La naissance de Mickey Mouse a toujours été entourée d'une
aura de légende. De nombreuses versions ont, en effet, circulés sur sa création, dont
plusieurs de la bouche même de Walt Disney ou d'Ub Iwerks.
Walt
Disney aurait ainsi imaginé Mickey dans le train qui le ramenait à Hollywood après
son entrevue houleuse avec Charles Mintz, un homme d'affaires lié à Universal
qui venait tout juste de le déposséder non seulement des droits de son personnage
d'alors, (Oswald, le lapin chanceux)
mais également de la totalité de ses collaborateurs, à deux exceptions
notables près, son frère Roy et Ub Iwerks. Le Maître de l'animation en
devenir est, à ce moment précis, aussi bien scandalisé qu'effondré et le
voyage de retour vers la Californie, effectué en train avec sa femme
Lillian,
reste pour lui un de ses pires moments professionnels. Son studio était, il
est vrai, désormais orphelin et son équipe, décimée même si elle comprenait
toujours ses plus précieux piliers. Pourtant, le grand Walt conserve une fois inébranlable en ses
capacités de rebonds. Cet épisode fâcheux n'était, en effet, pas son premier
et il avait appris depuis longtemps que la réussite était tout sauf un long
fleuve tranquille. Mieux, il tire de cette mésaventure une règle à laquelle
il ne dérogera plus jamais. Il connait désormais l'impérieuse nécessité de
toujours garder pour soi
la totale propriété de ses œuvres et d'en assurer, en permanence, un contrôle draconien.
Walt Disney se trouve donc dans l'obligation de trouver un nouvel héros pour
relancer la machine et produire une autre série de
cartoons. Une souris anthropomorphisée lui apparait bien vite comme la
solution idéale puisque il
n'en existait aucune autre ayant le rôle principal : les chiens, chats
ou lapins lui étant toujours préférés... La légende veut également que le
choix de se porter sur une souris viendrait du fait que Walt était parvenu, dans son ancien studio de Kansas City,
à en apprivoiser un spécimen, qu'il avait dénommé Mortimer, nom qu'il
attribue dans la foulée à son
nouveau personnage. Sa femme Lillian, n'adhérant pas au patronyme, jugé par
trop solennel pour un animal de dessin animé, le rebaptise rapidement Mickey.
Le personnage de Mickey est en réalité le fruit d'une collaboration
entre Walt Disney et Ub Iwerks. Ce dernier est, de loin, le meilleur
animateur de l'époque. Il définit ainsi les caractéristiques physiques de la
souris, même si son futur papa "officiel" a assurément une grande influence
dans son aspect final. Mickey a, en fait, une petit air d'Oswald avec un
corps plus fin et des oreilles rondes. Il est construit à partir de deux grands
cercles, un pour le tronc et l'autre pour la tête, complétés de deux autres, plus petits, pour les oreilles. Ses bras et jambes, en forme de tuyau
d'arrosage, se terminent par des mains potelées (non gantées au début !) et de
grands pieds qui lui assurent la stabilité. Il est également doté d'une
longue et fine queue, d'un nez en forme de prune et de yeux ronds comme des
boutons. Ses formes privilégient, en fait, des forces circulaires bien plus faciles à animer
à l'époque.
Mais - plus important - Mickey a une particularité qui est alors une véritable
nouveauté dans le milieu de l'animation. Le futur ambassadeur de Disney
dispose, en effet, d'une personnalité. Cet élément est sans aucun doute la contribution la plus
durable de Walt Disney au succès de Mickey. Si l'apparence de la souris
est à l'évidence due au talent d'Ub Iwerks, le contrôle par Walt Disney des
situations dans lesquelles évolue le personnage lui ouvre la voie à une
existence quasi-humaine. Le papa de Mickey a compris, avant tout le monde,
que les "toons" se devaient de donner l'illusion de penser par eux-mêmes...
Et rien de tel pour cela que de maitriser les scénarii de leurs aventures !
Après deux essais infructueux
(Plane Crazy et
The Gallopin' Gaucho), Walt Disney
décide d'innover en créant le premier dessin animé
sonore : Steamboat Willie. Cette véritable révolution dans le petit monde de l'animation
lui apporte un triomphe à la mesure de l'exploit. Après sa première
projection, Walt Disney se voit, en effet, proposer un contrat de
distribution par l'homme d'affaires Pat Powers associé à Celebrity Productions. Il aurait
assurément préféré signé
avec un grand studio, mais ces derniers le snobent encore à
l'époque. Il signe donc un "timide" contrat d'un an .Les deux premiers
courts-métrages sont ainsi sonorisés et ouvrent la voie à la mise en
production d'autres cartoons. Mais, le Mickey qui crève à l'écran à la fin
des années vingt n'est pas encore, tout à fait, le personnage bien élevé que
Disney propose aujourd'hui. Il est alors, en réalité, espiègle et affiche même un certain penchant pour la
cruauté. Dès ses débuts, en effet, il montre une forte personnalité qui le
différencie sans mal de ses prédécesseurs. Mickey a d'ailleurs rapidement besoin d'une voix
et c'est tout naturellement Walt Disney qui lui prête la sienne. En 1929,
plusieurs de ses films sortent. En l'espace de quelques mois, la petite
souris met des gants, des chaussures et adopte un comportement plus sympathique.
Walt Disney
décide, alors, de modifier quelque peu le process de fabrication de ses
cartoons et pose comme règle préalable à toute nouvelle production,
l'enregistrement de la bande sonore avant la réalisation de l'animation.
Sans le savoir, il fait faire au dessin animé un bond en avant. Les animateurs peuvent,
en effet, travailler sur les images et arriver à un bien meilleur
rythme et une excellente synchronisation. D'ailleurs, pour parfaire le
résultat et gérer la partie musicale, Walt
Disney embauche Carl Stalling, une vieille connaissance de Kansas City qui
a, derrière lui, des années d'expérience dans l'accompagnement de films
muets...
En 1930, le studio connait une nouvelle crise de taille avec le départ
d'Ub Iwerks et Carl Stalling. Le contrat de
distribution qui lie Pat Powers à Walt Disney arrive, en effet, à son terme,
et comme
Charles Mintz avant lui, ce dernier sous-estime l'importance du grand
Walt dans la réussite de l'entreprise de Mickey. Pat Powers pense ainsi qu'
Ub Iwerks a
autant, si ce n'est plus, de talent que son Maitre et lui propose, en
sous-marin, de réaliser sa propre série de dessins animés. L'accord conclu,
il s'empresse de contacter les frères Disney en leur
proposant de déchirer le contrat qui les liait avec leur fidèle collaborateur. Walt et Roy refusent
aussitôt si bien qu' Ub Iwerks, pris entre deux chaises, décide finalement
de quitter de son propre chef les studios Disney pour rallier
l'entreprise de Powers. Terrible erreur ! Il ne connaitra, il est
vrai, jamais le même succès qu'avec Disney et
reviendra, en 1940, aux studios de Mickey. Entre temps, il abandonne
définitivement l'animation pour se concentrer sur ce qui le passionne le
plus : la caméra et les effets-spéciaux. Un peu après le départ de l'animateur
fétiche des studios, Carl Stalling quitte lui aussi le navire, apparemment
persuadé que la bulle Disney allait éclater sans Iwerks.
Imperturbables, les frères Disney signent alors un nouveau contrat avec Columbia Pictures.
La popularité croissante de Mickey assure à leurs studios
un succès grandissant. Fin 1930, Mickey était devenu une célébrité
internationale. Columbia Pictures, flairant le succès, met en place une distribution
nationale des dessins animés Disney, allant même jusqu’à organiser une ressortie
pour nombres d’entre eux. Cette politique a d’ailleurs la fâcheuse conséquence
de semer la pagaille dans l’historique des cartoons. Les premiers dessins
animés de la compagnie de Mickey ont ainsi des dates de sorties fluctuantes
au regard de la réalité. Ainsi, à l’exemple de
The Barn Dance,
un film de
1928 qui affiche une date de sortie fixée au 14 mars 1929, bien d’autres connaissent le même sort et supportent encore aujourd’hui une confusion
dans leur « généalogie ».
Columbia Pictures reste le distributeur des
studios Disney jusqu'en 1932. Ces derniers s’adossent alors à d’autres
distributeurs : United Artists de 1932 à 1937, puis pour le film
Victoire dans les Airs en 1943, et RKO Pictures
de 1937 à 1953. A partir de 1953, et devant le refus opposé par RKO de distribuer le premier
long-métrage de sa toute nouvelle série True Life Adventures,
Le désert vivant,
Walt Disney décide de créer son propre distributeur, Buena Vista, qui
conserve encore aujourd’hui l’exclusivité de la distribution Disneyenne.
L'équipe du studio se
consolide au fur et à mesure. C'est d'ailleurs, à cette époque, qu'un
département attaché aux histoires et scénarii des films
estampillés Disney est tout spécialement créé. Au tout début, les récits
sont notés à la façon de bandes
dessinées sur un simple carnet. Bien vite, le nouveau service, par l'intermédiaire de
Webb Smith, un dessinateur maison, commence à faire des dessins sommaires
sur des feuilles de papier séparées, puis à les punaiser les unes après les
autres sur un panneau. Cette technique de story board qui ne dit pas son nom permet ainsi au réalisateur d'avoir une vision
globale du film sans avoir à passer par le stade couteux de l'animation. Si
des changements s'avèrent nécessaires, il suffit d'enlever des dessins ou
d'en rajouter. De plus, elle offre à Walt Disney, pour son plus grand
bonheur, la possibilité de s'impliquer totalement dans l'élaboration
des scénarii et de demander à ses collaborateurs de se démener dans
l'inventivité, même si, lui-même, ne dessine déjà plus...
Mickey devient une véritable institution
en seulement trois ans. Le succès est tel que le public va au cinéma pour
voir le court-métrage d'animation de la première partie plutôt que le film
à l'affiche.
En 1931, il est un personnage suffisamment populaire pour que le magazine
Time lui consacre un article de fond. Au fur et à mesure, Mickey devient un symbole national, et
en tant que tel, est censé se comporter correctement en toutes
circonstances. S'il lui arrive de commettre
un écart, le studio est, alors, immédiatement inondé de lettres de parents en
colère ou d'associations de vigilance, inquiets de l'influence de la souris
sur l'éducation de la jeunesse américaine. Il est de plus en plus difficile de lui
trouver des situations comiques qui ne froissent pas telle ou telle
partie de l'opinion. Mickey se retrouve ainsi de plus en plus cantonné dans
le rôle de l'honnête homme. Mais cette évolution n'érode pas encore le fondement de sa personnalité et
ses films du milieu des
années trente sont tous inventifs. Afin de palier à ses tracas de bonne
réputation forcée, Mickey Mouse est , il est vrai, vite entouré de personnages secondaires récurrents. Minnie,
sa fiancée, l'accompagne dès son premier cartoon tout comme
le couple Clarabelle, la vache, et Horace, le cheval que le public aura vite
fait de bouder. Son fidèle chien, Pluto, apparaît lui pour la première fois en 1930 dans The Chain Gang.
Ses
meilleurs amis, Dingo et Donald, font leur entrée respectivement, pour le
premier, en 1932 dans
Mickey's Revue et pour le
second, en 1934 dans le cartoon Une Petite
Poule Avisée de la série
Silly Symphonies. En
1934, Orphan's Benefit, voit Donald intégrer pour
la première fois la série des Mickey Mouse tandis que Dingo adopte son nom
américain, Goofy. Ce cartoon est également la première occasion de voir
réuni le trio Mickey, Donald et Dingo !
Curieusement, la star Mickey doit patienter jusqu'en
1935 pour avoir l'honneur de la couleur (le tout premier cartoon en couleur, issu
de la série des
Silly Symphonies, remonte, en effet, à 1932). L'affront est néanmoins réparé en grandes
pompes avec La Fanfare.
Et l'impensable se produit ! La couleur fait perdre à Mickey
une partie de sa notoriété aux
profits de ses acolytes Donald, Dingo et Pluto dont le succès est couronné par
la mise en production de leurs propres
séries. Plusieurs cartoons proposent ainsi le trio formé
de Mickey, Donald et Dingo au sommet de leurs formes, et notamment Vacances à Hawaï, Nettoyeurs de Pendules ou
Les Revenants Solitaires.
Pour autant, Mickey ne démérite pas. Certaines de ses
prestations "en solo" sont de véritables petits bijoux, à l'image de De l'Autre Côté du Miroir ou du (Le)
Brave Petit Tailleur qui est, en fait, son dernier grand cartoon. Il
coute, à l'époque, tellement cher à réaliser qu'il
fit dire à un Walt Disney, décidément bon gestionnaire : "Plus jamais cela
!".
En 1939, la carrière de Mickey est déjà derrière lui. Ses acolytes, Donald, Dingo et Pluto, lui ont déjà ravi la vedette et sont maintenant à l'affiche de
leurs propres séries. Son relookage, qui fixe son image moderne, n'y change
d'ailleurs rien. Mickey n'apparaîtra plus que dans 17 cartoons entre 1939 et
1953 ! Mais il aura droit, en revanche, à deux rôles dans des longs métrages.
Apprenti-sorcier dans le magnifique film
Fantasia, il endosse ainsi, ce
qui reste encore aujourd'hui, sa meilleure prestation. Il retrouve ensuite ses
amis, Donald et Dingo dans Mickey et le haricot magique, un
extrait de
Coquin de Printemps,
sorti en 1947. Ce rôle marque d'ailleurs pour lui un changement de voix. Mickey
perd celle de son créateur, Walt Disney, désormais trop occupé, au profit du
talentueux bruiteur, Jim MacDonald.
Il faut ensuite patienter jusqu'en 1983 pour retrouver Mickey à
l'affiche des salles obscures avec
Le
Noël de Mickey. Suivent alors deux autres pépites, le moyen-métrage Le prince et le pauvre, tiré du roman de
Mark Twain et Mickey perd la tête, un cartoon
réalisé dans feux les studios Disney de Montreuil.