Mickey Perd la Tête signe le retour de Mickey sur le grand écran dans
le format qui l'a vu naître : le cartoon. En effet, la Star Disney par
excellence n'était plus apparue dans un court-métrage depuis sa prestation dans
Mickey à la Plage en 1953. Le toon n'est, il est vrai, revenu sur le
grand écran qu'en 1983 avec sa participation au moyen-métrage, Le Noël de Mickey,
expérience qu'il renouvelle sept ans plus tard, avec Le Prince et le Pauvre.
C'est donc seulement en 1995 que l'ambassadeur de la Walt Disney Company revient
au cartoon, plus de quarante ans depuis Mickey à la Plage ; Mickey
Perd la Tête constituant d'ailleurs à ce jour le dernier de la série des Mickey Mouse.

L'aventure choisie pour le retour de Mickey en choquera plus d'un ! Car si le
personnage emblématique de Walt Disney a dans
Le Noël de Mickey et Le Prince et le Pauvre,
une personnalité proche de ce celle que l'inconscient collectif de générations
entières de spectateurs attend de lui depuis les années 30 (un personnage
foncièrement gentil, courageux et propre sur lui), le Mickey de Mickey Perd
la Tête reprend, au contraire, ses traits de caractère de son tout début de
carrière : espiègle, aventurier et téméraire... Joli paradoxe, le cartoon
s'ancre d'ailleurs, pour son retour aux sources, clairement dans les années 90 ;
Mickey jouant par exemple à la console de jeu et Minnie portant un bikini... Les
décors, le sens du rythme, le mouvement de caméra, tout est, en effet, ici
contemporain ! Même la maison de Mickey reprend les aspects des actuelles
répliques se trouvant -en vrai- dans les parcs américains Mickey's ToonTown
en Californie ou Mickey's
ToonTown Fair en Floride !

Le trouble ressenti par le grand public au visionnage de Mickey Perd la
Tête s'explique, dès les premières secondes, essentiellement par le fait
qu'il ne comprend pas de suite le vibrant hommage servi dedans aux cartoons de
la période "noir et blanc" de Mickey. Il a, en effet, oublié les traits du
personnage dans ses premières années d'existence, et dès lors, ne retrouve plus
chez lui les valeurs qui font son extrême popularité. La simple allusion à
Steamboat Willie (quand Mickey ouvre son
portefeuille dans lequel se trouve une photo de lui plus jeune), ne suffit pas à
clairement annoncer le parti prix éditorial retenu pour le cartoon. Dès lors, le
ton du film qui lorgne du côté de The Haunted House
(1929) ou de The Mad Doctor (1933) a de quoi
troubler. Il en est de même avec le reste du récit. La présence d'un savant fou
dans une scène proche de Frankenstein (1931) tout comme l’aspect du
laboratoire (clin d'œil à un cartoon couleur de 1937, Le Mouton Devient Loup)
déstabilisent plus encore le spectateur lambda. Les "private joke" s’enchainent
alors avec délice et subtilité. Le nom du savant fou, le Dr. Frankenollie est
par exemple un hommage à deux des Neuf Vieux Messieurs, Frank Thomas et Ollie
Johnston. Julius, le monstre qui échange son cerveau avec Mickey fait, quant à
lui, coup double en reprenant là, le physique de Pat Hibulaire (dans sa version
"noir et blanc" avec sa jambe de bois ; un appendice qu'il a perdu
progressivement lors de son passage à la couleur) et ici, le nom de Julius (le
chat, acolyte d'Alice dans les
Alice Comedies et tout premier héros animé créé par Walt Disney en
personne). Seule peut-être la fin du cartoon parle directement au grand public
en singeant le final de King Kong mais aussi (et ça, il l'ignore sans
doute) un cartoon de Mickey de 1933, The Pet Store !

Desservant des hommages à foison, tous plus spécialisés les uns que les
autres, Mickey Perd la Tête se révèle extrêmement subtil. Réalisé par
Chris Bailey avec pour superviseur de l'animation Andreas Deja, (deux grands
artistes des studios Burbank) et produit principalement dans les locaux de feu
Walt Disney animation Studios France à Montreuil, il avait de quoi faire un
tabac ! Curieusement, la Direction de Disney limite sa diffusion à la première
partie des séances d'un film "live" à faible potentiel
Un Visiteur Chez le Roi Arthur (1995) ;
ses auteurs se consolant finalement par une projection hors compétition lors du
Festival de Cannes de 1996.
Véritable pépite à la hauteur du personnage qu’il honore, Mickey Perd la
Tête est un superbe cartoon, à la thématique ambitieuse et la réalisation
irréprochable.