La Petite Fille aux Allumettes est assurément le court-métrage le plus
touchant et le plus poignant jamais produit par les studios Disney.

Après la sortie de Fantasia 2000,
Roy Disney reprend le rêve de son oncle Walt et projette, lui aussi, de
continuer l'aventure de la "Grande Musique Animée". Un nouveau long-métrage est
ainsi envisagé sous le titre provisoire de Fantasia 2006, avec pour nom
de code Fantasia 3. Il présente la particularité, par rapport à ses
illustres prédécesseurs, de consacrer, non pas des morceaux entiers de musique
classique, mais plutôt la diversité des musiques du monde. Plusieurs parties
sont ainsi déjà bien avancées quand les échecs successifs des films d'animation
2D plombent le projet, finalement abandonné. Certains de ses courts-métrages
menés à terme, sont, néanmoins, présentés au public, séparément, dans des
circuits plus ou moins nobles. Destino, Lorenzo,
Un par Un et La Petite Fille aux Allumettes
sont, il est vrai, à l'affiche de quelques festivals confidentiels ou rattachés
à des œuvres sans prétention, dont certaines se limitent même à une simple
sortie en vidéo. Ces opus sont à l'évidence bien mal exposés au regard de leurs
grandes qualités intrinsèques.

Avec La Petite Fille aux Allumettes, les studios Disney renouent avec
leur habitude d'adaptation d'un conte classique. Ils choisissent ici l'œuvre de
Hans Christian Andersen (1805 - 1875). L'auteur ne leur est, en fait, pas
totalement inconnu. Ils ont, en effet, déjà revisité un de ses écrits, dès 1931,
en noir et blanc, avec Le Vilain Petit Canard, un cartoon dont ils feront
d'ailleurs un remake en couleur en 1939. Il emprunte également à l'auteur le
thème de La
Petite Sirène en 1989 et du (Le) Petit Soldat de Plomb pour une
séquence de
Fantasia 2000.
Danois, né en 1805 et issu d'un milieu misérable, Hans Christian Andersen perd
son papa encore enfant. Il quitte alors très vite le giron familial et se met à
travailler dès l'âge de 14 ans. Il exerce ainsi plusieurs métiers, notamment
dans le domaine artistique. S'il reste désargenté, une rencontre va pourtant
changer sa vie. Il fait, en effet, la connaissance du Directeur du Théâtre Royal
de Copenhague qui le prend vite sous son aile et finance, plus tard, ses études.
Baccalauréat en poche, Hans Christian Andersen se met à publier. Son tout
premier livre, Promenade du Canal de Holmen à la Pointe Orientale d'Amagre,
ne rencontre d'ailleurs qu'un succès tout relatif. Il visite alors différents
pays, notamment la France et l'Italie, dont les paysages lui serviront de décors
pour certains de ses textes ultérieurs. De retour au Danemark, il publie Contes
pour Enfants. Le succès est cette fois-ci immédiat. Toujours entre deux voyages,
il écrit par la suite d'autres volumes de ses récits enfantins, mais aussi des
poèmes, pièces de théâtre et romans. Destinés en premier lieu aux enfants, les
contes d'Andersen s'adressent en réalité à un plus large public, tant ils
bénéficient par leurs poésies, leurs morales et leurs thèmes, de différents
niveaux de lecture.
La Petite Fille aux Allumettes (Den Lille Pige Med Svovlstikkerne
en danois) est publié la première fois le 18 novembre 1845 dans le cinquième
volume de ses Contes (Nye Eventyr). Pour Disney, c'est le
producteur Don Hahn qui propose à Roger Allers, l'un des papa du
Roi Lion, l'idée de l'adapter en
court-métrage. Décidés à en proposer une version en pantomime, ils envisagent un
temps d'utiliser Clair de Lune de Debussy pour
finalement retenir Quatuor pour Cordes No. 2 en Ré Majeur (3ème
Mouvement) d'Alexandre Borodine.

Prévu à l'origine pour intégrer Fantasia 2006, son histoire vise ainsi
à offrir au long-métrage une séquence au ton international. Le conte subit pour
cela quelques changements. La première, de taille, voit son action quitter le
Danemark pour être déplacée dans la Russie des Tsars. Les auteurs estiment, en
effet, que ce pays symbolise mieux que tout autre la notion de froid et de
neige. L'époque des Tsars apporte, quant à elle, un fort dépaysement tout en
renforçant le contraste entre l'extrême pauvreté de la jeune fille et l'opulence
du monde qui l'entoure. Autre modification importante, la famille de l'héroïne
est passée sous silence, aussi bien par faute de temps que par manque d'intérêt
scénaristique. Le spectateur pense ainsi naturellement avoir affaire à une
petite fille orpheline qui tente de survivre en vendant des allumettes alors
même que le conte enseigne qu'elle n'ose pas rentrer chez elle sans avoir
réalisé de ventes de peur d'être rossée par son père... La fin est en revanche
conforme à celle imaginée par Hans Christian Andersen : tragique et touchante.
En sept minutes, La Petite Fille aux Allumettes bouleverse ainsi son
auditoire. Tout appelle l'émotion : le récit bien sûr, mais également la musique
et l'animation. Cette dernière, assise sur une superbe palette de couleurs,
fait, il est vrai, des merveilles tant elle est fine et remarquable. Le
spectateur averti est d'autant plus sensible à sa qualité que le court-métrage
est, à l'époque, censé être la toute dernière production 2D des Walt Disney
Animation Studios ; l'avenir étant fort heureusement plus heureux avec la
sortie de La Princesse et la
Grenouille, en 2009.
La Petite Fille aux Allumettes est un court-métrage qui frappe au cœur
: difficile de ne pas être submergé par autant de beautés et d'émotions !