Family Planning
L'écran titre
Titre original :
Family Planning
Production :
Disney Educational Productions
Date de sortie USA :
Décembre 1967
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Commanditaire :
The Population Council
Musique :
Buddy Baker
Durée :
10 minutes

Le synopsis

Donald explique l'intérêt du planning familial...

La critique

rédigée par
★★
Publiée le 10 mars 2014

Aux débuts des années 50, alors que les studios investissent à tout va et se diversifient dans l'univers de la télévision ou des loisirs, le marché des films commerciaux ou éducatifs, jugé très secondaire, est purement et simplement abandonné. Walt Disney conserve toutefois la volonté de produire du divertissement à valeur ajoutée. Il entend continuer ainsi une mission culturelle et éducative sans pour autant la revendiquer. Le meilleur exemple de cette politique artistique ambitieuse est assurément le cartoon, Donald au Pays des Mathémagiques, sorti en 1959. Entraîné par sa curiosité légendaire, le canard irascible s'aventure, en effet, dans un mystérieux monde imaginaire où les arbres ont des racines carrées et les rivières débordent de chiffres. Ce classique de Donald, nominé pour l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire, est d'abord diffusé en première partie de Darby O'Gill et les Farfadets. Deux ans plus tard, il a le privilège d'être introduit par Ludwig Von Drake (Donald Dingue) dans l'épisode d'inauguration (An Adventure in Color / Mathmagic Land) de l'ancien show Disneyland, rebaptisé Walt Disney's Wonderful World of Color et désormais diffusé en couleur sur la chaîne NBC. Donald au Pays des Mathémagiques est mis rapidement à la disposition des écoles et devient vite le plus populaire des films éducatifs jamais produits par Disney. Le papa de Mickey aime à en résumer l'incroyable impact en expliquant : "Le dessin animé est un bon moyen de stimuler l'intérêt (...) Nous avons ainsi pu expliqué les mathématiques tout en intéressant le public".

Pour autant, même s'il arrête de produire des cartoons commerciaux, sponsorisés par des entreprises tiers et dont le propos est éducatif ou institutionnel, Walt Disney va tout de même proposer régulièrement des extraits de ses films, cartoons ou épisodes télés aux écoles américaines en les sortant en 16mm, et ce, jusqu'au milieu des années 60. C'est à cette époque, avec Steel and America et Donald’s Fire Survival Plan, qu'il se met à produire des courts-métrages uniquement pour les établissements scolaires. Si certains sont des compilations d'œuvres existantes, d'autres, par contre, sont de vraies créations.

Family Planning est, dans ce cadre, un court-métrage d'éducation, produit pour The Population Council, une organisation non gouvernementale, fondée en 1952 par John D. Rockefeller III et qui mène des recherches dans le domaine biomédical, les sciences sociales et la santé publique tout en finançant parallèlement des projets dans les pays en développement. Le cartoon a pour mission de parler du planning familial, en particulier à destination des pays du Tiers Monde.

Il s’agit probablement du court-métrage le plus subversif produit par Disney, sans doute encore plus que The Story of Menstruation expliquant lui le fonctionnement de l’appareil génital féminin, produit en 1946. Son propos consiste ainsi à disserter sur les bienfaits du contrôle des naissances, non seulement d’un point de vue général au niveau mondial mais aussi d’un point de vue plus personnel au sein même de la famille. Disney oblige, le cartoon s’abstient tout de même de parler du moyen précis pour y parvenir (sauf à inviter à consulter son médecin) évitant ainsi de s’attirer les foudres des autorités religieuses, éthiques ou médicales. Il se permet en revanche d’affirmer que les familles ayant peu d’enfants sont plus heureuses tandis que leurs membres sont en meilleure santé. Le court-métrage n’échappe alors pas à son lot de stéréotypes en se destinant d’ailleurs plutôt aux populations de l’Amérique Latine à en juger l’apparence physique de l’homme moyen dépeint.

Ce qui étonne le plus dans Family Planning est peut-être que le personnage qui sert de propagande est Donald Duck lui-même, essayant de banaliser un discours assez inattendu via ses maladresses habituelles. Ce n'est toutefois pas la première fois que le canard est utilisé pour de la propagande, et notamment militaire durant la Seconde Guerre comme dans les cartoons Der Fuehrer's Face ou The New Spirit. Ses dernières incursions éducatives sont, elles, plus consensuelles dans le cadre de cartoons pour les pompiers (Donald’s Fire Survival Plan) ou l'industrie de l'acier (Steel and America). Quoi qu’il en soit, Family Planning choque vite son monde et se voit très rapidement retiré de la circulation aux Etats-Unis : il continue bizarrement son chemin à l’export et reste disponible à l’étranger jusqu’au milieu des années 80 avant d’être totalement mis au placard. Family Planning revient sur le devant de la scène quand Disney se rend compte que le gouvernement chilien l’utilise, en le proposant même à la vente, sans son accord ; l’action en justice qui s’en suit remet alors le cartoon sous les feux des projecteurs. Une publicité et un mauvais buzz dont The Walt Disney Company se serait bien passée...

Family Planning est subversif dans son sujet non pas, par ses propos assez vagues, mais bien dans son parti pris outrancier. Dans un pays où les courants réactionnaires, non seulement religieux mais aussi sociétales, sont importants, voir une entreprise multinationale prendre position sur le contrôle familial (avec en non dit des moyens comme la contraception ou l’avortement) est assez étonnant. The Walt Disney Company est vite redevenue frileuse sur le sujet en essayant de cacher cette production segmentante et politiquement compliquée à assumer, là où elle essaye, de coutume, d’adopter une portée universelle. Ce genre de cartoon n’aide pas forcément son image, même si la démarche (lutter contre la surpopulation, la pauvreté et la malnutrition) part d’un bon sentiment...

Les personnages

1934
Cinéma

L'équipe du film

1907 • 1979
Réalisateur

L'édition vidéo

Le cartoon n'est édité, à l'heure actuelle, sur aucun support.