Chasse Gardée est le neuvième (et dernier) cartoon de Donald à être
nominé pour l'Oscar du Meilleur Court-Métrage. Filmé en Cinémascope, il est
considéré, par beaucoup de spécialistes, comme le meilleur court-métrage réalisé
par le prolifique réalisateur du canard, Jack Hannah.

Chasse Gardée est donc exceptionnel à plus d'un titre. Tout d'abord, il présente un nouveau personnage de la famille de Donald : son Grand-Père. Chasseur invétéré, plutôt maladroit, sauvage et brut de décoffrage, il n’a rien à voir, dans sa définition, avec son petit-fils qui, au contraire de lui, est plus rangé, citadin et prompt à se faire dorloter. Pour mieux marquer cette écart radical dans la conception de la vie
et les centres d'intérêt, l’esprit de l’ainé quitte le tableau le représentant
lors d'une scène de chasse et prend possession du corps de son petit-fils,
transformant bien vite Donald en un personnage de rustre campagnard. Perdant l’une de ses caractéristiques principales - sa voix -, il apparait ainsi clairement possédé et doit, dès lors, être pardonné de tous les méfaits qu’il commet sous l’emprise de son grand-père...

Il faut dire que Chasse Gardée se rapproche plus de la folie
des Tex Avery ou de celle des How To de Dingo,
que de l'ambiance habituelle de la série des Donald
Duck. Ainsi, ici, ce n'est pas le tempérament de Donald qui amène l'humour
mais bien la dénonciation d'un "sport" dont la pratique est menée à l'extrême.
Le cartoon appuie de la sorte là où ça fait mal et caricature la chasse en
montrant des adeptes tirant sur tout ce qui bouge, plus dangereux pour eux-mêmes
ou leurs semblables que pour les animaux qu’ils poursuivent. Le carnage est
alors total, aboutissant à l’anéantissement de l'environnement du cartoon réduit
à l’état de champ de guerre au point de faire intervenir des chars ! L’outrance
est telle qu’elle fait sombrer l’ensemble dans une représentation somme toute
excessive : elle n’est pourtant le fruit que d’un souvenir d’enfance de Jack
Hannah lui-même qui avoue d'ailleurs avoir mal vécu, enfant, les parties de
chasse avec son père.

Si la dénonciation de la chasse n’est pas forcément menée avec grande
subtilité, le cartoon distille, ça et là, quelques pointes d'humour
particulièrement savoureuses grâce, notamment, au personnage du grand-père. Une
des scènes les plus drôles consiste ainsi à montrer le vieux canard, grimé avec
des bois de cerfs, au prise avec un élan énamouré, dont la voix – pour la petite
histoire – est faite par Jack Hannah lui-même ! Autre clin d'œil amusant :
l'apparition de
Bambi et de sa mère, au bord de la rivière. Elle explique alors au faon
qu’il leur faut partir au motif que les hommes sont là, non pour la dangerosité
qu’ils représentent (l’argument originel du Grand Classique de 1941) mais en
raison de leurs propensions à polluer ; un thème qui reste terriblement
d’actualité, quelques soixante ans plus tard...

Excellent cartoon malgré un humour sans doute trop rude pour son label,
Chasse Gardée reste aujourd’hui l’unique apparition
audiovisuelle du grand-père de Donald !

A noter :
Chasse Gardée comporte une petite incohérence dans la
généalogie de Donald Duck entre celle de sa carrière animée et celle de la bande
dessinée. En effet, s’il s’agit là véritablement de son grand-père, deux
problèmes majeurs se posent. Cela ne peut pas être son grand-père maternel,
puisque le père de Picsou habite en Ecosse (Donald étant le fils de la sœur du
richissime canard). Cela ne peut pas être non plus son grand-père paternel car
cela reviendrait à dire que Grand-Mère Donald est sa femme. Or Don Rosa dans son
arbre généalogique ne reprend pas ce personnage. Il ne lui donne pas la même
apparence ; le nomme (Humperdink Duck, Joseph Duck en français) alors qu’il est
anonyme dans le cartoon ; en fait un fermier et non un trappeur et enfin
l’imagine décédé (Grand-Mère Donald étant veuve dans les bandes dessinées !)
Compte tenu de ces éléments, une option plus crédible est dès lors envisageable
: ce grand-père peut être en réalité, l'arrière grand-père de Donald ; «
grand-père » étant un raccourci généralement admis. Dernière possibilité, la
plus simple : Don Rosa a préféré ignorer ce cartoon dans la construction de son
fameux arbre généalogique...