Douchka, l’Authentique
Les Ambassadrices Disney (3/5)

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Publié le 01 mai 2009

Après quelques tâtonnements avec Chantal Goya puis Dorothée, Disney France s’obstine toujours à dénicher une ambassadrice pérenne pour promouvoir sa marque, principalement à la télévision. C'est en réalité le Studio de Mickey qui se verra proposer la jeune fille finalement retenue pour accomplir cette tache.

Umberto Petrucci tente depuis déjà de nombreuses années, sous le pseudonyme d'Humbert Ibach, de s'imposer auprès de Claude Carrère (alors responsable d'une maison de disque très influente) en qualité d'auteur-compositeur. Il ne souhaite plus, en effet, se contenter d’être l'attaché de presse de la chanteuse Sheila, dont la carrière donne des signes d’essoufflement. Ne parvenant pas à convaincre son patron du bien fondé de ses demandes, il tente donc de prendre son indépendance en lançant une nouvelle jeune interprète, concurrente directe de Sheila, en la personne d’Isabelle Morisset présentée au public sous le nom de scène de Karen Cheryl. Le succès est immédiatement au rendez-vous et continue pendant une bonne dizaine d'années ; soutenant le lancement puis le développement du label Productions Ibach & Distribution Ibach. Malheureusement, des problèmes relationnels entre Humbert Ibach et sa protégée viennent gripper la belle mécanique ; le producteur décidant finalement de recommencer à zéro en donnant sa chance à sa belle-fille, Bojidarka Esposito, que tout le monde autour d’elle surnomme Douchka. En 1984, cette fille de la comédienne Pascale Petit et de Giani Esposito (à la fois acteur, poète, chanteur et dessinateur), fait, déjà, la couverture de plusieurs magazines depuis cinq ans, via l'agence de mannequinat Elite Model Management. Elle a alors 19 ans quand son beau-père contacte Disney pour la placer sous contrat exclusif. Bingo ! La firme de Mickey trouve l’ambassadrice de charme qu'elle cherchait désespérément pour la représenter et l’engage pour dix ans. Douchka Esposito abandonne, pour l'occasion, son nom et devient simplement Douchka.


Un premier quarante-cinq tours est lancé sur le marché ; « 1, 2, 3, Mickey, Donald et Moi » se vend à plus de 152 000 exemplaires en moins de trois mois ! Devant un tel succès, un album est produit dans la foulée et porte le nom du deuxième single de la chanteuse « Élémentaire, Mon Cher Baloo ». Humbert Ibach produit bien évidemment l'ensemble, trop heureux d'avoir su flairer là une si belle opportunité. Le même schéma se reproduit l'année suivante, en 1985. Les deux premiers single surfent sur l'univers de Zorro (la série étant diffusée à l’époque dans Le Disney Channel sur la chaine publique F.R.3) tandis que le troisième lance lui l'album éponyme Taram et le Chaudron Magique, soutenant bien évidemment la présentation au cinéma du vingt-cinquième Grand Classique de Disney. Un dernier single de l’album débarque dans les bacs, sous la forme, cette fois-ci, d’une reprise de la célèbre chanson « The Ballad of Davy Crockett » de George Bruns (La Belle au Bois Dormant, Les Aristochats...) afin de promouvoir la série télé alors rediffusée. En 1986, Walt Disney Television Animation lance ses deux premières séries d'animation, Les Gummi et Les Wuzzles. Tout naturellement, Douchka en interprète les génériques titre. Le premier est extrait comme single de l'album « Basil » promu avec la chanson « Basil, Détective Privé » inspirée du nouveau film d'animation Disney de l'année. Avec lui, Douchka est nominée aux Victoires de la Musique et n'a plus rien à envier à Dorothée puisqu'elle vend autant de disques qu'elle. Enfin, en 1987, elle sort son quatrième et dernier album, « Bernard et Bianca ».


La rupture du contrat avec F.R.3 pour l'émission Le Disney Channel à peine effective, Disney France s’affaire à maintenir sa présence à la télévision en lançant un tout nouveau show. Après un petit essai sans présentateur sur scène intitulé d'abord Les Après-Midi du Disney Channel puis Mickey, Donald et Compagnie, le studio finit par s'associer avec TF1 - et à nouveau Dorothée, transfuge d’Antenne 2, cumulant désormais les titres d’animatrice vedette et de directrice des programmes jeunesse de la chaine privée - pour mettre à l’antenne Spécial Disney Samedi et Spécial Disney Dimanche. Il ne s'agit là, ni plus ni moins, d’un Club Dorothée classique diffusant quelques séries d'animation Disney sans grand rapport avec feue Disney Dimanche, présentée deux ans auparavant toujours par Dorothée alors sur la deuxième chaine publique et centrée, elle, uniquement sur Disney. Partiellement insatisfaite de cette émission qui ne rend pas vraiment hommage à l'univers de Mickey et ses amis, la firme au château enchanté négocie et obtient, spécialement pour son label, une nouvelle tranche de programme sur TF1 intitulée Disney Parade et présentée par Jean-Pierre Foucault et Douchka en sera une invitée récurrente ! Ce n'était pas la première fois que cette dernière apparaissait à l'antenne, elle a eu, en effet, l'occasion de faire ses preuves d'animatrice lors de la 100ème du Disney Channel ainsi que lors d'une émission estivale d'Antenne 2 non produite par Disney, L'Été en Baskets aux cotés d'Alain Chauffour. Le succès de Disney Parade est tout de suite impressionnant ; l'émission devenant un rendez-vous incontournable des fins d'après-midi des dimanches pour de nombreuses familles. Elle perdure bien des années après le départ de Douchka, notamment grâce à Euro Disney Resort qui ouvre ses portes en 1992 et devient un plateau idéal d’où présenter l'émission.


Lassée par le rôle de « meilleure amie bien sous tout rapport » dans lequel elle est enfermée de par son contrat, Douchka décide de changer de registre et rompt ses liens avec Disney, sûre de trouver, une fois libre, le succès. Fatale erreur ! Le studio repart immédiatement à la recherche d'une nouvelle ambassadrice. Pire, dans l’intervalle de la vacance du poste, il fait patienter le public à grands coups de réédition de nombreuses compilations des chansons de Douchka, parasitant par la même, la volonté d’indépendance de la chanteuse. Une fois le processus terminé, la jeune fille tombe peu à peu dans l’oubli, conservant uniquement des fans nostalgiques de sa période Disney dont elle rejette pourtant, dans un premier temps, l’héritage. Son image est devenue tellement indissociable de Disney qu’elle l’empêche d’épouser une autre carrière pérenne : même poser nue dans un célèbre magazine de charme ne lui apportera que de la compassion gênée…

Douchka est assurément la première véritable ambassadrice Disney qui, malgré une escapade télévisuelle (L'Été en Baskets), s’est consacrée uniquement à Disney pendant cinq ans. Son succès indiscutable a prouvé, à la filiale française, qu'une jeune fille, "meilleure amie des petites filles et amoureuse secrète des petits garçons", ne pouvaient pas mieux représenter la marque. Elle reste pour toute une génération, la chanteuse Disney par excellence. Pourtant, en coulisse, une nouvelle ambassadrice se prépare déjà à prendre sa place dans le cœur des enfants : une certaine Anne Meson (qui chantait dans les chœurs de « Comme le Dit Toujours Mon Père », premier single du dernier album de Douchka !), semble, en effet, apte à assurer une relève tout à fait honorable que l’ouverture imminente du resort Disney parisien va d’ailleurs booster comme jamais…