Laugh-O-Grams

Un peu d’histoire...

Walt Disney est né le 5 décembre 1901 à Chicago.
Il passe la première partie de son enfance à Marceline, dans le Missouri. Il y emménage, en effet, avec toute sa famille, en 1906, dans une ferme de 200 hectares située non loin de celle de son oncle, Robert Disney, et acquise contre quelques 3000 dollars. Il patiente jusqu'à ses 8 ans pour fréquenter, avec sa sœur cadette, l'école primaire de la ville. C'est l'époque de sa vie où il tisse des liens très forts avec son frère, Roy. Ils se serrent ainsi les coudes, pour faire face au surplus de travail à la ferme lié au départ de la maison de ses aînés, Herbert et Raymond, las de la domination psychologique et physique de leur père Elias.
La ferme est finalement revendue en 1909 quand le paternel, malade, ne parvient plus à en assumer la charge. Toute la famille s'installe donc, jusqu'en 1910, dans une maison louée, pour ensuite déménager à Kansas City et renouer avec Herbert et Raymond. Les années de vie à Marcelline marquent à jamais l'inconscient de Walt Disney qui y formatera son goût prononcé pour la faune et la flore, des thèmes à jamais chers à son cœur. Toutefois, sur un autre registre, la vie en ville va constituer un autre bouleversement d'importance pour le jeune garçon. Il y apprend, il est vrai, à apprécier un autre rythme. Finis la campagne et le silence, voici désormais une cité bruyante remplie de sons et d'odeurs inconnus. Kansas City offre ainsi au garçon de 9 ans, mille et un échappatoires (en particulier, une foire aux manèges) à sa vie plus que morne. Son père, bien incapable de conserver un emploi stable, a, en effet, acheté une petite entreprise de distribution de journaux et met à contribution ses enfants pour les livraisons. Si Walt Disney continue parallèlement l'école, il n'y brille pas vraiment, épuisé qu'il est par les heures passées au travail. Les matières classiques ne sont d'ailleurs visiblement pas sa tasse de thé. En revanche, il révèle, au travers du dessin et des déguisements, des capacités artistiques et une créativité étonnantes. Mieux, il obtient de son père la permission d'assister à des cours d'art le samedi. Cette décision va changer sa vie... Walt Disney y découvre, en 1916, un film en noir et blanc qui, il est vrai, le marquera à jamais : une adaptation du fameux conte de fées, Blanche Neige et les Sept Nains, avec Marguerite Clark !
En 1917, son père fait de nouveau faillite. Il décide, une fois encore, de déménager toute sa famille et quitte Kansas City pour Chicago. Walt reste, lui, quelques temps avec ses frères puis se résout à rejoindre ses parents durant l'automne. Il entame alors à Chicago sa dernière année de lycée et renoue avec des cours du soir de dessin. En 1918, il falsifie sa carte d'identité dans l'idée de partir pour l'Europe. Il est ainsi envoyé en tant qu'ambulancier en France, juste après l'armistice du 11 novembre 1918. Il y reste à peu près un an. L'expérience s'avère particulièrement enrichissante pour lui. Elle lui donne l'assurance et la maturité suffisantes pour prendre sa vie en mains. Il est désormais convaincu de vouloir devenir un artiste. Son père ne partageant pas son enthousiasme, Walt Disney quitte Chicago et décide de tracer dès lors sa propre voie.

Il rejoint son frère Roy à Kansas City et se fait embaucher dans une entreprise de publicité, la Pesmen-Rubin. Son travail y consiste à faire des dessins publicitaires et des affiches pour l'un des principaux clients, un cinéma : le Newman Theatre. C'est à cette période que Walt Disney fait la connaissance d'un jeune confrère de son âge, particulièrement doué en dessin, Ub Iwerks. Malheureusement, après la période de Noël, l'entreprise les congédie tous deux par manque de commandes. Loin d'être abattus, cette péripétie les convainc de voler de leurs propres ailes. Dès 1920, une nouvelle opportunité se présente pour Walt Disney. Il parvient, en effet, à intégrer une petite firme de cinéma, la Kansas City Film Ad, en qualité de jeune dessinateur. Il y réalise ainsi des cartoons et du nettoyage de dessins. Il persuade même son patron, dans le mois de son arrivée, d'embaucher son ami Ub Iwrks. Le Maître en devenir va tomber littéralement amoureux de l'animation. Alors que son employeur se limite à la réalisation de courts-métrages animés de publicité dans les cinémas, sur la base d'une animation image par image, le futur papa de Mickey se documente, en effet, sur ce qu'il considère être de la vraie animation, faite à partir de dessins et non de découpages. Animated Cartoons de E.G Lutz devient ainsi son livre de chevet. Dès lors, le sujet ne le quittera jamais plus !

En 1921, Walt Disney emprunte la vieille caméra de son patron et produit son tout premier film. Son client n'est autre que Frank Newman, propriétaire de la chaîne de cinémas, les Newman Theatre, pour lequel il avait déjà travaillé chez Pesmen-Rubin. Pour vendre son projet, il fabrique un numéro zéro, conservé depuis précieusement. Il s'agit d'un petit cartoon intitulé Newman Laugh-O-Grams. Contenant déjà des prouesses techniques, Walt Disney, alors âgé d'à peine 19 ans, s'y présente devant une table à dessin. Il s'affaire ainsi à croquer des sujets pour la plus part publicitaires, même si certains se penchent, il est vrai, sur des thèmes d'actualité, telle l'augmentation de la criminalité à Kansas City. Newman Laugh-O-Grams est le seul cartoon entièrement dessiné par Walt Disney lui-même. Il est, en effet, assisté pour les suivants par d'autres artistes de sorte qu'il est extrêmement difficile de connaître l'étendue exacte de sa contribution.

Très vite, parallèlement à son travail à la Kansas City Film Ad et à sa production personnelle d'inserts pour les Newman Theatre, Walt Disney s'attache à monter un projet bien plus ambitieux. Il se lance, en effet, dans la réalisation d'un court métrage animé racontant une histoire. Sans le sou, il demande ainsi à son frère, Roy, de lui prêter son garage afin de mener à bien sa tentative. Il pallie aussi son manque de moyens par une astuce culottée : il valorise son expérience de l'animation en donnant des cours du soir et n'hésite pas à transformer ses étudiants en assistants bénévoles. Travaillant toutes les nuits pendant prés de six mois, Walt Disney et ses disciples réalisent de bout en bout Little Red Riding Hood. Son visionnage,  témoigne, aujourd'hui, de l'exceptionnelle volonté de celui qui allait devenir le Maître de l'animation. Son tout premier cartoon est, il est vrai, fabriqué sur du papier et non des celluloïds. Les personnages apparaissent ainsi uniquement en noir et blanc, dans un décor simpliste et sans nuance. La qualité du dessin varie même selon les scènes, au gré sans doute des différences de talent des assistants ou de la qualité des supports. Le court-métrage repose déjà sur une histoire connue mais modernisée. Le Petit Chaperon Rouge rend, en effet, toujours visite à sa grand-mère mais dans un véhicule poussé par un chien ! Le loup est, quant à lui, un homme censé représenter un "requin" d'Hollywood. Le cartoon est parsemé de gags et d'humour (Mère-Grand par exemple n'est pas chez elle mais partie se faire un ciné !), de musiques et de dialogues insérés sur l'écran.

Le résultat est particulièrement convaincant au regard des moyens utilisés. Walt Disney s'en sert même pour lever des fonds auprès de financiers et créer sa première entreprise. La Laugh-O-Grams Films ouvre ainsi ses portes le 23 mai 1922. Il propose à plusieurs de ses collaborateurs étudiants de le rejoindre et embauche même son ami, Ub Iwerks. Le distributeur, Pictorial Clubs, accorde aussitôt sa confiance à la jeune pouce et propose 11 000 $ (une belle somme alors) pour une série de cartoons. Walt Disney et sa nouvelle équipe se jettent à cœur perdu dans le projet.

The Four Musicians of Bremen est ainsi le second cartoon produit. Bien plus beau visuellement que le premier, il bénéficie à plein de l'emploi par Disney et ses collaborateurs des techniques d'animation de Lutz. Les personnages sont en effet animés sur des celluloïds peints avec de larges nuances de gris. Le Maître de l'animation en devenir utilise également pour la première fois des animaux anthropomorphiques. Si les "méchants" sont , il est vrai, des humains, les quatre héros sont, eux, un âne, un coq, un chat et un chien. Les deux derniers reviendront d'ailleurs dans d'autres Laugh-O-Grams. Walt Disney commence déjà à développer des personnages récurrents, à l'image des autres studios d'animation de l'époque.

Les troisième, quatrième et cinquième cartoons des Laugh-O-Grams, Jack and the Beanstalk, Jack the Giant Killer et Goldie Locks and the Three Bears n'ont pas été conservés et ont malheureusement disparus depuis.

Le sixième court-métrage de la série, Puss in Boots, est un mélange réussi du conte de fée du Chat Botté et des éléments du quotidien de Walt Disney, comme le cinéma ou le garage. La scène phare du cartoon est assurément celle de la bataille contre le taureau. Cette séquence plait tellement au futur papa de Mickey qu'il la réutilisera, deux ans plus tard, à Hollywood, dans son cartoon Alice the Toreador. Il inaugure ainsi, dès 1922, une pratique qui consistera, chez lui, à réutiliser une animation existante dans plusieurs œuvres.

Le septième et dernier Laugh-O-Grams, Cinderella, offre sans doute le plus large panel d'anachronismes de toute la série. L'histoire suit, ainsi, plus ou moins, le célèbre conte en prenant, ici et là, de grandes libertés : le carrosse changé est, par exemple, une limousine... Il s'appuie, en outre, sur une véritable ambition technique, Walt Disney essayant, pour la première fois, d'insuffler des mouvements de caméra et des effets spéciaux.

Walt Disney livre, comme convenu, les cartoons à Pictorial Clubs. Malheureusement, le distributeur n'honore pas son paiement et plonge le studio dans de graves problèmes financiers. Le futur papa de Mickey tente alors de faire face et se tourne vers la réalisation d'un court-métrage d'éducation mélangeant animation et prise de vue réelle. Il signe, en effet, un contrat avec le dentiste local, le Docteur Thomas McCrum, pour un budget de 500 $. Le court-métrage, daté de 1922, est intitulé Tommy Tucker's Tooth. Il suit deux jeunes garçons à l'hygiène bucco-dentaire radicalement différente. L'animation est utilisée pour démontrer les effets néfastes de l'absence de brossage régulier des dents. Walt Disney démontre déjà sa grande capacité à éduquer tout en divertissant. Le résultat obtenu plait d'ailleurs tellement au commanditeur, qu'il sollicitera à nouveau Walt Disney quatre ans plus tard pour un second film. Ce dernier, désormais bien installé à Hollywood, acceptera plus par fidélité que par réel besoin. Il confiera le rôle principal du court métrage final (Clara Cleans Her Teeth) à sa nièce, Marjorie Sewell.

Les maigres revenus obtenus de cette collaboration inattendue ne sauve pas, pour autant, le studio. La situation financière de Laugh-O-Gram est telle que la société est déclarée en faillite en 1923. Dans un ultime sursaut, Walt Disney réalise un pilote d'une toute nouvelle série : Alice's Wonderland...

  • Critique(s) : 8/11