans le coffre du milliardaire. Ils retrouvent ainsi les plans pour essayer de s'introduire en douce. Le lecteur en profite au passage pour accéder à une coupe détaillée, digne d'un architecte, du fameux quartier général de Picsou. Ensuite, dans Oublie-Ça !, Miss Tick se sert d'un nouveau stratagème pour essayer de dérober le Sou Fétiche du milliardaire : elle cherche à lui faire perdre la mémoire d'un objet ou d'un concept dès que son mot est prononcé à haute voix. Puis, dans Déchet ou Trésor, Don Rosa rend hommage à une caractéristique du personnage de Picsou (mais aussi de l'auteur lui-même) : la manie de la collection. Juste après, dans Le Retour du Chevalier Noir, l'artiste rappelle son voleur Lucien Arpène et le fait affronter de nouveau Picsou. Enfin, cerise sur le gâteau, Donald Voit des Étoiles présente une histoire restée au simple stade du story-board car refusée par Disney : Donald était censé y visiter le nouveau parc qui venait d'ouvrir en Floride : Disney-MGM Studios.

Parmi toutes les pépites du recueil, les histoires La Couronne des Croisés et sa suite Une Lettre à la Maison sont assurément les plus notables. La Couronne des Croisés est ainsi une fabuleuse aventure, comme Don Rosa sait merveilleusement les conter, qui se base sur le fameux ordre des Templiers. Elle constitue également la suite de deux histoires : l’une des siennes La Quête du Kalevala et l’une de Carl Barks, La Pierre Philosophale. Avec moult détails, Don Rosa rend l'aventure trépidante et passionnante. Son chef d'œuvre reste pourtant Une Lettre à la Maison qui n’est autre que la conclusion parfaite de son œuvre tout entière, résumant tous les ingrédients qu'il a placés dans tous ses récits sur les canards depuis 1987. C'est son œuvre majeure qui non seulement conclut de main de maître son long récit sur les Templiers mais aussi renferme les regrets que Picsou a depuis des années, ceux contés dans La Jeunesse de Picsou. Bien-sûr, l'auteur n'oublie pas non plus de relier son œuvre à Carl Barks, l'aventure ici narrée répondant aux deux premières apparitions de Picsou : Noël sur le Mont Ours (1947) et Donald et le Secret du Donjon (1948). Une Lettre à la Maison est donc un récit étonnant par son émotion. Le lecteur a les larmes aux yeux quand le vieux milliardaire se réconcilie avec sa sœur perdue et prend conscience, au passage, que son père l'aimait de tout son cœur et l'avait toujours compris. Le lecteur apprécie alors toute la profondeur que Don Rosa est parvenu à placer dans le personnage de Picsou, le rendant définitivement légendaire et particulièrement humain.

En refermant le dernier tome de La Grande Épopée de Picsou, le lecteur comprend que l'intégrale de Don Rosa est un monument mondial du neuvième art comme peuvent l'être les aventures de Donald par Carl Barks, celles de Spirou et Fantasio par Franquin ou encore celles d'Astro Boy par Ozamu Tezuka. La collection en elle-même mérite peu de reproches. Les couleurs ont été supervisées par l'auteur lui-même, la traduction par l’un de ses proches amis français, et les notes explicatives en fin de récit y sont tout simplement passionnantes. La qualité du papier des éditions Glénat est également à milles lieues de celles sortis en presse chez Disney-Hachette. Deux petits bémols peuvent être toutefois exprimés. Le premier est le choix de mettre une couverture souple qui est bien trop fragile par rapport à une cartonnée, surtout qu'ici, avec seulement sept volumes, la remarque de la place perdue dans une bibliothèque ne tient pas. Le second est peut-être le format du livre un tantinet trop petit. En résonnance d’apparence, il reprend en effet le même que celui de la collection Carl Barks sauf que le dessin du Maître des canards est moins fourni que celui de son disciple. Don Rosa aurait, en effet, mérité un format standard de bandes-dessinées franco-belges plutôt que celui des comics américains.

Le septième tome de La Grande Épopée de Picsou se finit en apothéose avec assurément la meilleure et la plus touchante histoire de Don Rosa, véritable œuvre somme de l'auteur résumant à merveille sa carrière de dessinateur des canards Disney. C'est avec un pincement au cœur que le lecteur referme donc ce dernier volume en se disant que l'aventure est désormais terminée. Sauf que… il est toujours possible pour lui de se replonger dans les tomes précédents !