A Nouveau Projet, Nouveau Capitaine

L'article

Publié le 01 juillet 2006

Depuis sa création, la Walt Disney Company a toujours alterné périodes fastes, où tout semble lui réussir, et grosses turbulences, où la question même de sa survie est posée. Le grand Walt n’a d’ailleurs pas échappé à cette vie mouvementée puisqu’il a dû, en personne, faire face à de graves crises aussi bien financières que sociales ou artistiques (parfois les trois à la fois !).

Depuis 20 ans, la firme de Mickey a ainsi vécu une véritable révolution industrielle et culturelle. Sous l’impulsion de Michael Eisner, la petite compagnie au château enchanté, mais poussiéreux, s’est, en effet, muée en un groupe puissant de loisirs et médias, dont le périmètre d’activité n’a eu de cesse de croître. L’ambition affichée était d’atteindre et de dépasser la taille critique pour se mettre à l’abri de n’importe quel acteur du marché. Mieux, Disney devenait un féroce prédateur à l’appétit jamais rassasié. Tout y est ainsi passé ! Le marché de l’animation, cœur de métier de la compagnie, a été, après quelques atermoiements, choyé pour maintenir les productions Disney au firmament, en nouant, notamment, un accord habile pour la 3D à une époque où personne n’y croyait vraiment. La branche « cinéma » s’est ouverte, quant à elle, à d’autres labels bien éloignés de la cible originelle visée par la signature « Walt Disney ». Les médias – à commencer par la télévision – ont, pour leurs parts, subi les assauts de Mickey et ses amis prompts à absorber bon nombre de chaînes puissantes et emblématiques (ABC, ESPN...). Les parcs à thèmes, enfin, ont été dupliqués à travers le monde sur des marchés développés (Europe, Japon) comme émergents (Chine).


Michael Eisner

Devenue un véritable empire, la Walt Disney Company semble alors mise à l’abri des soubresauts et instabilités dont elle s’était faite une spécialité depuis sa création. En réalité, le développement à marche forcée imposé –souvent avec inspiration– à la belle endormie par Michael Eisner cachait des ratés et bombes à retardement potentiellement mortels. La joint-venture avec Pixar a ainsi dépossédé Mickey de sa suprématie dans le monde de l’animation, la « lampe de bureau » faisant de l’ombre au « château enchanté ». Pendant ce temps, le label cinéma Walt Disney est moribond, tout entier délaissé au profit de ses petits frères (Touchstone, Hollywood Pictures, Miramax...). Les chaînes pilotées par la compagnie aux grandes oreilles, ABC notamment, enregistrent, quant à elles, contre-performances sur contre-performances en matière d’audiences et sont boudées par le public. Les parcs à thème, enfin, souffrent d’un manque de moyens et d’attentions évident : le resort parisien, plombé par un deuxième parc indigne de sa marque, n’en finit pas avec les pertes, Animal Kingdom et Disney California déçoivent les analystes tandis que le parc chinois est à la peine.


Roy E.Disney

La Walt Disney Company semble alors souffrir du syndrome de « la grenouille qui a mangé le bœuf ». La digestion des achats et développements à outrance s’annonce délicate ! Roy E. Disney entre dans la danse et dénonce les errances de gestion. Michael Eisner s’entête. Il est finalement débarqué, sans gloire. Histoire de le ménager tout de même, Bob Iger, son bras droit et parfait contraire (tant il est peu charismatique), lui succède. La solution apparaît alors transitoire, juste le temps de trouver le chevalier blanc de la firme de Mickey.

Et l’exceptionnel se produit ! L’homme de l’ombre, affable et discret, se révèle fin négociateur et tout empli de l’esprit même de Walt Disney. Pixar est ainsi absorbé et John Lasseter appelé à la rescousse de la division animation toute entière. Le label cinéma Walt Disney est relancé et reprend sa suprématie sur ses petits frères, Touchstone en tête. Bob Iger ménage même son image auprès des fans disneyens au point de faire racheter les droits du lapin Oswald dont Walt Disney avait été abusivement dépossédé dans les années 30, juste avant de créer Mickey. Angélique, le nouveau président de Disney ? Pas vraiment, il n’hésite pas à trancher dans les effectifs et à assainir les comptes en imposant ici et là des économies budgétaires impressionnantes.


Bob Iger

Bob Iger pose en fait actuellement les bases d’une nouvelle Walt Disney Company : un empire solide dans chacun de ses domaines d’activité et digne de la signature de son créateur. L’avenir nous dira si cette conception est pérenne...