Passionné
de flore et de faune, Walt Disney peut être considéré comme le pionner du
documentaire animalier. Dès 1948, il met, en effet, en chantier la
collection des True Life Adventures dont les courts et longs-métrages
seront multi-oscarisés. Cette série, inaugurée avec le mini-documentaire,
L'île aux
phoques, constitue d'ailleurs la première véritable incursion
de la Compagnie de Mickey dans la production de films "live". Elle comporte
un total de sept courts-métrages avant de s'ouvrir, en 1953, avec
Le désert vivant,
au format des longs-métrages qui devient, à partir de cette date, la norme
de production des True Life Adventures. Pour autant, Walt Disney
n'entend pas abandonner le genre des courts-métrages documentaires. Il crée,
en effet, dans la foulée, une nouvelle collection entièrement dédiée à ce
format qu'il baptise People and Places. Cette série s'axe
essentiellement sur les us et coutumes des populations à travers le monde.
Elle comprend 17 épisodes produits entre 1953 et 1960. Trois,
The Alaskan Eskimo
en 1953, Men Against the
Arctic en 1955 et The Amas
Girls en 1958, sont oscarisés.

Avec les True Life Adventures, People and
Places est indéniablement l'autre collection de documentaires à succès
initiée par Walt Disney. Pour se faire, il reprend d'ailleurs les mêmes
recettes de production. Si le thème n'est désormais plus la faune et la
flore mais bien les us et les coutumes de nations à travers le monde,
People and Places bénéficie, en effet, des mêmes photographes que la
série précédente auxquels est demandée une démarche identique à celle
menée pour observer la nature. Walt Disney proclame ainsi : "Dans nos films,
nous rendons visite à des contrées reculées. Nous y trouvons des peuples
avec des coutumes ancestrales. Chaque lieu a un trésor riche de traditions.
Chaque pays a des pans d'histoires qui ont rythmé la vie des gens". Le papa
de Mickey est, en fait, déjà conscient, en 1950, que le progrès technique
est en train de révolutionner profondément la vie des hommes. Il est donc,
pour lui, urgent d'immortaliser, à travers le monde entier, les plus
anciennes coutumes humaines. Sans interventionnisme aucun. Dans le plus
strict respect de la réalité. Dix-sept courts-métrages voient ainsi le jour de
1953 à 1960. Nombreux sont filmés en cinémascope afin de retranscrire au
mieux la beauté et la grandeurs des lieux et traditions rencontrés. La
collection People and Places est, à n'en pas douter, l'inspiratrice
secrète du World Show Case d'E.P.C.O.T.,
une exposition universelle permanente où des pavillons présentent les sites,
coutumes et cuisines de onze pays.

Disneyland U.S.A.
est assurément le titre de la collection qui fait le plus débat aujourd'hui
quant à sa légitimité à s'y trouver. Il est, en effet, perçu comme un film
promotionnel, sans valeur culturelle et encore moins ethnologique. Sa durée
exceptionnelle (il affiche 42 minutes là où les autres épisodes de la série
plafonnent à une demi-heure) marque un peu plus son statut particulier. Si
avec le recul, Disneyland U.S.A. est clairement un film
publicitaire, à l'époque de sa sortie, ce caractère est, en revanche,
nettement moins évident aujourd'hui. Redoutable entrepreneur, Walt Disney n'a pas, il
est vrai, attendu la collection des People and Places pour faire
l'autopromotion de son parc à thèmes. Depuis 1954, il présente, en effet,
chaque semaine à la télévision une émission habilement intitulée
Disneyland
et organisée autour de son "royaume magique". Avec Disneyland U.S.A.,
il se contente, en réalité, d'aborder le sujet au cinéma en proposant le
court-métrage en première partie du film "live",
Sur la Piste de
l'Orégon. Dans son esprit, il est même tout à fait
conforme au thème de la collection puisqu'il est censé faire voyager les
spectateurs vers un endroit (c'était vrai alors !) unique au monde. Pour
appuyer l'effet de surprise et offrir des images aussi impressionnantes
qu'immersives, Walt Disney décide d'ailleurs d'utiliser le format
cinémascope, procédé balbutiant chez son studio. Pour s'assurer les faveurs
du public, il confie, enfin, la narration à Winston Hibler, voix très connue
pour ses récits dans les True Life Adventures.

Disneyland U.S.A. présente aujourd'hui un intérêt historique
indéniable quant au projet de parcs à thème Disney. Les spectateurs
redécouvrent, en effet, ébahis ce qui constituait à l'époque, une visite
inédite pour le public. Les vues, remontant à plus de cinquante ans,
sont, ainsi, autant de véritables pépites tant elles sont une capture d'un
temps révolu, un arrêt sur image du parc originel, affichant alors un an seulement
d'existence. Tout le film respire l'état d'esprit initial de Walt Disney
pour un projet qu'il considère "vivant", annonçant déjà son cycle de vie. Car
la force de Disneyland réside dans sa capacité à être remanié, adapté à
l'époque. Cinquante après, le constat est effarant : le parc a profondément
évolué. Le site bénéficie désormais de huit lands, là où il n'en proposait à
l'ouverture que cinq. Nombreuses de ses attractions ont, en outre, été
changées avec, comme élément constant, une volonté évidente de
sophistication dans l'amusement. Frontierland est sans aucun doute le coin
du parc qui témoigne le mieux de cette ambition. Oubliés, en effet,
aujourd'hui le simple trajet en diligence ou la ballade à dos de (vrais)
mulets ! Seul le bateau à aube perdure encore, tout comme Jungle Cruise, qui,
basée sur les True Life Adventures, trône en vestige des premières
attractions immersives, véritable marque de fabrique des parcs Disney. Si
cette dernière a fait, il est vrai, en son temps, sensation, elle revêt
aujourd'hui un charme désuet, symbole d'une technologie irrémédiablement
dépassée. Tomorowland, se voulant le monde du futur, a bien sûr connu sa
révolution. La vision de l'avenir dans les années cinquante n'a, en effet,
plus grand chose à voir avec celle d'aujourd'hui. Le constat est amer tant
l'homme a perdu visiblement en optimisme ! Fantasyland bouge, pour sa part,
peu et conserve la majorité de ses attractions qui voient néanmoins leurs
façades s'étoffer progressivement. En outre, en y regardant de plus prés, si
les manèges du land sont identiques, le public lui s'est considérablement
rajeuni. L'entrée des enfants dans l'adolescence est dans les années 2000
bien plus précoce. Enfin, Main Street U.S.A. reste, lui, immuable dans le
temps...

Disneyland U.S.A. est un
court-métrage extraordinaire. Un véritable voyage dans le temps à une époque
où la naïveté bienveillante semble présente. Le parc Disneyland a certes
bien changé mais conserve aujourd'hui le même but, celui de divertir et
dépayser ses visiteurs.