Dossier » Vie de Fans » Éditos
Vie de Fans » Éditos

La Condition du Fan Français

L'article

Publié le 01 octobre 2006

La condition de fan français de Disney n’est pas un long fleuve tranquille. Elle s’apparente, le plus souvent même, à un véritable parcours du combattant, caractérisé par les affres habituelles rencontrées par tout passionné qui se respecte, mais aussi par une particularité propre à l’image même de Disney dans l’hexagone.

La galaxie et les activités de la firme de Mickey sont d’abord tellement vastes que le passionné des œuvres inspirées du grand Walt se trouve à l’évidence noyé sous un flot incessant de produits, productions et activités en tout genre. La communauté des fans de Disney s’apparente ainsi à une mosaïque d’individus attirés, ici, par les films d’animation ou d’acteurs réels, là, par les réseaux de télévision, plus loin, par les resorts du monde entier sans oublier les adeptes inconditionnels des chansons ou des spectacles musicaux, qu’ils soient sur glace ou en théâtre, ni négliger les amateurs de peluches, pin’s, figurines et tous autres produits de merchandising habilement développés par la Walt Disney Company. Il y en a même pour collectionner les cartes postales des seuls parcs d’attractions ou – le plus effrayant - pour cumuler plusieurs facettes !

Autant de catégories pour développer une passion autour de Disney sont autant de tentations pour assouvir ses envies. Le prix à payer est d’ailleurs à la hauteur de l’incroyable santé financière de la Compagnie aux Grandes Oreilles et aux caisses bien remplies. Redoutable machine à créer… de la richesse, la firme de Mickey ne laisse aucun répit à ses fans. Il ne se passe pas ainsi une journée sans qu’une de ses activités ne propose une nouveauté, aussitôt objet de convoitise des fans. Quand ce n’est pas un film qui sort sur grand écran, c’est un DVD qui crée l’évènement ou une nouvelle saison dans un resort qui en profite, au passage, pour vanter la dernière attraction de son frère jumeau, situé pourtant à des milliers de kilomètres de son périmètre. La synergie est totale chez Disney et toute la compagnie s’efforce de conserver son ascendant sur le public français – l’un de ses marchés les plus juteux - sans se soucier du poids financier qu’elle fait peser sur les épaules des malheureux fans tricolores prisonniers de leur passion et avides de tout posséder. Elle n’est d’ailleurs en l’espèce ni coupable, ni blâmable tant elle se contente simplement de faire son job et de le faire bien.

D’ailleurs, à y regarder de plus prés, ce ne sont ni les innombrables opportunités de développer leur passion, ni les sommes folles dépensées en produits et services en tout genre qui pèsent le plus sur la vie des inconditionnels de Disney en France.
Le passionné de Mickey et ses amis souffre, dans l’hexagone, infiniment plus du regard des autres qui, à l’évidence, ne comprennent pas comment il est possible de vouer un culte à une signature jugée infantilisante. Le pays de Molière et de la culture reine ne pardonne pas à ses ouailles une infidélité à ses valeurs. Le fan de Disney doit faire face au mieux à l’incompréhension de ses proches, au pire, aux railleries de son entourage et de son environnement culturel. Le fossé se creuse d’ailleurs plus il est âgé. Passe encore qu’un gamin se passionne pour Mickey et compagnie, mais un adulte, tout de même !? Et le combat est alors rude.
Disney présente, en effet, en France le paradoxe d’être tout à la fois, nationalement connue et incroyablement méconnue. La firme se voit réduite à une machine à infantiliser tout ce qu’elle touche, sans inspiration aucune. Toujours commerciale, jamais culturelle ! Abêtissant les foules et polissant l’individu. Décriée par une presse unanime, la philosophie à la base de la magie Disney est toute entière conspuée, accusée d’entretenir le mythe de la bonté et de l’humanité.
La vision de la société qu’offre par exemple Disneyland Paris est jugée éminemment dangereuse en France tant elle s’apparente à un paradis artificiel, situé à des années lumières de la réalité vécue quotidiennement. Il lui est bien sûr préféré celle du Parc Astérix, saluée pour reprendre les valeurs gauloises et rabelaisiennes, censées caractériser la population française.

Le fan de Disney est lui maintenu dans le faux : c’est certain ! Il doit en sortir au plus vite. Dès lors, il n’est pas de question de lui accorder le bénéfice du doute. Sa passion est honteuse et destructrice. La pensée culturelle unique l’a décidé ainsi. D’ailleurs, quand il s’agit de rendre hommage au génie créatif de Walt Disney lui-même dans un haut lieu français de la culture –le Grand Palais- : l’intelligentsia tricolore hurle à l’infamie. Comment, se demande Libération par exemple, a-t-on pu penser un instant considérer Disney comme appartenant à la Culture. Sa place est dans les magasins pas les musées clame le quotidien habitué aux prises de position « boboïsées » à souhait. Et pourtant ! La seule visite de l’exposition permet de prendre conscience de l’infinie subtilité de l’œuvre du papa de Mickey. Pour la première fois, la République offre par le biais de ses Musées Nationaux, une reconnaissance salutaire à l’œuvre disneyenne. Véritable bouffée d’oxygène, elle permet au fan, au travers des pépites qu’elle propose, de vivre, l’espace d’un instant, sa passion sans risquer un jugement rapide de l’Autre.

Il ne reste plus qu’à espérer que les mentalités évolueront en France et que les inconditionnels de Disney soit enfin considérés comme de simples passionnés et non plus comme de doux bêtas.