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La Revanche de Stitch

L'article

Publié le 01 août 2006

Walt Disney a très vite inculqué à ses équipes la passion et l’art d’inventer et de faire vivre ses personnages. Privé abusivement de sa toute première création – le lapin Oswald - la légende veut ainsi qu’il ait aussitôt imaginé son successeur, Mickey, dans le train le ramenant à New York, juste après avoir appris la nouvelle de sa dépossession. Le Maître de l’animation est d’ailleurs tellement persuadé que le capital sympathie des personnages est primordial pour la réussite des productions d’un studio, qu’il n’hésite pas à en modifier les apparences pour les adapter au goût du public. La plus célèbre des souris a ainsi, par exemple, connu trois évolutions notables.

Walt Disney mise, en effet, beaucoup sur les personnages. Il leur accorde, il est vrai, une autonomie totale en acceptant, sans difficulté, de passer la main pour leur devenir. Ils vivent «librement» à côté de lui et non, par lui. Il arrête ainsi très vite (dès 1947) de faire la voix de Mickey et ne se formalise pas à l’idée d’en confier le crayonnage à d’autres animateurs. Là où Hergé et Uderzo décident d’enfermer irrémédiablement leurs personnages respectifs, Tintin et Astérix, dans le formol, en leur refusant tout « repreneur », le Grand Walt assure aux siens, tout au contraire, l’immortalité. Mickey pleurera ainsi à chaudes larmes à la une du Time Magazine la disparition de son « papa » en 1966.

La Walt Disney Company a bien sûr capitalisé sur la vision de son créateur. Elle s’attache ainsi, mieux que n’importe quel autre studio, à faire vivre ses personnages, dans le respect de leurs caractères bien trempés. L’enjeu est de taille. Il n’est pas question, en effet, d’en voir un empiéter sur la réputation ou la carrière de l’autre. Très vite, par exemple, Mickey prend son rôle d’ambassadeur de la compagnie de manière exclusive et laisse à Donald le soin de faire des pitreries. Plus proches de nous, Winnie l’Ourson et l’ours Tibère cohabitent sans mal, en s’adressant pourtant à un public identique, mais jamais dans les mêmes formes et supports.

La firme de Mickey est à l’évidence une formidable usine à fabriquer des personnages. Elle prend soin d’ailleurs de développer toujours plus sa galerie afin de pérenniser son avance sur ses concurrents. Elle est en effet présente sur tous les âges (petits et grands), tous les secteurs (gentils et vilains), toutes les tendances (grands dadais ou justiciers), toutes les apparences (animales ou humaines quand ce n’est pas extra-terrestres).
Si cette abondance de personnages lui assure de confortables retombées, elle présente toutefois l’inconvénient non négligeable de devoir sans cesse, au minimum,  maintenir vivant, auprès du grand public, tout ce petit monde. Le réseau des parcs à thèmes et des télévisions Disney, associés aux produits dérivés au nombre de déclinaisons impressionnant, sont bien évidemment mis à contribution. Mais ils ne suffisent pas - et de loin - à sauver un personnage des affres de l’oubli. L’épreuve du temps, tout autant que l’échec premier de leur production originelle, usent en effet de façon redoutable les toons et les remisent très vite aux oubliettes de la mémoire collective. Qui se souvient encore de Maggie ou d’Oliver ? Ajoutez à cela la concurrence frontale des poids lourds historiques de la Walt Disney Company, aux premiers rangs desquels règnent sans partage Mickey, Donald ou Dingo, et les difficultés des petits nouveaux à exister s’en trouvent décuplées.

Pourtant, il arrive que le public, contre toute attente, plébiscite un nouvel entrant et l’adopte comme s’il avait toujours fait partie du paysage disneyen. Stitch est l’exemple frappant de ce curieux et réjouissant phénomène. Les bandes-annonces de son long-métrage premium, Lilo & Stitch, semblent d’ailleurs, avec le recul, prédestiner l’extra-terrestre à un statut d’incontournable de la galaxie Disney. Il s’y permettait, en effet, de s’inviter dans les scènes cultes des Grands Classiques - en dérangeant, ici, Belle et bousculant, là, Jasmine - comme si tout lui était permis du fait même de son rang.

Stitch est assurément la petite bête qui monte, qui monte chez Disney. Rien d’étonnant dès lors à le voir s’offrir – bel exploit tout de même ! - le luxe de proposer à la vente des gants reprenant la forme de ses mains, comme seul Mickey le faisait jusqu’à présent. A une vitesse incroyable, il s’est, il est vrai, imposé comme une star disneyenne à part entière. Séries télé, attractions dédiées, suites vidéo, "character" permanent des parcs à thème, merchandising développé, sites de fans exclusifs... Tout lui réussit ! A chacune de ses sorties ou prestations, le méchant extra-terrestre, devenu un monceau de gentillesse enrobé de maladresse, déchaîne les foules et emporte l’adhésion. Il se voit même confier l’animation de la saison Halloween dans les Resorts du monde entier.

Au milieu des merveilles qu’elle crée, la Walt Disney Company nous réserve quelques fois des perles. A qui le tour ?