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Pixar à Paris

L'article

Publié le 20 juillet 2011

A l'occasion des 25 ans de Pixar mais également pour promouvoir la sortie au cinéma en France de Cars 2, plusieurs manifestations ont eu lieu dans la capitale pour le plus grand bonheur des fans du studio de Luxo Jr.

La première d'entre-elle s’est déroulée le 7 juillet, lors du Festival Paris Cinéma, avec une masterclass exceptionnelle de Julien Schreyer, directeur technique de la mise en lumière au sein du studio Pixar. Avant de se livrer avec entrain à une bonne heure d'entretien, l'artiste avec le concours de Disney France, a eu l'excellente idée d’emmener dans ses bagages, pour les proposer au public en avant-première, deux court-métrages particulièrement jouissifs : Vacances à Hawaï et La Luna ! Ces cartoons constituaient à l’évidence une parfaite mise en bouche tant ils résument à eux-seuls toutes les palettes du talent des studios Pixar : des personnages charismatiques et drôlissimes pour le premier et de la poésie à l'état pur pour le second !


© chtounet

Julien Schreyer est né en France et a grandi dans la région parisienne au sein d’une famille d’artistes. Tout jeune, il baigne ainsi dans les métiers de l’art grâce à sa grand-mère, peintre et sculpteuse ; sa mère, couturière chez Lanvin et même son cousin, directeur d’une galerie... Adolescent puis jeune adulte, il ne quitte pas l’univers artistique en s’essayant un temps à la musique en devenant DJ dans une radio locale. Ses études le mènent finalement dans le monde de l’animation française avant de s’envoler pour les Etats-Unis où il est embauché au Tippett Studio, une société d’effets spéciaux. Durant onze ans, il s’y spécialise sur les jeux de lumière travaillant notamment sur le film Marvel, Blade II, et le Walt Disney Pictures, Raymond, mais aussi Matrix Revolutions et Men in Black II. Il intègre finalement Pixar en 2006 appâté par le projet Ratatouille à la seule idée de pouvoir retranscrire les couleurs et les ambiances de sa ville natale. Il enchaine ensuite sur Presto, WALL•E, BURN•E, Tokyo Martin, Là-Haut, Toy Story 3 et Cars 2.

La mise sous les projecteurs de son rôle dans la réalisation des films Pixar est tout simplement bluffante. Julien Schreyer est, en effet, visiblement passionné par son travail et cela se ressent dans ses paroles. Il prend ainsi plaisir à livrer des détails croustillants sur le montage de certaines scènes emblématiques des studios Pixar et, en particulier, du petit dernier, Cars 2. L’essentiel de son travail consiste donc à rendre la scène, aussi courte soit-elle, la plus proche possible de la vision du réalisateur tout en la restituant vivante, organique et mouvante. Pour Paris dans Cars 2, par exemple, il s’est attaché à renforcer l’effet des couleurs choisies tournant autour du bleu pour les ombres et de l’orange pour la lumière ; le tout en faisant attention à l’éclairage des objets et autres personnages comme l’effet de rouille des vieilles voitures ou le reflet des carrosseries neuves. Il s’est même fait plaisir à reprenant pour les phares de certaines voitures la couleur jaune, abandonnée depuis longtemps dans l’hexagone mais toujours emblématique du vieux parc automobile français. Le spectateur a pu ainsi prendre conscience du rôle d’un directeur technique de la mise en lumière dans un film d’animation ; très proche finalement de celui du directeur de la photographie dans un film « Live ».


© chtounet

La masterclass s’est poursuivie avec de nombreux autres exemples de ses travaux, notamment sur WALL•E ou Ratatouille. Il présente alors les différentes étapes de la production des films d’animation du storyboard au layout en passant par l’animation, pour finir sur la mise en lumière et autres effets spéciaux. Julien Schreyer en profite également pour tordre le coup à une croyance française : l’existence fameuse French Touch dans l’animation. Il estime que, si la France compte quelques unes des plus grandes écoles d’animation au monde, ce qui fait vraiment la différence chez un artiste reste sa culture personnelle et jamais sa seule nationalité... Sage réflexion !

La seconde étape des festivités des 25 ans de Pixar en France constitue à elle-seule un véritable évènement dans le landernau de l’Animation : elle est marquée, en effet, par la venue de John Lasseter en personne à Paris. Elle s’articule ainsi autour de trois événements : la projection de Cars 2 le 21 juillet à l’UGC Ciné Cité des Halles précédée d’une séance de questions / réponses avec le réalisateur, un junket (une série d’interviewes filmées) , le lendemain en journée, réservé à la presse et aux blogueurs ; pour finir, en début de soirée, avec une masterclass exceptionnelle à la Fnac Saint-Lazare.

La projection de Cars 2 à l’UGC Ciné Cité des Halles est déjà en soi un joli cadeau pour tous les fans de Disney et Pixar. Rien d’étonnant dès lors, à assister à l'entrée de John Lasseter sous une pluie d'applaudissement en standing ovation. Tout de suite mis très à l'aise, il était ainsi visiblement ravi d’un accueil aussi chaleureux. Accompagné de la productrice du film, Denise Ream, il s’est alors lancé dans une présentation / explication du savoir-faire de Pixar devant une salle conquise qui l’écoutait religieusement. Il s’est ensuite prêté au jeu des questions/réponses du public, une séance qui s'est toutefois limitée à deux petites interventions.
La première revient à une demoiselle voulant connaitre les impressions de John Lasseter sur le fait que Cars 2 était le premier Pixar descendu par la Critique. Celui-ci a logiquement répondu qu'il faisait des films pour le public et non la Critique, rappelant que Toy Story et Cars - Quatre Roues avaient été à l'époque fort mal accueillis par la même Critique...
La deuxième question a été posée par un des webmestres de Chronique Disney : elle consistait à demander à John Lasseter s'il avait conscience de l'adoration dont il faisait l'objet en France dans le milieu des fans d'animation qui le voyaient comme un pur héritier de Walt Disney, sorte de "Dieu Vivant". Il a franchement rougi lors de la traduction, a déclaré qu'il ne savait pas quoi répondre à cela si ce n'est "merci" puis s'est lancé dans un hommage à la "technique" Pixar, son équipe et sa conception du travail...

Le lendemain, l'équipe de Chronique Disney a également eu la chance de rencontrer Denise Ream et John Lasseter pour des brèves mais passionnantes interviewes vidéos.

En off, John Lasseter a eu la délicatesse de saluer le travail des fans qu'il juge exemplaire pour faire vivre la passion de Disney et Pixar. Il donne même quelques détails de "geeks" en précisant notamment que le camion de Pizza Planet apparait deux fois dans Cars 2 et qu'une allusion à Rebelle s’y trouvera également. D'ailleurs, quand il s’agit de lui faire remarquer la gageure qui consistera à l’intégrer dans cet univers « médiéval », le réalisateur oppose un malicieux : "On trouvera un moyen d’y parvenir" ! John Lasseter a également accepté de dédicacer un ouvrage...

Cette fabuleuse journée se finit pour les fans par une masterclass exceptionnelle à la Fnac Saint-Lazare. Plus d'une centaine d’entre eux ont ainsi patienté pendant plus de quatre heures pour certains, afin d'entendre le maître de l'animation 3D. Evènement aidant, les organisateurs annoncent même que la masterclass est filmée pour faire partie des bonus du DVD à venir de Cars 2.

John Lasseter y revient longuement sur la création des studios Pixar en particulier via des anecdotes lors de la création des cartoons Les Aventures d'André et de Wally.B. et Luxo Jr.
Le patron de l'animation Disney et Pixar parle également de sa vision de ce qu'est l'animation 3D, dit CGI ou en français, d'Images Générées par Ordinateur. Pour lui, c'est un procédé à mi-chemin entre l'animation traditionnelle et les films "Live". De l'animation traditionnelle, il revendique la technique de générer image par image un film. Des films "Live", il s'inspire du plateau qui est quasiment recréé puisque les artistes sont capables de restituer en trois dimensions les décors, impliquant qu’ils doivent absolument tendre vers le photoréalisme. Pour autant, le maître-mot reste de faire fonctionner un imaginaire (et en particulier un monde et des personnages) qui soit à la fois cohérent et crédible. Il va d'ailleurs, au travers d'une question, écorner l'animation Motion-Capture. Pour lui, cette animation est un échec dès lors qu’on tente de reproduire des mouvements réels quand l'univers ne s'y prête pas, en particulier ceux imaginaires. Il est important de garder le côté crédible et cohérent de l'ensemble. Pour John Lasseter, dans cette technique, seul Avatar a réussi à créer des personnages qui s'intégraient parfaitement dans leur environnement même s'il confesse tout de même, que pour un animateur tel que lui, il est autrement plus grisant de créer l'animation de A à Z que de la calquer sur un véritable être humain...

Pour parler de Cars 2, il revient aussi longuement sur la création de Cars - Quatre Roues. Il confirme ainsi qu'il s'est longuement inspiré du cartoon Disney, Susie, Le Petit Coupé Bleu pour l'aspect visuel de son film. Il précise aussi que c'est la première fois que les yeux étaient placés au niveau du pare-brise et non des phares. Cette position permet de considérer tout l'habitacle comme la tête du personnage ; les roues formant elles les pattes. Les mouvements sont alors proches de celui d'un animal à quatre pattes ce qui décuple les possibilités d'animation. Ainsi, dans le perpétuel challenge qui consiste à proposer des univers cohérents et crédibles, il explique la raison pour laquelle il n'y a aucunes motos ou décapotables dans le monde de Cars. Le fait de mettre les yeux à ce niveau-là fait que le cerveau est donc dans l'habitacle : il est dès lors inconcevable de voir des véhicules où le cerveau serait soit apparent, soit manquant !

Il revient également sur le succès de Cars - Quatre Roues. Il savait à l’époque qu'en lançant ce premier opus, peu d'adultes seraient enclin à aller le voir. Il rappelle d'ailleurs une règle de marketing implacable : "On a qu'une seule chance de faire une bonne première impression". Pour la respecter, il avait donc décidé de peu montrer les personnages lors des bandes-annonces du premier film. Il raconte alors comment le film a eu du mal à fonctionner à son démarrage citant l'exemple de la France où le résultat avait été plus que décevant (et c’est vrai puisque Cars - Quatre Roues a atteint difficilement les 1.9 millions d'entrées !). Il plaisante d’ailleurs en disant qu’il pardonne bien volontiers aux Français qui avaient une raison en or de ne pas aller au cinéma puisque le film est sorti en plein semaine de la finale de la Coupe du Monde où les Bleus étaient parvenus au plus haut rang à la surprise générale.

Il termine la masterclass en faisant un vibrant hommage à son ami Hayao Miyazaki, responsable des studios Ghibli. Pour lui, son génie est la preuve que l'animation 2D est encore bien vivante et qu'il est possible de créer des mondes fantastiques au service de vrais chefs d'œuvre. Il félicite d'ailleurs au passage, Jean-François Camilleri, pour être un de ceux qui défend le plus, en dehors du Japon, les films de ce studio...

Le mois de juillet 2011 a été pour les fans parisiens de Disney et Pixar un mois d'exception. Avoir la possibilité de rencontrer le patron de Pixar, de découvrir des courts-métrages inédits et d'apprendre d'un français expatrié les secrets de fabrication de ces chef d'œuvres est une occasion qui se présente rarement...