Dès les années 30, Walt Disney utilise ses personnages à
des fins commerciales ou publicitaires. La toute première prestation
"orientée" de ses toons remonte ainsi à un court-métrage réalisé pour la
cérémonie des oscars de 1932,
Parade of Award Nominee. Des
caricatures des nominés se voit, en effet, accompagnées par des dignes
représentants des studios Disney. Pourtant, leur "papa" n'apprécie guère le
procédé. Hors période de guerre, ces productions à caractères publicitaires
se comptent, il est vrai, sur les doigts d'une main. Walt Disney leurs
préfère, à bien des égards, un autre genre, inauguré pendant le deuxième
conflit mondial : le court-métrage éducatif. Véritable nouveau mode
d'expression, il réussit le tour de force de réconcilier éducation et
divertissement. Le papa de Mickey se découvre alors une mission dont il est,
à l'évidence, très friand : la vulgarisation du savoir sans l'ennui. Dès
lors, son principal destinataire, le grand public, peut lui être
reconnaissant de mettre, enfin, la culture à la portée de tous.
Avant même l'entrée en guerre de son pays dans le second conflit mondial,
Walt Disney et un certain nombre de ses talentueux artistes mènent un
périple à travers l'Amérique du Sud. Ce voyage, motivé par diverses raisons
d'ordre plus ou moins personnel, est une complète réussite. Le papa de
Mickey y poursuit, en effet, plusieurs buts. Le premier, managérial, reste
une volonté d'éloignement ponctuel de son studio. Un conflit social très dur
l'oppose, à l'époque, à une partie de ses équipes et, cristallisant sur sa
personne, rancœurs et attaques, Walt Disney se résout de quitter le devant
de la scène afin de favoriser une sortie de crise. Le deuxième objectif du
voyage est, lui, assurément, artistique. Il consiste à s'imprégner, avec ses
collaborateurs, de la culture sud-américaine pour en tirer le meilleur et en
exploiter toutes les ressources. Enfin, le troisième et ultime but de
l'escapade disneyenne dans le continent frère est moins connu mais tout
aussi essentiel. Il revêt un caractère politique évident. Walt Disney et sa
délégation se présentent, en effet, au nom des USA, pour célébrer l'amitié
des peuples sud et nord américains. La démarche est osée tant l'influence
nazie grandit alors dans cette partie du monde. Au final, plusieurs œuvres
sont directement les fruits du séjour. Parmi les plus connues, se retrouvent
bien sûr
Saludos Amigos ou
Les trois
Caballeros. Mais la moisson ne s'arrête pas là. Les
studios Disney réalisent, en effet, pour l'occasion un certain nombre de
cartoons destinés à enseigner l'hygiène aux populations de la région.
Health for the Americas : What is Disease?, aussi appelé The
Unseen Enemy, en est d'ailleurs l'archétype. Traitant du délicat
problème des eaux usés, le court métrage se fait l'avocat de l'équipement de
chaque village d'un système local d'épuration. Sorti finalement en
Technicolor en 1945, il utilise, pour se faire, principalement des
graphiques, images fixes et diagrammes. Seules certaines de ses scènes, en
nombre restreint, sont animées.
The Winged Scourge
est un autre court-métrage éducatif. Très rare, il est produit par les
studios Disney, sur commande du "Coordinator of Inter-American Affairs".
Plus tard, il sert même de film d'entrainement pour l'armée américaine. Il
met, ainsi, en vedette l'ennemi public numéro un du soldat : le moustique,
redoutable machine à transmettre de dangereuses maladies, dont la malaria.
Les sept nains de
Blanche Neige et les sept nains y
apparaissent en guests stars et révèlent à l'assistance les méfaits de
l'insecte. Des scènes entièrement animées, de haute qualité, expliquent
comment le combattre concrètement, en mettant, ici, de fins grillages aux
fenêtres et là, une moustiquaire sur les lits.
L'entrée en guerre des Etats-Unis le 7 décembre 1941 marque le début de la
réquisition des studios Disney par l'armée américaine. Ils sont utilisés
pour réaliser des courts-métrages à vocation éducative ou à des fins de
propagande. Ces derniers utilisent essentiellement des stars "maison" pour
vanter l'effort de guerre.
The New Spirit ou
The Spirit
of '43 sont aujourd'hui les symboles les plus marquant de la
collaboration de Walt Disney avec les forces militaires de son pays. Le
travail accumulé pour réaliser toutes les commandes est d'ailleurs tout
simplement stupéfiant. A son plus haut niveau d'avant-guerre, les studios
Disney sortent, en effet, environ 11 500 mètres de pellicules. Entre 1942 et
1943, le nombre est multiplié par cinq. Ce résultat est d'autant plus
remarquable que les sujets des films de commande se situent artistiquement à
des années lumières du savoir-faire d'alors de la compagnie de Mickey.
Oubliés les gags et autres situations rocambolesques. Il convient désormais
de parler, entre autres, de tanks, de maladies ou d'hygiène.
Four Methods of Flush Riveting commandé par le Lockheed
Company, un entrepreneur militaire, constitue ainsi l'une des toutes
premières productions liées à l'effort de guerre. Dénuée d'humour, destinée
à enseigner quatre méthodes de rivetage, elle détonne cependant avec ses
suivantes qui, conservant leur caractère de film d'entrainement, adopte un
ton plus léger ou drôle. Mickey et ses amis ont décidément bien du mal à
garder leur sérieux...
Walt Disney n'est pas un pionner du
film éducatif, et encore moins de la propagande cinématographique militaire.
Bien que sa première production dans le genre hygiéniste remonte déjà à sa
période
Laugh-O-Grams,
avec Tommy Tucker's Tooth, sorti en 1922, il convient de
préciser qu'il s'est, en fait, largement inspiré du travail de Max Fleischer
réalisé au cours de la première guerre mondiale. Les créations de l'auteur
de la série de cartoons muets Out of the Inkwell, ont, en
effet, remporté à l'époque un tel succès que le gouvernement américain
reprend l'idée pour le nouveau conflit. Des études ont démontré, il est
vrai, que le message était mieux acquis par le public s'il passait par de
l'animation plutôt que par des prises de vues réelles. La brutale montée en
puissance de l'effort de guerre rend urgent l'éducation des troupes comme
des populations. Ni les unes, ni les autres ne sont vraiment préparées à un
conflit de cette envergure. Le gouvernement américain veut donc rattraper
son retard : Disney va l'y aider...
La paix revenue, Walt
Disney n'entend pas poursuivre la production de films à vocation éducative
ou de propagande. Il entend, en effet, revenir au cœur de son métier, le
divertissement. Toutefois, il ne s'interdit pas quelques incartades dans le
genre. Certaines œuvres sont d'ailleurs tellement fédératrices, tel
How to Catch a Cold ou The Story of Menstruation, que
leur fenêtre de diffusion dans les écoles américaines s'étale sur plusieurs
années.
Aux débuts des années 50, alors que les studios
investissent à tout va et se diversifient dans l'univers de la télévision ou
des loisirs, le marché des films commerciaux ou éducatifs, jugé très
secondaire, est purement et simplement abandonné. Walt Disney conserve
toutefois la volonté de produire du divertissement à valeur ajoutée. Il
entend continuer ainsi une mission culturelle et éducative sans pour autant
la revendiquer. Le meilleur exemple de cette politique artistique ambitieuse
est assurément le cartoon, Donald au pays des Mathémagiques,
sorti en 1959. Entraîné par sa curiosité légendaire, le canard irascible
s'aventure, en effet, dans un mystérieux monde imaginaire où les arbres ont
des racines carrées et les rivières débordent de chiffres. Ce classique de
Donald, nominé pour l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire, est
d'abord diffusé en première partie de
Darby O'Gill et les Farfadets. Deux
ans plus tard, il a le privilège d'être introduit par Ludwig Von Drake
(Donald Dingue) dans l'épisode d'inauguration (An Adventure in Color /
Mathmagic Land) de l'ancien show
Disneyland, rebaptisé Walt
Disney's Wonderful World of Color et désormais diffusé en couleur
sur la chaîne NBC. Donald au pays des Mathémagiques est mis
rapidement à la disposition des écoles et devient vite le plus populaire des
films éducatifs jamais produits par Disney. Le papa de Mickey aime à en
résumer l'incroyable impact en expliquant : "Le dessin animé est un bon
moyen de stimuler l'intérêt (...) Nous avons ainsi pu expliqué les
mathématiques tout en intéressant le public".
Pour autant, même s'il arrête de produire des cartoons
commerciaux, sponsorisés par des entreprises tiers et
dont le propos est éducatif ou institutionnel, Walt
Disney va tout de même proposer régulièrement des
extraits de ses films, cartoons ou épisodes télés aux
écoles américaines en les sortant en 16mm, et ce,
jusqu'au milieu des années 60. C'est à cette époque,
avec Steel and America et Donald’s Fire
Survival Plan, qu'il se met à produire des
courts-métrages uniquement pour les établissements
scolaires. Si certains sont des compilations d'œuvres
existantes, d'autres, par contre, sont de vraies
créations.
Le 25 juin 1969, les héritiers de Walt Disney, désormais
à la tête des studios, décident de créer une entreprise
spécialement dédiée aux productions éducatives : la
Walt Disney Educational Materials Co. Elle changera
une première fois de nom en Walt Disney Educational Media Co.
avant de se nommer définitivement Disney Educational
Productions.
155 cartoons sont ici listés, 13 sont analysés.
6 cartoons I'm No Fool... sont ici listés, aucun est analysé.
8 cartoons You... and Your sont ici listés, aucun est analysé.
2 cartoons The Nature of Things sont ici listés, aucun est analysé.
4 cartoons Upjohn's Triangle of Health sont ici listés, aucun est analysé.
5 cartoons What Should I Do ? sont ici listés, aucun est analysé.
10 cartoons A Lesson sont ici listés, aucun est analysé.
5 cartoons Wild About Safety sont ici listés, aucun est analysé.