Bob l'Eponge
ou le Meilleur Ami de Mickey !

L'article

Publié le 01 juin 2007

Qui se rappelle aujourd’hui que l’arrivée de Robert Iger à la tête de Disney, tout juste annoncée, avait été aussitôt saluée d’un commentaire assassin de Roy E. Disney, le neveu du fondateur Walt Disney qui estimait alors que "les actionnaires devraient penser sérieusement à remplacer le conseil d’administration " ? Qui remet en cause, maintenant, la capacité à diriger de « l’éternel numéro 2 » du groupe, sous l’ère Michael Eisner, PDG de la firme au château enchanté pendant plus de 20 ans ? Qui raille, encore, la nomination d'un ex-"Monsieur Météo" à la direction du numéro deux américain de la communication et des médias ? Qui prétend, enfin, qu’à 54 ans et plus de 30 années d'expérience derrière lui dont 10 passées chez Mickey, Robert Iger n’a pas le talent nécessaire pour diriger l’Empire Disney ?

Assurément personne ! Et surtout plus le redoutable neveu de Walt qui, lors de la dernière assemblée générale de la Nouvelle-Orléans, a affiché, comme rarement, son soutien au tout frais PDG de « sa » firme en réintégrant, à 77 ans, le conseil d’administration. Robert Iger est ainsi parvenu, en un temps record, à s’imposer comme le sauveur de la Walt Disney Company mise à mal par les errances de fin de règne de son ancien boss. Lui, que tous les pronostiqueurs avisés voyaient en simple mission d’intérim au poste suprême, a finit par convaincre Hollywood et Wall Street réunis.

Au pays de Mickey, la magie opère donc toujours… Mais comment ?

Robert Iger a tout simplement réussi l’alchimie parfaite entre la soif de veille artistique permanente, cultivée par Walt Disney lui-même, et l’appétit de conquête économique du Michael Eisner des années fastes. La recette est d’ailleurs tellement facile à énoncer qu’elle apparait enfantine. Elle est pourtant bien délicate à réaliser.
Déjà, seul un parfait connaisseur de l’empire Disney, de ses forces et de ses faiblesses, est apte à relever le défi. Il faut alors bien vite se rendre à l’évidence et constater que la carrière de Robert Iger plaide implacablement en sa faveur. Il connait, en effet, tout de la firme de Mickey, la pratique de l’intérieur depuis une décennie, patiemment, dans l’ombre de son maître d’alors, Michael Eisner, avec lequel il partage tout… Sauf son penchant mégalomane.
Ensuite, il ne s’interdit rien, brise les tabous et lance un plan de conquête minutieuse du pouvoir, en interne comme en externe. Il agit tout azimut et place consciencieusement jalons et relais. Les premières mesures de Robert Iger, en sa qualité de PDG de la Walt Disney Company sont, en effet, impressionnantes aussi bien par leurs nombres que par leurs teneurs. Formant une véritable révolution qui ne dit pas son nom, elles touchent tous les secteurs du groupe, à commencer par ses activités historiques.
Disney est supplanté par Pixar dans la 3D ?!
Ni une, ni deux, il se fait fort d'intégrer le turbulent studio dans le giron du groupe et s’offre, au passage, les services de John Lasseter. Le coup est double : il consolide les futurs succès commerciaux et fait taire l’opposition interne. Les premières décisions de la division « Animation » ne se font pas attendre et emportent immédiatement l’adhésion. Les suites au rabais, symboles de la décadence sous Eisner, sont mises au rebus, la 2D fait son grand retour et l’imagination alliée à l’audace redevient la marque de fabrique du studio de Mickey. Les fans, bien avant le grand public, sont comblés et redoublent d’applaudissements quand le nouveau boss rachète, prétendument par hasard, les droits d’Oswald, le lapin chanceux. L’opportunité est trop belle pour Robert Iger d’apparaître alors comme le digne défenseur de Walt Disney et de soigner, au passage, image et notoriété, là où Michael Eisner n’affichait que mépris et suffisance…
Touchstone fait de l’ombre au label historique dans sa division « live », produit trop et mal ?!
Le couperet ne tarde pas plus : Disney propose désormais moins de films, mais résolument qualitatifs et quasiment tous signés du « château enchanté ». La Critique salue unanime la nouvelle ambition et feint de ne pas relever les sacrifices induits. Mieux, la réduction drastique des frais de structures offre, l’avantage collatéral de donner de précieux gages aux marchés financiers ! L’entreprise de séduction généralisée de Robert Iger continue de plus belle…
Les resorts peinent à maintenir ou développer leur rentabilité, notamment à l’étranger ?!
Deux remèdes sont appliqués, l’un direct, l’autre indirect. Le premier est ainsi constitué d’un flot d’investissements qui se déverse sur les parcs à thèmes pour leur redonner les moyens d’attirer les visiteurs et faire oublier la politique de sites au rabais initiée par Michael Eisner (les Walt Disney Studios parisiens en étant le meilleur exemple). Mais point de gabegie à l’horizon, au contraire, tous les budgets sont âprement négociés et adaptés à chaque marché local. Le second est la remise au goût du jour d’un fondement même défini par Walt Disney : la synergie des activités ! Si les œuvres proposées par Disney sont de qualité, elles draineront le monde vers leurs vitrines idéales, les parcs à thèmes disséminés sur la planète. Et la recette fonctionne à merveille : qui mieux que « Disney » invite à aller chez « Disney » ?

Robert Iger est assurément le plus apte pour solder l’ère Eisner et replacer la Walt Disney Company sur les rails d’un nouvel âge d’or. La firme de Mickey a, d’ailleurs, bien besoin de cet atout pour conserver aura et leadership. A l’heure de la révolution numérique, elle se doit, en effet, de redoubler d’efforts pour prendre les bonnes décisions au bon moment. Blu-Ray, internet, haute définition et autres technologies sont, il est vrai, autant d’occasions de rayonner ou de s’éteindre ! Reste donc simplement à espérer que Robert Iger ne suive jamais le chemin de son prédécesseur...