L'Arche de Noé est la première production Disney à utiliser la magie
de l'animation image par image. Nominé pour l'Oscar du meilleur court-métrage,
elle annonce ainsi des techniques reprises, bien plus tard, dans des
chefs-d'œuvre comme
L'Étrange Noël de Monsieur Jack ou
James et la Pêche Géante.
Walt Disney a, depuis longtemps, dans l'idée de mettre en boite une nouvelle
approche
l'histoire de Noé qu'il a déjà traitée dans le cartoon de 1933, L'Arche du
Père Noé, issu de la série des
Silly symphonies. Toujours à l'affut de nouveautés dans le divertissement,
il se laisse donc convaincre, pour elle, par le réalisateur et animateur Bill
Justice qui expérimente alors une toute nouvelle technique : l'animation image par image. Il
utilise ainsi de petits objets qu'il place délicatement devant un arrière plan
neutre pour les photographier, patiemment, un par un et constituer une première
image. Il les déplace ensuite légèrement et les photographie de nouveau pour une
deuxième image. Et ainsi de suite... Le procédé en lui-même n'a rien de
révolutionnaire : sa mise en œuvre par Bill Justice l'est, en revanche,
totalement, tant il parvient, au cours de ses tests, à insuffler une fluidité
jamais obtenue auparavant. Le papa de Mickey, enthousiasmé par le résultat, ne
se fait pas prier pour commander à ce réalisateur de grand talent le
court-métrage L'Arche de Noé.

Né à Dayton dans l'Ohio, le 9 février 1914, Bill Justice grandit à
Indianapolis dans l'Indiana. Il intègre, en tant qu'animateur, les Walt Disney
Studios en 1937. Il est ainsi présent au générique de grands classiques comme
Fantasia,
Saludos Amigos,
Victory Through Air Power,
Les Trois Caballeros,
La Boîte à Musique,
Alice au Pays des Merveilles ou
Peter Pan. Il est également le père
spirituel et technique du magnifique personnage de Pan-Pan dans
Bambi et des légendaires Tic & Tac. A la fin des années 50 et aux début des années 60, il
réalise plusieurs courts-métrages expérimentaux The Truth About Mother Goose
(1957) , L'Arche de Noé (1959) ou
Symposium de Chants Populaires (1962) ; tous
nominés pour l'Oscar du Meilleur Court-Métrage. Au total, Bill Justice participe
à 57 cartoons et 19 long-métrages "live" ou animés. Dès 1965, Walt Disney lui
propose d'intégrer Walt Disney Imagineering et de mettre ses talents au service
de
Disneyland. Il programme, entre autres, les audio-animatronics d'attractions
emblématiques du parc à thèmes comme Pirates of the Caribbean ou The
Haunted Mansion. Il prend finalement sa retraite en 1979. La compagnie de
Mickey lui
fait l'honneur de le nommer Légende Disney en 1996.

Pour l'animation de L'Arche de Noé, Bill Justice commence par
réfléchir à l'aspect de ses personnages. L'inspiration lui vient, par hasard, quand il se
détend en jouant avec les objets se trouvant sur son bureau ; tout y passe,
agrafes, crayons, trombones et autres gommes... Il montre alors plusieurs
prototypes à Walt Disney pour lui démontrer la faisabilité de son projet. Ce
dernier donne son feu vert et confie à T. Hee le soin décrire le script ; l'animateur X. Atencio se chargeant
avec Bill Justice de faire le plein
de courses chez le grossiste du coin. Ils en reviennent avec un milliers
d'objets divers et variés et la ferme intention de construire avec eux les 150
personnages utiles au court-métrage.
L'ampleur du travail accompli se voit dans certaines scènes particulièrement
réussies, à l'exemple de celle où deux grues, une chèvre et un rhinocéros
montent la passerelle pour accéder à l'arche. De simples composants forment, en
effet un résultat final incroyable ! Les grues sont ainsi constituées par des
gommes, des morceaux de chenille, deux ou trois pailles et des crayons à papier
; la chèvre a, elle, un corps en bouchon de liège, des pattes en fil de fer, une
tête avec une noix de pécan et un cou issu d'un nettoyeur de pipe ; enfin, le
rhinocéros est, lui, composé essentiellement de morceaux de tableaux de liège
avec des tees de golf en guise de cornes. Les humains bénéficient d'encore plus
d'attentions, histoire de rendre leurs mouvements incontestablement crédibles,
donnant en particulier l'illusion de parler réellement.

Une fois les décors peints réalisés et les personnages montés, le tournage
commence. Les personnages sont donc placés sur une glace, tenus par gravité,
sous laquelle le décors est posé, le tout dans le but de donner de la profondeur
à l'ensemble. A chaque nouvelle photographie, les personnages sont légèrement
déplacés avec une pince à épiler ; l'illusion de mouvements est parfaite. Au
final, la mise sur bobine se révèle rapide : 30 secondes de films sont produites
par jour, soit 10 fois plus vite que l'animation sur papier.
Lors de sa sortie, L'Arche de Noé est très bien reçu par la Critique.
Bill Justice continue alors dans cette voie encore quelques temps. Il se charge
ainsi du générique de début de
La Fiancée de Papa, en 1961. La même
année, il supervise la scène de la marche de jouets dans
Babes in Toyland. Il réalise ensuite, en
1962, le court-métrage,
Symposium de Chants Populaires qui mélange
l'image par image à l'animation traditionnelle. Enfin, il signe la superbe
animation image par image de la scène de la chanson, Un Morceau de Sucre,
dans Mary
Poppins en 1964.

Magnifique court-métrage, L'Arche de Noé vaut essentiellement pour sa
technique ; son récit est en effet tout à fait conventionnel, sans imagination
aucune par rapport à l'histoire mythique.