C'est incroyable comme le vent peut vite tourner dans le petit monde du
cinéma ! Avant la sortie de Raiponce,
les Walt Disney Animation Studios vivaient, en effet, des temps troublés.
Même si leurs derniers projets (Volt, Star Malgré Lui
et
La Princesse et la Grenouille)
avait été salués par la Critique, le succès public n'avait, lui, pas forcement
été au rendez-vous. Seul le moyen-métrage, produit pour la télévision,
Lutins d'Élite : Mission Noël avait, il est vrai,
véritablement brillé par d’excellentes audiences. Tout le monde ne semblait
ainsi ne plus jurer que par Pixar : le public, les critiques et... même les
responsables de la Walt Disney Company ! Ed Catmull va ainsi, deux jours avant
la sortie du film, jusqu’à déclarer que Raiponce
serait le dernier conte de fée Disney avant très longtemps car il estimait que
le public s'était lassé du genre. Devant l’ampleur de la polémique suscitée
aussi bien par la teneur de ses propos que par le timing de leur prononciation
(« On aurait voulu tuer commercialement Raiponce
qu’on ne s’y serait pas pris autrement ! »), le responsable des départements
animations de Disney et Pixar publie vite un démenti, dont la conviction, là
aussi, est sujette à caution... La Direction de Burbank ne croit visiblement pas
au succès de Raiponce et se prépare
donc à l'échec du film ! Sauf que... Le public en décide autrement avec plus de
200 millions de dollars récoltés sur le territoire américain et près de 600 au
niveau mondial. Contre toute attente, Raiponce
parvient à rembourser son budget pharaonique de 260 millions de dollars.
Pourtant, avec le recul, son succès va bien au-delà du seul tiroir-caisse de la
Walt Disney Company. Il a apporté un changement de mentalité dans toute la
chaine de décision du département Animation de Mickey. Déjà, il a fait revenir
dans la cour des grands les Walt Disney Animation Studios qui étaient au
creux de la vague depuis dix ans, éclipsés qu'ils étaient par les succès de
Dreamworks et de Pixar. Ensuite, il les a remis, en interne, sur un
pied d'égalité avec ceux de Luxo Jr
dont
Cars 2 a terni durablement l'image auprès des critiques et des financiers,
(le dernier Pixar ayant rapporté moins que Raiponce
!). Enfin, il a prouvé aux dirigeants de Disney que le public ne s’est pas lassé
des contes de fées dès lors que lui sont proposés des films de qualité, ancrés,
à l'écriture moderne. Raiponce a
ainsi débloqué la production d’un projet resté en gestation durant de nombreuses
années : Frozen, une adaptation s'inspirant plus ou moins de La Reine
des Neiges, prévue pour 2013.

Surfant sur le succès de son film de référence, Le Mariage de Raiponce
réunit donc, dans une situation et un format - le court-métrage – inédits, tous
les personnages de Raiponce ;
Disney reprenant là un procédé cher à son petit frère Pixar. Depuis
Montres & Compagnie, le studio
à la lampe de bureau a, en effet, pris l'habitude de proposer, en bonus de
l'édition vidéo de ses films, une histoire courte mettant en scène tout le
casting précédent. Cette politique a plusieurs avantages. Elle ravit, d'abord,
les fans, en leur offrant des sessions supplémentaires avec leurs personnages
favoris, le plus souvent dans des séquences finalement non retenues dans le
long-métrage initial. Ensuite, elle permet à de jeunes artistes de se faire la
main sur des projets moins exposés qu'un film de cinéma (bien que, dans le cas
présent, il convient de préciser que Le Mariage de Raiponce a été confié aux
réalisateurs du long-métrage.) Enfin, elle propose, sans vraiment l'avouer, des
suites (certes au format ultra-court) dont la réalisation est moins onéreuse car
effectuée dans le sillage immédiat de celle de l'œuvre principale. Les outils de
production sont, de la sorte, à disposition, la mémoire sur les personnages,
totalement fraiche et le financement suffisant puisque pris sur le budget
principal. La qualité ne souffre donc pas de difficulté tandis que la suite est
appréhendée comme un exercice artistique plutôt qu'une recherche de profit
facile.
Sur le registre des suites, et contrairement à Pixar, Disney, jusqu'à Volt, Star Malgré Lui,
avait, lui, choisi une autre voie : la séquelle en long-métrage sortant
directement en vidéo. Bien plus lucrative qu'un simple court-métrage, elle
présentait toutefois l'énorme inconvénient d'être perfectible qualitativement et
d'entacher ainsi durablement la perception que le public se faisait de la
signature du grand Walt. Le rachat de Pixar par la Walt Disney Company a
fort heureusement changé la donne : l'arrivée de John Lasseter
à la tête de sa division Animation mettant un terme définitif à cette pratique
honteuse et suicidaire sur le long terme...

Le Mariage de Raiponce n’a toutefois pas été envisagé au moment de sa
production pour une sortie cinéma : dans un premier temps, il devait, en effet,
être proposé pour une diffusion à la télévision, en exclusivité sur Disney
Channel. Mais le succès du (Le) Roi Lion
lors de sa ressortie en 3-D sur les écrans américains a changé indirectement la
donne. Engrangeant près de 90 millions de dollars, Simba a montré, de la plus
efficace des façons, que la ressortie de classique Disney en 3-D est à
l’évidence rentable. Dès lors, aucun atermoiement n'est à déploré sur le
sujet chez Disney qui en programme ainsi quatre sur deux ans : le premier étant La Belle et la Bête
dont la reconversion est déjà prête et qui ressort sur les écrans américains, le
13 janvier 2012. Le studio de Mickey a dans la foulée la bonne idée de profiter
de l'occasion pour proposer Le Mariage de Raiponce, au cinéma et en 3-D. Que
rêver de mieux comme exposition ? Surtout que, même si le succès n'est pas au
niveau du (Le) Roi Lion, les
résultats de
La Belle et la Bête en 3-D sont
plutôt encourageants pour un long-métrage déjà disponible en Blu-Ray 3-D depuis
quelques mois. Quant à la France, il se murmure que Le Mariage de Raiponce
pourrait être proposé avec la ressortie du (Le) Roi Lion
dans les salles à partir du 11 avril 2012.

Le Mariage de Raiponce est un excellent cartoon. Tous les personnages
adorables et adorés de Raiponce
sont de la partie avec un recentrage particulier sur deux d’entre-eux, Maximus
et Pascal, spécialement mis à la fête. Une idée qui se révèle excellente : ce
que les spectateurs ont ressenti lors du visionnage du long-métrage se confirme
ainsi dans le court ! Ces personnages de pantomime se prêtent, en effet, à
merveille au comique de situation qui leur est spécifiquement préparé. Le
cartoon offre, de la sorte, une succession de rire et de fou-rire durant les six
minutes qui le forment. Les situations sont cocasses, les rebondissements
foisonnants, les mimiques sublimes. Les deux acolytes sont utilisés au mieux
dans chacune de leurs caractéristiques : Pascal avec ses aptitudes à changer de
couleur ou happer tout ce qu’il veut avec sa langue et Maximus avec son
entrainement militaire qui l'appele à chercher à rester digne en toutes
circonstances ! Face à eux, Raiponce et Eugène dont le mariage est célébré ici
sont clairement en retrait même si l’ex-bandit de grand chemin réussit, au gré
de mimiques toujours bien placés, à rayonner tout en charme ; la princesse étant
elle plus dans une posture de « plante verte ». Sa mère semble, quant à elle,
victime d’une digression abusive par rapport au long-métrage, en ce sens qu’elle
oublie sa retenue de Reine et hurle à l’idée de perte de l’alliance de sa fille,
bague de sa grand-mère. Mais c’est sans compter sur la finesse des réalisateurs
qui se sont visiblement amusés à commettre une forfaiture d'apparat puisque,
s’agissant d’une rêverie de Maximus, l’écart de conduite en question ne s’est en
fait jamais produit !

Drôle, créatif, respectueux de son long-métrage de référence, Le Mariage de Raiponce est un petit bijou qui confirme, s’il en était encore besoin,
l’incroyable potentiel des personnages de Raiponce,
tout comme la grande forme retrouvée des Walt Disney Animation Studios !