Walt
Disney mentionne pour la première fois l'idée des
Silly Symphonies dans
une correspondance qu'il destine à son frère Roy et Ub Iwerks. Il parle,
dans une première lettre en date du 20 septembre 1928, de l' idée d'une
"nouveauté musicale" combinant musique et animation. Dans une seconde,
envoyée trois jours plus tard, il se montre plus précis. Carl Stalling lui a,
en effet, touché à l'oreille le projet d'un cartoon intitulé La danse Macabre,
dont l'action se déroulerait dans un cimetière. Il s'agirait, dans son
esprit, non seulement d'un pilote mais également de l'étalon mètre d'une
série construite autour de danses comiques et de musique classique. L'idée
de Stalling finit par grandir et prendre forme dans la tête de Walt Disney.
Alors que
Steamboat Willie est en train de conquérir les spectateurs au
Colony Theatre de New York à la mi-novembre 1928, il se met au travail avec
Ub Iwerks sur l'épisode pilote. Il faut six semaines à son collègue pour
réaliser quasiment à lui seul le cartoon. Cette situation devient d'ailleurs
vite un sujet de friction au sein du studio. Walt Disney voit mal son
meilleur animateur se consacrer uniquement à un seul court-métrage dont le
coût à l'unité explose littéralement. Pour lui, la meilleure solution est de
voir Ub Iwerks faire les animations clés et de confier le reste à de simples
intervallistes. Mais l'animateur en chef s'obstine : il pense, en effet,
être le seul à avoir saisi tous les méandres et la finesse du projet initié
par Carl Stalling. Il emporte finalement la guerre des nerfs : Les Clark
signe seulement l'animation du début du cartoon, le reste revenant
entièrement à Ub Iwerks.

Prêt pour une sortie en février 1929, La danse macabre patiente encore
quatre mois sur les étagères du studio avant d'être présenté au public. Walt
Disney entend, en effet, le proposer dans les meilleures conditions et
trouver pour cela un grand cinéma pour le diffuser. Sa démarche est
d'ailleurs quelque peu entravée par Pat Powers, le distributeur des
Mickey Mouse, qui, non convaincu par le cartoon, refuse d'en assumer la
distribution. Il est persuadé, contrairement à Walt Disney, que le public ne
suivra pas et ne réclame que des nouvelles aventures de la souris star. Mais
c'est sans compter sur l'obstination du papa de Mickey ! Il convainc un
autre distributeur, parmi ses connaissances, de prendre en charge dignement La Danse Macabre. Le cartoon sort finalement en fanfare au prestigieux
Carthay Circle Theatre à Los Angeles en première partie de Four Devils de
Murnau. La réaction du public et des critiques est enthousiaste. La série
des
Silly Symphonies est née et bien née...

La Danse Macabre prend des airs d'ovni cinématographique à l'époque car le
cartoon est tout sauf banal. Des squelettes en train de danser dans un
cimetière sur une musique de Grieg, La Marche des nains, est, alors, - c'est
certain ! - un pari osé. Pourtant, grâce au mélange de la musique et de
l'animation, de gags et de moments gentiment effrayants, le tout agrémenté
de chorégraphies morbides et d'une histoire légère comme l'air, le dessin
animé trouve son public. Les squelettes, musiciens avec leurs propres os ou
adeptes d'un Charleston, typique des années 20, sont vite plébiscités. La
mayonnaise a visiblement pris grâce aux talents réunis de Carl Stalling et
Ub Iwerks. L'inventivité musicale du premier et les prouesses d'animation du
second offrent, en effet, de l'audace au public qui en redemande. Walt
Disney entend le message et gardera tout au long de sa carrière intacte la
volonté de toujours faire preuve d'inventivité. Le départ des studios de
Mickey, d'Iwerks et de Stalling, un an après la sortie de La danse macabre, ne
changera en rien l'état d'esprit du Maître : la collection des
Silly Symphonies est là pour en témoigner...
Au même titre que
Steamboat Willie, La danse macabre est une pièce maitresse
de l'animation Disney et marque une date dans son histoire.