Le rachat des studios Pixar par la Walt Disney Company a eu pour heureuse
conséquence, outre la sécurisation en interne du savoir-faire dans la
production 3D, l'arrivée de John Lasseter en qualité, entre autres, de
directeur de la division animation du nouvel ensemble. Ses toutes premières
décisions ne se sont pas faites attendre et marquent déjà de son empreinte
le devenir des studios de Mickey. Elles peuvent se résumer en une courte
maxime : revenir aux fondamentaux de Walt Disney. Il initie, ainsi, dans la
droite ligne de sa nouvelle politique, le retour à une production assumée de
courts-métrages et sort aussi de sa disgrâce l'animation 2D, abandonnée par
l'ancienne direction de la Walt Disney Company depuis
La ferme se
rebelle. Dans les années de fin de règne de Michael
Eisner, les studios Disney ont certes réalisé quelques courts-métrages, tels
Lorenzo ou Destino, mais presque contre leur
volonté. Les buts recherchés sont, en effet, dépourvus de vision ou
d'anticipation. Il s'agit, là, de céder à un "caprice" artistique de Roy
Disney, plus d'ailleurs dans l'idée de s'en faire un allié politique au sein
du Conseil d'Administration de la firme que de porter haut, l'ambition du
genre "court-métrage", et ici, d'utiliser le matière prévue à l'origine pour
un film d'animation, tels les extraits du mort-né, Fantasia 2006.
Sous la direction de John Lasseter, l'objectif devient aussi sain que clair.
Il s'agit désormais de permettre à de nouveaux réalisateurs de se faire la
main, mais également à des animateurs maisons de s'entrainer entre deux
productions de longs-métrages. Les retombées commerciales ne sont pas
recherchées à courts termes, mais sont plutôt envisagées sur plusieurs
années (une bonne décennie), histoire de redorer le blason du label 2D de
Disney.

Comment brancher son home cinéma est donc l'un des premiers
fruits de la vision de John Lasseter au sein de la firme de Mickey : il y
fait revivre deux pans historiques de la culture Disney (le court-métrage et
l'animation 2D) en les plongeant dans une succulente modernité !
Deux nouveaux réalisateurs (Kevin Deters et Stevie Wermers) aidés dans leur
ouvrage par plusieurs vétérans de l'animation 2D (Eric Goldberg, Mark Henn
ou Andreas Deja) signent donc ce nouveau cartoon de la carrière de Dingo.
Tous les fondamentaux reviennent pour l'occasion, à commencer par un
personnage historique de la Walt Disney Company, absent dans un court
métrage solo sorti au cinéma depuis Goofy's Freeway Trouble en
1965 ! Bien-sur Dingo est réapparu dans les salles obscures entre-temps,
dans les cartoons,
Le Noël de Mickey en 1983 et Le prince et le pauvre en 1990 mais aussi dans le long-métrage Dingo et
Max en 1995. Il est également présent dans le cartoon
prévu un temps pour le cinéma mais finalement diffusé à la télévision,
Fou de Foot ainsi que dans deux courts-métrages, extraits de la
série Mickey Mania et diffusés exceptionnellement au cinéma en
1998 : Goofy’s Extreme Sports : Paracycling et Goofy’s
Extreme Sports : Skating the Half Pipe. Ces deux derniers, n'ayant
pas été produits par Walt Disney Feature Animations mais par la division
télévision, ne font toutefois pas partie de la série de cartoons officiels
de la star gaffeuse.
Comment brancher son home cinéma ne se contente pas de
remettre Dingo sur le devant de la scène, il le replace, en effet, dans une
posture où il excelle. L'ingénu soucieux d'apprendre ou simplement de "bien
faire" est de retour et avec lui, les ressorts comiques des "How to..." ! Si
le ton reprend strictement celui pris dans les années 50, le sujet retenu
est, lui, typique des années 2000 et de l'avènement de la technologie
numérique. La problématique reste toutefois la même : il est toujours
question aujourd'hui de vérifier si le progrès technique tient sa promesse
fondamentale d'amélioration de la vie quotidienne. Dingo s'ouvre donc au
monde moderne. Les clins d'œil à sa vie passée sont d'ailleurs légion et
fort sympathiques. Le stade au début du cartoon est le même que celui dans How to Play Football. L'aspect extérieur de la maison de Dingo
reprend celui observé dans Motor Mania. Des personnages de
Hockey Homicide ou de How to Ride a Horse sont de
la partie, sans oublier des gestes et postures légendaires, extraits de
How to Play Golf. Les réalisateurs s'amusent visiblement à
truffer le cout-métrage d'allusions plus ou moins appuyées à l'histoire de
leur studio : des plans contiennent ainsi une photo noir et blanc de Walt
Disney lui-même, une petite statut à l'effigie de John Lasseter, une montre
"Mickey" et même un bocal aquarium accueillant, Cléo, le poisson de
Pinocchio !
Au delà de ses caméos, Comment brancher son home cinéma est
diablement moderne, drôle et efficace. Il parvient à merveille à capter et
retranscrire un problème foncièrement actuel. La frustration du consommateur
lambda explose littéralement à l'écran. Le simple fait de vouloir brancher
un home cinéma prend des airs de parcours du combattant dont les péripéties
font mouche dans l'inconscient collectif. De l'envie d'acquérir un ensemble
vidéo dernier cri, au passage dans le grand magasin spécialisé, à la
livraison épique sans oublier le grand déballage et la fameuse installation,
tout passe à la moulinette de l'humour, à grands coups de promesses jamais
tenues, à commencer par les ouvertures faciles et autres artifices
publicitaires. En sept minutes, tous les travers de la société de
consommation à l'ère du numérique sont délicieusement décortiqués. Le rire
est omniprésent et laisse finalement le spectateur pantois : visiblement, le
consommateur américain vit les mêmes choses que son alter-égo européen, et
français en particulier.
Comment brancher son home cinéma est une pépite. Il célèbre
dignement le retour des cartoons Disney : impeccables dans le fond et la
forme. Tout simplement brillant !
A noter :
Comment brancher son home cinéma a été diffusé, aux USA, en
première partie, de
Benjamin Gates et le livre des secrets.
En France, il fut attaché à
Maxi Papa. En revanche, si Disney
USA a bien communiqué sur le retour de ses courts-métrages, Disney France a
jugé, elle, cette nouveauté quantité négligeable, prenant le choix de ne
même pas la montrer à la presse. Une position incompréhensible et
désespérante !