The
New Spirit est une commande du Département Américain du Trésor
distribuée par le "War Activities Commitee" de l'industrie cinématographique
américaine.

A la fin de l'année 1941, Walt Disney est invité à rencontrer à Washington
le Secrétaire du Département du Trésor, Henry J. Morganthau. Il suppose
alors que le rendez-vous est en rapport avec la campagne du gouvernement
pour vendre des bonds de guerre. En fait, il n'en est rien. La réunion à
laquelle se joint également Guy Helvering, Commissaire aux Revenues
Internes, a un tout autre objet.
L'administration fédérale, par la bouche de ses deux représentants, exprime,
en effet, son intention de promouvoir un formulaire d'impôt entièrement
remanié, destiné à faciliter le recouvrement et toucher plus de 15 millions
de nouveaux contribuables. L'idée d'utiliser un cartoon pour populariser la
nouvelle méthode de déclaration est arrêtée, le choix s'étant porté pour sa
réalisation sur les studios Disney. Comme souvent dans les campagnes du
gouvernement, encore plus en temps de guerre, les délais sont très courts.
La livraison doit, il est vrai, intervenir avant la fin du mois de février
1942 pour que le film soit diffusé dans les cinémas avant la date d'échéance
du paiement des impôts, soit le 15 mars de la même année. En ce 18 décembre
1941, Walt Disney ne cache pas son scepticisme, à la fois sur le peu de
temps dévolu à la réalisation mais aussi sur l'importance du budget qui en
découle, estimé à 43 000 $, une somme rondelette à l'époque. Henry J.
Morganthau ne voit aucune opposition particulière et donne son accord
verbal. Aucun contrat n'est établi, seule une lettre d'intention (future
source de bien des soucis) est expédiée, quelques jours plus tard.

De
retour en Californie, Walt Disney convoque Joe Grant et Dick Huemer qu'il
sait en train de travailler sur une histoire où Donald Duck, en tant que
citoyen lambda, tente d'échapper à l'impôt jusqu'au moment où il prend
conscience que son pays a besoin de cet argent pour l'effort de guerre.
Quand le story-board du cartoon, intitulé The New Spirit, est
bouclé, le papa de Mickey retourne aussitôt, avec ses deux scénaristes, à
Washington pour le présenter au Secrétaire Henry J. Morganthau. Seul Walt
Disney est finalement autorisé à pénétrer dans son bureau. A l'aide des
esquisses scénarisées, il mime alors le cartoon, expliquant comment Donald
se prépare à remplir sa déclaration habituelle, calculatrice et cachets
d'aspirine à proximité, quand le nouveau formulaire lui est proposé pour lui
simplifier grandement la tache. Il n'a, en effet, juste qu'à renseigner ses
revenus, soustraire les personnes à sa charge (Riri, Fifi et Loulou, bien
sûr) et poster sa déclaration.
Henry J. Morganthau exprime son manque d'enthousiasme. Il espérait, en
effet, voir Disney créer une personnage tout spécialement pour la campagne,
qu'il imaginait en "Monsieur le Bon Contribuable" au lieu de
réutiliser un personnage du studio. Pire, son assistante ajoute que Donald
ne fait pas partie de ses préférés. Walt Disney ne se laisse pas pour autant
impressionner. Il précise, un brin sarcastique, qu'il est franchement désolé
de constater que Donald n'est pas du gout de l'assistante mais que le
public, lui, au contraire, le plébiscite. En outre, il insiste sur le fait
que mettre son personnage au service du gouvernement revenait à voir la MGM
lui donner "Clark Gable". Enfin, il précise que cette opération est mauvaise
pour sa firme d'un point de vue financier puisque les cinémas qui
diffuseront ce film publicitaire le feront à la place d'un cartoon officiel
du célèbre canard. C'est autant de royalties en moins...

Henry J. Morganthau n'a pas vraiment le temps de mégoter. Les délais sont de
toute façon trop courts pour faire un caprice. Il accepte donc à contre cœur The New Spirit. Wilfred Jackson et Ben Sharpsteen se voient
ainsi chargés chez Disney de la réalisation qui ne s'avère pas de tout repos
tant les détails à prendre en compte sont légions. Zappant plusieurs étapes
dans l'animation, le cartoon est toutefois livré dans les temps. Le résultat
n'en reste pas moins spectaculaire. Non seulement, il est nominé à l'Oscar
du Meilleur Documentaire mais son impact est tel que les rentrées fiscales
dépassent de loin toutes les espérances ! Un sondage montre même que 37% des
américains l'ayant vu ont acquitté leurs impôts immédiatement. Une fois de
plus, le Maitre de l'animation a vu juste... A tel point, d'ailleurs, que le
gouvernement commande l'année suivante, une suite,
The Spirit of '43.
The
New Spirit n'est pourtant pas une bonne affaire. Son impact est, en
effet, négatif sur les finances de la compagnie de Mickey. Déjà, comme Walt
Disney le craignait, le cartoon squatte l'écran dans la mesure où les
cinémas le propose en lieu et place du Donald Duck officiel. L'opération est
d'ailleurs juteuse pour les salles puisque, s'agissant d'une campagne
publicitaire, elles se voient rémunérées pour diffuser ce que le grand
public perçoit, lui, comme un simple cartoon de Donald. Ensuite, Walt Disney
a toute les peines du monde à se faire payer par le gouvernement.
D'ailleurs, s'il reçoit finalement, avec beaucoup de retard, les 43 000 $
stipulés dans la lettre d'intention (sans grand rapport avec le coût réel du
cartoon établi à 83 000 $), il se retrouve, en plus, bien malgré lui, au
milieu d'une féroce campagne politique de dénigrement. Il est en effet,
accusé de vouloir faire de l'argent sur le dos de la guerre de façon bien
peu citoyenne. Avoir prêté une de ses stars ne lui aura donc rien apporté de
bien positif ! Pourtant, fervent patriote, Walt Disney passe pour pertes et
profits ces désagréments et se déclare, contre vents et marées, fier d'avoir
servi son pays.
Visionné aujourd'hui, The New Spirit ne conserve qu'un intérêt
historique. Il se révèle, en effet, peu divertissant, passé, bien sûr, le
plaisir de revoir Donald.