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Raiponce a Tout ?!

L'article

Publié le 15 juillet 2010

Pour un fan d'animation en général et de Disney en particulier, la sortie du prochain long-métrage estampillé Walt Disney Animation Studios est toujours un événement. Raiponce (comme avant lui La Princesse et la Grenouille) n'échappe, bien sûr, pas à la règle. L'attente est ainsi grande et avec elle, l'impatience des internautes français dont les claviers d'ordinateur chauffent, pour elle, quotidiennement.

Il faut dire que le processus de création d'un long-métrage Disney intrigue et passionne tous les connaisseurs de l'art de l'animation qui ont pris, depuis déjà longtemps, l'habitude de dévorer les bonus enrichissant les éditions (d'abord DVD puis Blu-Ray) des films du label au Château Enchanté. Aussi, quand le studio de Mickey prend le soin de présenter plus de cinq mois avant sa sortie - à la presse et aux sites de fans - les tenants et aboutissants de son 50eme Grand Classique, l'écoute se fait attentive...

L'honneur et le plaisir de la découverte sont d'autant plus grands qu'elle est menée en présence de Roy Conli, le producteur du film. Connu pour avoir produit Le Bossu de Notre-Dame et La Planète au Trésor, ce spécialiste de Disney s'est, en effet, attaché personnellement à mener la présentation. Passionnant de bout en bout, il a ainsi véritablement charmé son auditoire. Toujours précis, jamais fuyant, il a prouvé sa détermination à partager son expérience tout au long de son intervention et plus particulièrement encore, lors de la séance de questions/réponses au cours de laquelle il s'est appliqué à ne pas donner dans la langue de bois, allant jusqu'à confirmer ou infirmer certaines des rumeurs persistantes sur les aléas de la production du film.

Roy Conli a d'abord disserté sur le processus de création d'un Grands Classiques Disney, dans la droite ligne défendue par John Lasseter lui-même, distinguant clairement trois étapes :
- La première a pour but d'obtenir un script solide. Car pour lui, la clé de réussite d'un film, quel qu'il soit, se trouve dans l'histoire. Elle doit, il est vrai, être prenante et happer le spectateur. Sans histoire, il n'y a pas de film, et ce, quel que soit son niveau de qualité technique...
- La seconde se place dans l'univers créé. Le film doit, en effet, accueillir le spectateur dans un monde crédible où il aura envie de se balader et d'en explorer les moindres recoins. L'important n'est d'ailleurs pas qu'il soit réaliste mais juste cohérent. Pour cela, les artistes se doivent d'effectuer avec rigueur toutes les recherches graphiques utiles, sur les décors, les ambiances et au-delà, le ton souhaité pour le long-métrage tout entier.
- La troisième et dernière étape consiste à remplir le monde imaginé pour servir l'histoire, en le peuplant de personnages attachants et charismatiques auxquels les spectateurs doivent avoir envie de s'identifier, d'apprendre à connaître, bref, de suivre. A ce moment précis, les concepteurs des personnages ainsi que les animateurs rentrent en jeux.

L'histoire de Raiponce, telle qu'elle se déroule dans le conte originel, s'est révélée à la fois trop courte et trop violente pour être adaptée à la lettre. Les auteurs Disney ont donc décidé de se focaliser sur les fondamentaux du récit des frères Grimm et uniquement eux ; à savoir : la tour, les long cheveux de la princesse et le prince sauveur. Il ont ensuite brodé tout autour en conservant d'ailleurs certains éléments ou personnages secondaires originels (les parents de Raiponce, la fleur et la sorcière) qu'ils ont néanmoins utilisés dans des conditions différentes de celles présentes à la base dans l'œuvre des Grimm.
Une fois la politique d'écriture établie, l'histoire se développe donc sur un ton contemporain et actuel auquel est bien évidemment adjointe la touche Disney. Les créateurs puisent, en effet, pour se faire, dans le réservoir des œuvres emblématiques du studio de Mickey... Le prologue, magnifique au demeurant, n'est ainsi pas sans rappeler celui de La Belle et la Bête allié à un zeste de Kuzco, L'Empereur Mégalo ; la relation entre Raiponce et la sorcière lorgne, elle, à l'évidence du côté du (Le) Bossu de Notre-Dame tandis que la scène romantique, superbe et époustouflante, ressemble, tout en les honorant, à celles de La Petite Sirène ou de La Princesse et la Grenouille. Difficile dans ces conditions ne pas ressentir une impression de déjà-vu et de succession d'hommages au savoir-faire académique du studio bien qu'il convienne alors immédiatement de reconnaitre qu'il impossible d'être tout à fait catégorique sur cet aspect, tant le simple fait de découvrir une œuvre par morceau, de manière décousue, modifie évidemment sa perception générale. Ces réserves se doivent ainsi d'être prises avec des pincettes ! La réussite d'un long-métrage ne peut, il est vrai, se juger que dans son ensemble : ainsi, le récit ou la forme n'ont pas forcément l'obligation de jouer sur le registre de l'originalité pour fonctionner et charmer le spectateur. C'est avant tout l'efficacité à dérouler le propos qui prime tout comme la capacité des personnages à gagner le cœur des spectateurs. D'ailleurs, il est amusant de noter que sur le registre des influences, Roy Conli ne se place pas sur la même longueur d'onde : le producteur de Raiponce admet, en effet, lui, des clins d'œil appuyés à La Belle aux Bois Dormant et Tarzan.
Il n'empêche ! L'univers de Raiponce est vraiment immersif. Les décors sont époustouflants avec une verdure foisonnante et des bâtiments stylisés typiquement disneyens ; les artistes reconnaissant volontiers s'être inspirés des façades du Fantasyland de Disneyland en Californie. Leurs aspects 3-D, très réussis, renforcent d'ailleurs le sentiment d'appartenance à l'ambiance bienveillante habituellement fantasmée chez Disney. Par contre, la rumeur persistante qui voulait que le film Raiponce, bien que fait en images de synthèse, affiche un rendu proche de la peinture et de l'univers 2D obtient dès les premières images un démenti cinglant. L'univers très coloré (se différenciant en cela des jeux de lumières, habituellement réalistes, observés chez Pixar) est, en effet, crédible mais clairement en CGI (Computeur Generated Image) !

Coté casting, les personnages principaux de Raiponce sont enthousiasmants. Leur capital sympathie explose, en effet, littéralement à l'écran. Immédiatement attachants, ils parviennent sans mal à séduire le spectateur le plus exigeant.
Raiponce est ainsi une ravissante et digne héritière des princesses Disney avec un brin de modernité tout à fait bienvenu. Elle est ainsi un mélange de l'ingénue Ariel (La Petite Sirène) et de l'énergique Pocahontas (Pocahontas, Une Légende Indienne). Rien d'étonnant en cela dans la mesure où toutes les deux sont animées par Glen Keane, le responsable du projet Raiponce !
Flynn est, quant à lui, un mixte de John Smith (Pocahontas, Une Légende Indienne) et de Phoebus (Le Bossu de Notre-Dame), à ceci près qu'il est autrement plus attachant. Sa plastique, très moderne jusque dans sa coupe de cheveu, en fait indéniablement l'un des plus beaux-gosses de la galerie Disney.
Avec Raiponce, le studio de Mickey  traite, enfin, dans un de ses Grands Classiques, sur un strict pied d'égalité, et avec beaucoup d'attentions, ses premiers rôle féminin et masculin !
A côté du couple principal, peu de personnages secondaires donnent, en revanche - et comme c'est pourtant l'usage chez Disney (La Belle et la Bête, Aladdin) - dans la pure comédie. Ainsi, deux seulement (qui se révèlent irrésistibles de drôlerie !) se chargent de ces incontournables rôles d'amuseurs. Pascal, le petit caméléon est, en effet, adorable en tous points et fait craquer son monde tant il est drôle et mignon. Maximus, le cheval n'est pas en reste non plus sur le registre de l'humour : il est, en réalité, clairement hilarant ; son interaction avec Flynn et Raiponce fonctionnant à merveille.
Enfin, que serait un conte de fée sans un véritable méchant, ou plus exactement, une méchante ? Impossible d'en dire plus à ce stade sur sa férocité sauf à préciser que son design est prometteur avec un visage marqué par des yeux globuleux assez déroutants.

La bande originale de Raiponce fait, comme le traitement de son histoire ou sa galerie de personnages, l'objet d'un soin attentif. Disney n'oublie pas, en l'espèce, qu'un conte de princesse sous sa signature se doit absolument d'avoir des ritournelles emblématiques. Et qui mieux qu'Alan Menken, le compositeur des chansons (dont certaines sont aujourd'hui mythiques) de La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin, Pocahontas, Une Légende Indienne, Le Bossu de Notre-Dame, Hercule et plus récemment de La Ferme se Rebelle ou d'Il Était une Fois, pouvait relever le défi ? Le film dispose ainsi de cinq titres dont les airs ne lorgnent pas du coté des comédies musicales à la Broadway (La Belle et la Bête, Le Bossu de Notre-Dame) mais s'inscrivent plus dans la veine du (Le) Roi Lion ou de Tarzan avec des chansons qui accompagnent ou font avancer l'action ; les personnages en entonnant d'ailleurs certaines. La première écoute est prometteuse : il ne reste qu'à espérer que tout le reste suive...

Si Alan Menken est de la partie coté musique, un autre grand nom de Disney, coté animation, participe à Raiponce. Roy Conli confirme, en effet, que Glen Keane est bien au générique du long-métrage. Il faut dire que les rumeurs sont allées bon train depuis près de 10 ans sur cette participation. Il convient, il est vrai, de remonter à l'aube des années 2000 pour trouver trace d'un nouveau projet d'adaptation par Disney d'un conte des frères Grimm, Raiponce. Certaines mêmes stipulent alors que le film verrait le jour, en France, dans les studios de Montreuil. Tous les espoirs s'évaporent bien vite à la soudaine fermeture de la division française. Si Raiponce prend alors énormément de retard, le nom de Glen Keane, le grand animateur de La Petite Sirène ou de Pocahontas, Une Légende Indienne lui reste toutefois et toujours associé. L'homme doit, en effet, avec ce nouveau film faire ses débuts en qualité de réalisateur. Et c'est donc avec cette responsabilité qu'il est alors logiquement crédité... Branle-bas de combat en octobre 2008 : Glen Keane et son coréalisateur, Dean Wellins, sont remplacés en urgence par Byron Howard et Nathan Greno, respectivement coréalisateur et directeur des story-board de Volt, Star Malgré Lui. L'inquiétude monte alors chez les fans ; un problème de santé contraint, il est vrai, Glen Keane au repos. Il s'est donc résigné à passer la main à de jeunes réalisateurs, demeurant tout de même producteur exécutif du film et directeur de son animation.

Sur le thème des rumeurs auxquelles il convient de tordre le cou, l'une (qui revient en force à la suite d'une récente bande-annonce maladroite) se doit d'être combattue avec force. Raiponce disposera bien d'un ton résolument disneyen ! L'hypothèse (envisagée il est vrai un temps !) de traiter ce conte à la "Shrek" est définitivement abandonnée. Une des ébauches prévoyait, en effet, à l'origine d'expédier deux adolescents contemporains dans un monde de contes de fée pour prendre la place de Raiponce et de son prince. Les fans crient alors au scandale : l'idée de voir Disney faire du Dreamworks avec une transposition moderne d'un conte classique à grands coups d'humour potache leur fait horreur. L'arrivée de John Lasseter à la tête des départements animations de Disney et Pixar en 2006 sonne fort heureusement la fin de la récré : la signature Disney reprend, sous sa coupe, l'ambition qu'elle n'aurait jamais dû perdre. Mais voilà, la rumeur repart de plus belle en juin 2010 à la faveur de la bande-annonce mise sur le marché par les équipes marketings du studio. Son ton est clairement "dreamworkien" avec de l'action, des blagues lourdingues et finalement le personnage de Raiponce qui n'est même pas nommé ! Tétanisé par l'échec sur le sol américain de La Princesse et la Grenouille (vendu alors comme un conte de fée), Disney est, en effet, prêt à tout aujourd'hui pour ne pas promouvoir Raiponce comme Tiana l'avait été. Rapunzel devient ainsi Tangled et perd le vocable "Princesse". Il s'agit de ne pas donner l'impression d'être dans le segment des "films pour filles", rebutant les adolescents "mâles" et au-delà d'eux toute une partie du public familial. La France s'économise, elle, ce genre de considérations. Le pays du roi guillotiné et des citoyens républicains raffole, il est vrai, des histoires de Princes et de Princesses : Tiana a été portée aux nues, Raiponce le sera tout autant. Et puis, ça tombe plutôt bien : Tangled est intraduisible dans la langue de Molière...

Raiponce a tout, ou du moins, a l'air d'avoir tout : le premier VRAI conte de fée Disney en 3D se doit de ne pas décevoir. Réponse dans 5 (petits) mois...