Plane
Crazy est le tout premier cartoon réalisé pour la série Mickey
Mouse. S'il n'a été que le troisième court métrage animé à être sonorisé (ce
qui a perturbé sa place dans la chronologie officielle), il a bien été conçu,
à l'origine, en qualité d'œuvre muette.

Walt Disney revient le 18 mars 1928 à Hollywood, aussitôt après avoir été
dépossédé des droits d'Oswald par l'homme d'affaires Charles
Mintz. Déterminé à vite rebondir, il met en chantier, un mois plus tard,
Plane Crazy, le premier cartoon de
Mickey Mouse. Il
en base l'histoire sur l'exploit de Charles Lindbergh et de sa traversée de
l'Atlantique en avion. Walt Disney a retenu une chose essentielle de ses
déboires récents. Il est, en effet, désormais convaincu qu'il se doit de
protéger son œuvre contre l'appétit de ses partenaires. Aussi, change t'il
sa façon d'aborder le métier en prenant le contre-pied de la profession.
Fini le temps où le producteur ne sert que d'intermédiaire au distributeur
qui contrôle et détient, lui, tous les droits des personnages et des œuvres
elles-mêmes ! Walt Disney devient maître de son destin. Il sera bien vite
suivi dans sa démarche par tous les producteurs de l'époque. Sa nouvelle
série et son tout nouveau personnage lui appartiennent donc exclusivement.
Il enregistre logiquement le copyright de
Mickey Mouse le 21
mai 1928 et fait de même, quelques jours plus tard, pour Plane Crazy.
Walt Disney est alors tellement décidé à relancer -pour ne pas dire sauver-
l'indépendance de son studio qu'il met en production le cartoon de "sa"
souris alors même que les dernières aventures d'Oswald, encore
sous contrat chez lui, sont, elles, en train d'être terminées par ses
collaborateurs fraichement débauchés par Charles Mintz. Ub Iwerks, toujours
allié à Walt Disney, s'enferme, donc, secrètement dans son bureau et
travaille seul sur le premier cartoon de Mickey. Il constitue d'ailleurs
assurément le summum de sa carrière d'animateur. Il en a, il est vrai,
assuré entièrement l'animation et ce, dans une période record de deux
semaines seulement. Même s'il utilise la technique de la répétition et se
résout à une grande pauvreté de la foule, Ub Iwerks réalise un véritable
exploit puisqu'il signe un rendement journalier estimé à 700 dessins !

Début mai 1928, Walt Disney improvise un studio dans son garage pour monter
le film et renoue avec les conditions dans lesquelles il avait réalisé sept
ans plus tôt ses
Laugh-O-Grams. Aidé de sa femme et
de sa belle-sœur, il encre et peint les celluloïds qui sont transportées au
studio, de nuit et dans le plus grand secret, afin de tourner le cartoon sur
caméra, sans interférer avec la production, elle connue, des derniers courts
métrages d'Oswald. Plane Crazy est ainsi bouclé
à la mi-mai, presque en même temps que les ultimes aventures du lapin. Mais
Walt Disney n'est pas encore au bout de ses peines. S'il est, en effet, prêt
à offrir aux distributeurs un épisode de sa toute nouvelle série, aucun
n'est intéressé par la première prestation de Mickey.
Il lui faudra, en fait, attendre le succès fulgurant de
Steamboat
Willie, quelques mois plus tard, pour donner une seconde chance à
Plane Crazy. Une bande son est alors enregistrée et le cartoon
sort presqu'un an après sa réalisation, ajoutant une nouvelle pierre à
l'édifice de la fulgurante carrière de
Mickey Mouse.