Au milieu des années 50, la carrière cinématographique de Donald tire à sa
fin ce qui ne l'empêche pas de se faire encore remarquer dans une activité qu'il
n'avait pourtant plus eu depuis la deuxième guerre mondiale : "passeur de
message". Walt Disney, qui entend continuer avec lui une mission culturelle et
éducative sans pour autant la revendiquer, conserve en effet toujours la volonté
de produire du divertissement à valeur ajoutée. Donald au pays des
Mathémagiques, sorti en 1959, est sans aucun doute le meilleur exemple de
cette politique artistique ambitieuse.

Ce classique de Donald, nominé pour l'Oscar du meilleur court-métrage
documentaire, est le fruit de la collaboration de divers artistes Disney tels
John Hench et Art Riley, associés à la voix de Paul Frees et à l'expertise
scientifique de Heinz Haber (connu pour son travail sur les épisodes télé de Tomorrowland).
Moyen-métrage, il n'a pas pour prétention d'enseigner les mathématiques en
trente minutes mais poursuit plutôt l'ambition de donner à la fois goût à
ceux-ci tout en vulgarisant quelques principes de bases. Surtout, il tord le
coup aux préjugés dont les mathématiques sont victimes, à commencer par leur
réputation d'être définitivement rédhibitoires. Car, n'en déplaise au plus grand
nombre, ils sont présents partout dans la vie quotidienne et se retrouvent même
aux prémices de l'existence. Il est, en effet, incroyable de voir comment la vie
organique est remplie de formes géométriques tout comme il est stupéfiant de
constater que les mathématiques trustent les arts comme la musique ou la poésie.
(Un alexandrin n'est-il pas un vers de douze pied !).

Donald au Pays des Mathémagiques permet d'appréhender toutes les
notions abstraites de façon claire et divertissante. L'introduction du
moyen-métrage est d'ailleurs tout à fait saisissante : les arbres ont, en effet,
des racines carrées et les rivières débordent de chiffres. La métaphore est à
l'évidence incroyablement pertinente et remarquablement trouvée. Ensuite, tout
le récit se déroule au moyen de graphes et de passages "live" rendant le propos
digeste. Ainsi, quand l'ennui ou la difficulté guettent, le réalisateur n'a de
cesse de revenir à plus de légèreté en introduisant, ici ou là, un passage
parlant et amusant, à l'image de Donald transformé en Alice dans un jeu d'échec
pour illustrer le cas de Lewis Caroll.

Donald au Pays des Mathémagiques est d'abord diffusé en première
partie de
Darby O'Gill et les
Farfadets, le 26 juin 1959. Deux ans plus tard, il a le privilège d'être
introduit par Ludwig Von Drake (Donald Dingue) dans l'épisode d'inauguration (An
Adventure in Color / Mathmagic Land) de l'ancien show d'ABC,
Disneyland , rebaptisé Walt
Disney's Wonderful World of Color et désormais diffusé en couleur sur la
chaîne NBC. Donald in Mathmagic Land est mis rapidement à la disposition
des écoles et devient vite le plus populaire des films éducatifs jamais produits
par le studio de Mickey. Son papa aimait en résumer l'incroyable impact en
expliquant : "Le dessin animé est un bon moyen de stimuler l'intérêt. Nous
avons ainsi pu expliquer les mathématiques tout en intéressant le public".
Parfait exemple de la formidable capacité de Walt Disney à transformer tout
sujet, aussi ennuyeux soit-il, en une œuvre divertissante et intelligente,
Donald au Pays des Mathémagiques fait aimer les mathématiques, c'est peu
dire !