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Les Gays Amis de Mickey

L'article

Publié le 15 juin 2009

The Walt Disney Company, dans son souci constant d’universalité, ne prend jamais parti. Comme toute firme mondialisée, elle entend, en effet, se tenir précautionneusement à l’écart de toutes polémiques politiques, religieuses ou sociétales. Elle s’adresse à tout le monde et n’envisage pas un instant dresser les uns contre les autres.

D’ailleurs, lorsqu’un simple doute apparait dans son catalogue sur une œuvre, elle n’hésite pas à la black-lister sans aucune autre forme de procès. Mélodie du Sud, accusé par certaines associations de Noirs américains de faire l’apologie de l’esclavage en rendant sympathique l'état d’esclave, est ainsi interdit depuis des décennies de rééditions.


Certains cartoons de Donald, produits pendant la deuxième guerre mondiale dans une démarche de propagande anti Axe, ne sont, quant à eux, toujours pas disponibles à l’international car soupçonnés de pouvoir vexer, ici le public allemand et là, l’auditoire japonais...

Tous les sujets aptes à voir s’affronter un camp contre l’autre sont ainsi soigneusement mis de côté. Parmi eux, la question religieuse est bien sûr évitée, ou - quand il ne peut en être autrement - réduite à sa plus simple expression. Frollo change ainsi, dans le Bossu de Notre-Dame, de robe pour une autre, passant du statut d’archidiacre à celui, de juge, tout en évoluant dans une Cathédrale.

Sur un autre registre, caractéristique de la société américaine qui n'en finit toujours pas avec ses affrontements communautaires, Disney a attendu près d'un siècle avant de doter sa galerie de princesses d'une représentante noire. C'est chose faite seulement en 2009 avec La Princesse et la Grenouille, dont la trame - heureux hasard et joli coup de pub - s'est décidée bien avant l'accession de Barack Obama à la magistrature suprême...

Pourtant, parmi la liste de tous les tabous chez Disney, il en est un qui surclasse tous les autres: l'homosexualité ! Les personnages de la galaxie disneyenne, outre une vie amoureuse quasi-monacale (seul le baiser est, il est vrai, toléré ici ou là, et encore à condition qu’il soit salvateur ou, à la rigueur, annonciateur d’un mariage !), n’ont, en effet, pas le droit d’en pincer pour l’autre, s'il s'avère être leur alter ego...
Cette règle intangible prend pourtant l’eau quelques fois. La nature ayant horreur du vide, quelques amis gays parviennent, en effet, ici ou là, à glisser leur tête, histoire de signifier que même chez Disney « ils survivront ».

    Sans volonté d’exhaustivité, un petit tour d’horizon des amis gays de Mickey, à travers les époques, est donc bien utile.

  • Dans Le Dragon Récalcitrant, un spécimen de dragon pas comme les autres aime prendre du bon temps, jouer et chanter. Il ne crache pas de feu et, plus que tout, déteste se battre. Il a bien du mal d’ailleurs à apprendre à se comporter comme un véritable dragon...
  • Dans le cartoon Bon Pour le Modèle Réduit, la nature de la relation de Tic & Tac mérite, en effet, attention. Dans l'histoire, Donald veut couper l'arbre géant des deux rongeurs qui se retrouve hors échelle par rapport au train miniature et à tout l'environnement en maquette que le canard a patiemment constitués autour. Tic & Tac décident donc de s'installer dans la mini-ville construite par Donald dans son jardin qui se trouve être à la taille idéale pour eux deux et prennent ainsi possession d'une maison qu'ils jugent assez cosy pour y habiter. Dès lors, ils se mettent à réagir comme un vrai un petit couple humain avec Tic qui passe le balai ou qui lit un livre tandis que Tac époussette le tapis avec un beau foulard de ménagère sur la tête. Les deux mammifères vont même se coucher dans le même lit avec pyjama et bonnet de nuit. La question d’une relation homosexuelle entre les deux petits protagonistes se trouvent donc ici posée, non pas par leur capacité à faire le ménage (de simples colocataires mâles s’y adonnent aussi) mais par le fait qu’ils dorment dans le même lit, étant précisé que Tic & Tac ne sont ni frères, ni même cousins. Le débat se poursuit encore aujourd'hui sachant tout de même que dans un seul de leur cartoon, ils s’affrontent pour faire la cour à une demoiselle, Clarisse... La théorie d’homosexualité latente ou de bisexualité latente chez ces deux personnages emblématiques de Disney, avec ce cartoon pris au premier degré, et du fait de leurs mimiques de vie domestique quotidienne, peut donc raisonnablement être émise...
  • Dans Pocahontas, une Légende Indienne, Wiggins, un serviteur dandy, maniéré à outrance veille aussi bien sur la garde-robe de son infâme patron que sur la toilette de son chien, un insupportable roquet...
  • Dans Kuzco, l’Empereur Mégalo, Kronk, un gigolo bodybuildé, raffiné et fin cordon bleu semble se demander sans cesse si sa relation avec Yzma, une vieille excentrique, dont Dalida et Zizi Jeanmaire ne renieraient pas la maternité, est vraiment ce qu’il lui faut. Qu’on se rassure : l’ambiguïté sera levée dans la suite Kuzco 2 : King Kronk où le bellâtre épousera une cheftaine scoute - cela ne s’invente pas !
  • Dans Lilo & Stitch, Jumba et Pikly affichent ainsi la volonté de vivre ensemble sur la Terre, le second ayant d’ailleurs un goût prononcé pour le travestissement. L’honneur restera pourtant toujours sauf ; les deux personnages étant des... extra-terrestres !
  • Dans Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata, Timon livre des scènes qui résonneront sans mal du Castro au Marais. Alors que sa mère l’enlace et le recoiffe, le toon lance, en effet, un malicieux et plein de sous-entendus « et après on s’étonne que je sois perturbé ! ». Plus tard même, dans le récit, tandis que sa mère le découvre en train de danser habillé en vahiné et s’interroge sur le fait que son fils a bien changé, son oncle hurle à sa vue un drôlissime « mais il est habillé en fille !!! ». Fort habilement, la série Timon & Pumbaa remettra de l'ordre dans ses priorités...
  • Mais c'est sans compter sur la série La Garde du Roi Lion, où Timon et Pumbaa cette fois-ci, ont adopté Bunga, un jeune ratel ! De quoi relancer les rumeurs d’homosexualité non pas simplement de Timon mais du duo tout entier… Une nuance vient toutefois contrebalancer ce sentiment, Bunga désignant chacun d’eux par Oncle Timon et Oncle Pumbaa…
  • Dans Chicken Little, Boulard est un gai camarade qui accumule de nombreux handicaps. Boulimique, mal dans sa peau, incompris par sa classe, passionné de karaoké dance et de comédies musicales, soumis à une mère ultra possessive et peureux de sa propre ombre, il révèle finalement sa pugnacité dans l’adversité quand la chanson « I will survive » déboule sur les ondes...
  • Dans Cars - Quatre Roues, d’imposants tout-terrains rutilants et bodybuildés, venus de la grande ville pour prendre, auprès de Sergent, des cours de conduite 4/4 dans le désert rechignent au premier obstacle à la seule idée de salir leurs roues...
  • Dans Rebelle, Mérida est communément considérée comme lesbienne. Cela vient du fait qu’elle est une jeune fille, en conflit ouvert avec sa mère, célibataire, qui refuse tout prétendant et qui a des goûts de garçon manqué... C’est objectivement aller un peu vite en besogne. Elle n’est en réalité qu’une adolescente qui se construit : elle est, en effet, juste dans « l’âge bête » qui veut que tout ce qui vient de la norme (familiale ou sociétale) est rejeté plus ou moins fort. Sa condition de princesse, appelée à régner avec toutes les contraintes qu’elle découvre, amplifie simplement le phénomène.
  • Dans La Reine des Neiges, la même analyse est faite pour Elsa. Le doute vient de la séquence de sa chanson culte Libérée, Délivrée qui est considérée par beaucoup d’observateurs comme une déclaration de coming-out. Cette interprétation ne tient pas en V.F., les paroles ayant été infantilisées et clairement reliées à la trame du film. En V.O., cela est certes déjà plus tendancieux. Mais l’argument ne vaut plus quand il s’agit de prendre en compte les motivations d’Elsa. En réalité et même si la panique commande sa fuite, elle choisit l’exil avant tout pour mettre les gens à l’abri du danger des pouvoirs qu’elle ne maitrise pas et pense être mortifère (elle a été conditionnée dans cette idée depuis l’accident survenue avec Anna). Son exil est donc altruiste et en lien avec sa charge royale qui veut qu’une Reine veille à la sécurité de ses sujets. Clairement, Elsa décide en fonction de ses obligations et jamais en fonction de ses désirs : lorsqu’elle refuse son aide à Anna, elle le fait parce qu’elle pense qu’elle est dans l’incapacité d’arrêter la glace et qu’essayer serait encore plus désastreux...
  • Dans Zootopie, l’officier Benjamin Clawhauser éveille lui-aussi les soupçons quant à son orientation sexuelle. Il ne peut être, comme toujours, ici question d’affirmations ; seuls quelques indices sont en effet troublants à son sujet, tous bien évidement à placer sur le registre des poncifs habituels. Déjà, il assume le rôle d’hôte d’accueil au sein du Poste Central de Police de la ville de Zootopie et n’a manifestement ni le caractère, ni le physique d’un policier d’élite. Comme Boulard dans Chicken Little, il est en plus boulimique et aucun donuts ne lui résiste. Ensuite, il est clairement maniéré et sa diction trahit une sensibilité dandie contrariée (son uniforme l’empêchant de l’être vestimentairement parlant). C’est Fred Testot qui d’ailleurs assume la voix française de ce guépard (le jeu de mot, qui ne fonctionne qu’en VF, en rajoute bien évidemment sur ses soupçons d’homosexualité) avec une intonation toute en subtilités transgenres. Enfin, Clawhauser est un fan absolu de Gazelle, la pop-star de la ville, icône gay en puissance (comme l’est Shakira qui la double !) dont il suit toute la carrière et aime jusqu’à reprendre les chorégraphies. Mieux encore, au cours d’un passage particulièrement savoureux où il apprend qu’un collègue est un fan comme lui, il est à deux doigts de lui révéler aussi son… « addiction à la chanteuse ».
  • Toujours dans Zootopie, et une bien plus grande avancée dans la représentation des gays chez Disney, les crédits anglophones révèlent que les deux antilopes, voisins de Judy sont... mariés ! Bucky Oryx-Antlerson et Pronk Oryx-Antlerson habitent en effet ensemble, partagent le même nom mais sont de deux races différentes d'antilopes... Ils sont ainsi les tout premiers personnages gays mariés dans un film d'animation Disney !

Réelle ou fantasmée, l’homosexualité est donc bien présente dans la galaxie des personnages Disney. Il n’en reste pas moins que la représentation des homosexuels dans les films d’animation chez Disney et Pixar se fait toujours sous le manteau et jamais de manière assumée. Dès lors, elle donne  dans les poncifs : le dandy efféminé, le bodybuildé précieux, le fan de musical soumis à une mère possessive, le travesti, etc. Cette galerie aussi peu flatteuse que réductrice ne reflète bien sûr par la réalité de la condition des homosexuels à l’époque contemporaine dans les sociétés occidentales. Mais c’est pour le moment la seule expression de l’existence des gays qui transparait chez Disney. Faut-il s’en désoler ? Pas forcément. Certes, la frilosité du studio sur le sujet est décevante. Mais savoir que, malgré l’interdiction formelle faite aux artistes Disney de traiter de l’homosexualité, des personnages gays sont bien présents dans le catalogue est un joli pied de nez qui démontre que vouloir nier une réalité n’est jamais tout à fait possible. Une chose reste pourtant sûre : il n’est pas encore venu le temps où l'amitié deviendra particulière entre deux princes ou princesses Disney...