Au début des années 80, le service merchandising de la Walt Disney Company
lance en Europe une ligne de produits estampillés "Sport Goofy" (Sport Dingo
pour la France) qui met en vedette Dingo dans un grand nombre de sports, et
notamment le plus populaire sur le vieux continent, le football. Loin de la
philosophie des "How to", Dingo est alors présenté comme un véritable expert,
capable de relever tous les défis.
En 1984, les succès aussi bien financiers qu'artistiques de Winnie l'Ourson et
Une Sacrée Journée pour Bourriquet et du
(Le) Noël de
Mickey donnent l'idée aux responsables des studios Disney de l'époque de
mettre en chantier un nouveau moyen-métrage mettant en vedette leurs stars
maisons. L'objectif à peine dissimulé est de créer une production à forte
capacité commerciale mais réalisée à bas coût. De nouveaux animateurs
fraichement débarqués de CalArts sont alors rapidement mobilisés. Tad Stones
jette les bases du scénario tandis que Darrell Van Citters s'occupe de la
réalisation. Leurs travails jugés peu convaincants les font bien vite déposséder
du projet. Le premier se reconvertit en qualité de scénariste sur la série
Les Gummi fruit de la division fraichement créée, Walt Disney Television Animation ; le
second quitte la firme de Mickey. Le projet de Footmania pour Dingo est à
ce stade purement et simplement abandonné. Quelques années plus tard, il est
relancé et confié au réalisateur Matthew O'Callaghan qui bénéficie alors de
l'aide en qualité de consultant de Ward Kimball. De nombreuses scènes sont
modifiées et redoublées. Pour autant, le résultat pèche toujours. Au final, la
qualité est jugée incompatible avec le cinéma, le moyen-métrage étant ainsi
rétrogradé pour le média télévision. Il est pour cela adossé à d'autres vieux
cartoons reprenant le thème du sport et forme une compilation intitulée An
All New Adventure of Disney's Sport Goofy; Featuring Sport Goofy in Soccermania.

D'un point de vue artistique, Footmania pour Dingo affiche un visuel
reprenant le style de Carl Barks. Balthazar Picsou signe ainsi avec lui son
troisième court-métrage après Picsou financier en 1967 et Le Noël de Mickey
en 1983 tandis que deux autres créations de l'auteur légendaire de BD Disney
font leurs premières apparitions en animation : les frères-voleurs Rapetou
(créés en 1951) et l'inventeur Géo Trouvetou (apparu en 1952) ; sont présents
également avec leurs traits sur papier les trois neveux Riri, Fifi et Loulou.
Dingo assume pour sa part un rôle bien mal taillé pour lui. Dépourvu de sa
maladresse légendaire, presque trop sérieux, il perd énormément en capital
sympathie. Le moyen métrage contient enfin un clin d'œil amusant à
L'apprentie sorcière dont il
"embauche" les joueurs de foot.

Footmania pour Dingo peut être aujourd'hui considéré comme une simili
transition entre Le Noël de Mickey
et
La bande à Picsou. La qualité de son
animation est certes un peu meilleure de celle de la série télé mais reste en
deçà des standards de Disney. Certaines scènes frisent d'ailleurs le mauvais
goût à l'exemple de la séquence où Picsou serre les dents ! Le changement de
personnalité de Dingo est à l'avenant et constitue une erreur artistique
manifeste.
Footmania pour Dingo reste cependant divertissant et constitue une
introduction habile à l'univers de
La bande à Picsou. Le personnage du
milliardaire, charismatique à souhait, et l'ambiance de Donaldville,
incomparable, font de cette production une demi-réussite expliquant sans doute
sa résistance à ne pas sombrer dans l'oubli.