L'historique Steamboat Willie mis à part,
The Mad Doctor est assurément le Mickey en noir et blanc le plus imaginatif,
le plus divertissant et le plus incroyable de tous : ce cartoon touche en effet
à la perfection.
Il faut dire que son réalisateur, Dave Hand, a signé avec lui une véritable
prouesse, notamment sur le point de sa stylisation si particulière et de ses
décors faramineux. L'atmosphère y est ainsi prenante, angoissante et effrayante,
à tel point d'ailleurs que la censure britannique refuse tout bonnement d'en
accepter la diffusion au Royaume-Uni.

The Mad Doctor reprend pourtant les simples standards des films
d'horreur de l'époque. Son introduction sert ainsi l'éternelle nuit noire et
orageuse pour dérouler ensuite un récit fort de trois thèmes bien distincts mais
parfaitement liés entre eux : sa maison hantée avec ses trappes et passages
secrets obligés, ses créatures effrayantes et autres squelettes, et, pour finir,
son personnage maléfique, rôle titre du cartoon et savant fou à l'ambition
démoniaque. Oubliant ainsi le politiquement correct qui caractérisera tous les
actes et aventures du personnage emblématique de Disney, The Mad Doctor
détonne aujourd'hui totalement dans la carrière de Mickey.
En dehors de ses décors hallucinants, le cartoon vaut également pour sa
galerie d'hommages et d'inspirations. Les ambiances des précédents dessins
animés Disney sont ainsi à l'honneur tel le passage des squelettes, joli double
clin d'œil à
La Danse Macabre, le premier
des Silly Symphonies sorti en 1929,
et The Haunted House, un ancien Mickey
Mouse de 1929. Il livre aussi une superbe caricature des films d'horreur des
années 20, tous tournés alors en noir et blanc ; Disney raillant pour l'occasion
ses confrères. L'entrée du château du savant fou revêt par exemple une plaque
avec le nom du scientifique Dr. XXX, moquant ainsi le Doctor X, un film
sorti en 1932 et réalisé par Michael Curtiz pour le compte de la Warner. De
même, la scène où Mickey est attaché sur un lit d'hôpital, prêt à se faire
charcuter, est clairement inspirée de celle d'un film de monstres les plus
emblématiques d'Universal : Frankenstein, réalisé par James Whale en
1931.

Non content de livrer une caricature jouissive du cinéma d'épouvante, The
Mad Doctor brille également par sa technique. De nombreux effets sont, il
est vrai, saisissants, en particulier lorsque Mickey avance dans le couloir.
L'animation de la séquence est tellement parfaite qu'elle donne, en effet,
l'impression fugace d'une 3-D. La prouesse ne s'arrête d'ailleurs pas là tant
les bonnes idées pullulent tout au long du récit : l'horloge dont le coucou est
un squelette ou l'araignée faite d'os scotchent par exemple les spectateurs sur
leur siège ! Et que dire de la scène où le savant fou découpe l'ombre de Pluto
si ce n'est qu'elle est bluffante d'ingéniosité à faire peur.
Mickey et Pluto, qui ne risquent pas moins que leur vie, sont sauvés in
extrémis par la révélation finale que tout cela n'était qu'un rêve. L'astuce est
certes facile mais salutaire : sans elle, le méchant parvenait, en effet, à ses
fins ! En outre, cartoon oblige, elle permet de faire retomber la tension du
spectateur même s'il conserve tout de même un certaine gène en arrière pensée.

Petite perle du cinéma d'animation, The Mad Doctor est un cartoon
typique de la période des années noir et blanc de Mickey : inventif et
irrévérencieux. La petite souris y vit des aventures extraordinaires sans être
cloisonnée dans le rôle d'ambassadeur bien pensant qu'elle deviendra par la
suite.