A la mi-mars 1927, le nom et le design du personnage d'Oswald sont scellés.
Walt Disney et ses artistes se lancent alors dans la production du premier
cartoon de la série, Poor Papa. Le film, terminé au début du mois
suivant, est soumis pour avis à Charles Mintz et Universal. Les deux sont
unanimes pour le rejeter en bloc. Le héros est trouvé peu sympathique, trop
vieux et trop gros tandis que ses gags sont jugés poussifs et répétitifs. Walt
Disney encaisse les critiques et accepte de recommencer intégralement le
travail, non sans défendre farouchement la contribution d'Ub Iwerks qu'il
considère alors exemplaire. Oswald subit donc une cure de jouvence. Ses
aventures gagnent également en action, humour et fluidité...
Pour autant, l’aventure de ce cartoon ne s'arrête pas là. En février 1928,
alors que la moitié des épisodes d'Oswald est déjà réalisée et que le succès du
lapin va grandissant, Walt Disney rejoint, en effet, New York en train, pour -
pense t'il alors - simplement renégocier son contrat avec son distributeur,
Charles Mintz. Le rendez-vous tourne malheureusement vite à la bérézina. Non
seulement, son interlocuteur exige une baisse du coût par cartoon mais annonce
aussi avoir conclu, avec tous les animateurs clés, des contrats à son nom. Son
objectif n'est, alors, absolument pas de se passer des services de Walt Disney.
Au contraire, il n'envisage pas un instant qu’il repousse sa proposition de
l'intégrer simplement à son équipe. Mais c’est sans compter sur l’envergure du
papa d'Oswald. Déchu, il se rend vite à l'évidence et abandonne scandalisé toute
ambition sur son lapin chanceux, rompant même tout contact avec Charles Mintz et
Universal autres que ceux visant à strictement honorer son contrat initial pour
terminer la livraison des cartoons prévus.
Charles Mintz se retrouve donc vite dans une situation extrêmement délicate.
N'ayant pas envisagé que Walt Disney lui claque la porte au nez, il se retrouve,
en effet, seul, face à Universal, qui, ravi du succès d'Oswald, commande, sans
se soucier des péripéties de production, une deuxième saison. Il s'organise
alors, tant bien que mal, pour honorer le contrat et produire les cartoons
lui-même, simultanément avec son autre série, Krazy Kat. Pour gagner du
temps, il prend la décision de sortir le tout premier cartoon d'Oswald, Poor
Papa, qu'il avait pourtant refusé un an plus tôt en le jugeant trop peu
qualitatif !