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La Symphonie des Grands Classiques

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Publié le 01 novembre 2011

Les 10 et 11 novembre 2011, le Grand Rex de Paris accueille sous sa voûte étoilée trois représentations exceptionnelles du spectacle Disney : La Symphonie des Grands Classiques, célébrant l'union de l'image et de la musique symphonique. À cette occasion, un orchestre de 60 musiciens est requis pour jouer simultanément avec des extraits des Grands Classiques projetés sur grand écran. Pour faire tourner cette grande machinerie, nous mettre la tête à l'envers et le cœur en l'air, Disney a fait le choix de confier la baguette au chef d'orchestre et interprète du Manège : Stanislas.
Pour la circonstance, Dash a rencontré le Maître qui a bien voulu se prêter au jeu des questions/réponses pour Chronique Disney.

[Chronique Disney] Pouvez-vous nous expliquer l'essence de ce spectacle ?

[Stanislas] Le déroulé du spectacle a été imaginé par Disney. Une partie a d'ailleurs déjà été donnée aux Etats-Unis, mais jamais dans l'intégralité de ce qu'on va donner, nous. Ce qu'on va faire est donc une création mondiale, ce qui est quand même le summum, et qui me remplit de fierté.
Il y a, ainsi, en tout, à peu près 40 pièces, que ce soit des évocations des airs des plus grands thèmes de Disney ou carrément des chansons. Il y aura aussi des suites symphoniques, par exemple celle de Mulan, où il n'y a pas aucun chanteur. Ce sont les images et puis la musique qui exprimeront tous les sentiments. J'allais même dire que la musique raconte l'histoire en intégralité sans qu'on ait besoin de dire un mot. Il y aura aussi des medleys, c'est-à-dire les grandes chansons Disney en symphonique qui s'entremêlent les unes aux autres, parfois même presque en même temps : des personnages se répondront alors qu'ils ne font pas partie du même film ! C'est assez saisissant. Cette situation n'arrive pas beaucoup, certes mais elle arrive au moins une fois dans le spectacle. Et puis, bien sûr, il y a "Les" chansons car nous avons la chance d'avoir des chanteurs aussi. Ce qui est assez génial, c'est qu'on a, à la fois, de la musique symphonique et des airs interprétés par des chanteurs.
Tout cela fait à peu près une quarantaine de pièces qui sont rassemblées en je dirais 12/13 chapitres ou ensembles qui durent à peu près 5 à 7 minutes.
Les 13 chapitres vont dans un ordre. Je dirais que ce spectacle raconte une histoire sans mots. C'est-à-dire qu'effectivement il y a un début, les héros se rencontrent, peuvent s'aimer peut-être, l'adversité va arriver, c'est construit comme un grand film Disney, mais sans que les personnages soient identifiés : ce n'est pas Aladdin qui va nous parler au début. C'est à la fois tous les personnages qui vont nous raconter la grande histoire Disney par excellence.

[Chronique Disney] La Symphonie des Grands Classiques reprend une structure établie au préalable par Disney. Cette nouvelle mouture n'en reste pas moins inédite, ne serait-ce que par la présence d'un nouveau chef. Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans ce projet ?

[Stanislas] Un concours de circonstance, et en même temps, je pense que, si je croyais profondément au destin, je dirais que là, il s'est passé quelque chose... A un moment donné, alors que le projet commençait à prendre forme, ils se sont demandés chez Disney et les partenaires du spectacle : tiens, quel chef pourrait-on prendre ? Et je crois que quelqu'un a pensé à moi parce qu'il avait dû lire ma bio. J'étais toujours chef d'orchestre, et puis, apparemment, j'avais le petit plus : ces deux casquettes possibles ; à la fois populaire de la musique de variété / pop, et symphonique. Donc, on m'a appelé un beau jour, et j'ai dit évidemment oui tout de suite ! Tout simplement parce que le challenge est hyper excitant. On dirait que ça correspond pile à ce pourquoi j'ai travaillé le classique, et pile à ce pourquoi j'ai fait des disques pop : tout d'un coup il y a une espèce de synthèse de ce que j'aime, un peu miraculeuse, qui se fait dans ce projet et... qui m'amuse beaucoup !

[Chronique Disney] Quel est l'apport de Stanislas dans ce spectacle ?

[Stanislas] Comme il y a des images qui sont projetées, évidemment le tempo dépend de ces images. Je suis une conduite. En revanche, comme dans toute musique symphonique, la part d'interprétation est réelle. C'est-à-dire que la musique n'existe pas sans interprète, sans façon de lire ces hiéroglyphes qui constituent une partition, et sans l'âme qu'on va y mettre. Donc si vous voulez, ma part de création est aussi importante que si j'allais interpréter une symphonie de Beethoven. Tout est écrit, tout le déroulé de la musique est écrit sur la partition, il faut respecter un certain nombres de tempos, de points de rendez-vous, mais la musique ne commence pas là. La musique commence à partir du moment donné où on l'interprète. Donc ma part d'interprète, c'est cette part de chef d'orchestre qui est formidable, qui est de transformer une abstraction, qui est déjà une œuvre d'art, en musique.

Pour les chanteurs, je voulais qu'ils aient un profil assez multiple. J'ai donc essayé de trouver des voix qui étaient d'abord de beaux timbres, et ensuite polyvalents, parce qu'ils doivent chanter beaucoup de choses différentes, parfois dans la même pièce. Je voulais qu'ils aient cette culture américaine, et qu'on retrouve un côté un peu gospel. Or, j'avais été voir Gospel pour 100 Voix, le spectacle. J'y avais trouvé certaines voix qui étaient à la fois gospel mais qui pouvaient aussi chanter autre chose. Donc c'est un peu des acrobates que j'ai pris, avec toujours de très belles voix.

J'ai souhaité, et je crois que tous les partenaires du spectacle étaient d'accord, de le faire en français. Il s'agit d'un public familial, où les gens ont l'habitude depuis longtemps de voir les Grands Classiques en français ! Si vous voulez, autant, par exemple moi je vois tous les films en version originale, mais ça ne me dérange pas de voir les dessins animés en français, puisque ce sont des personnages un petit peu hors du temps. Le Roi Lion qui parle français ou anglais, ça m'est parfaitement égal. Donc, faisons-le en français !

[Chronique Disney] Parmi les compositeurs ayant travaillé pour Disney, certains ont-ils été pour vous une source d'inspiration dans votre façon d'aborder la musique, voire dans votre écriture ? Avez-vous, par le biais de ce spectacle, découvert certains de ces compositeurs ?

[Stanislas] Oui ! Par exemple, j'ai découvert Jerry Goldsmith dans Mulan. Je connaissais le compositeur mais je ne l'avais pas remarqué pour ce film. Quand j'ai écouté la suite symphonique de Mulan, ça m'a particulièrement ému, même en lisant la partoche, j'étais vraiment ému à ce moment-là.
La musique de Disney a influencé non seulement la musique de film hollywoodienne, mais au-delà, la musique américaine, parce que cette musique de Disney a fait la synthèse de la musique russe, avec Tchaïkovski par exemple, de la musique italienne, d'opéra, comme celle de Verdi et Puccini, et puis de la musique "illustration sonore" des dessins animés, qu'on peut rencontrer aussi chez les concurrents comme Tex Avery. Disney a fait cette synthèse, et donc a influencé la musique américaine. Et au-delà, la musique à l'image et la musique tout court. Quand j'écris de la musique et que tout d'un coup, je veux que ce soit chatoyant, aérien, je mets des cloches, des flûtes dans l'aigu, et tout d'un coup, bah évidemment, ça peut rappeler du Disney ! Parce que, je ne sais pas s'ils ont été précurseurs, mais en tout cas, ce sont eux qui ont été à l'apothéose de cette musique qui fait rêver.

[Chronique Disney] La Symphonie des Grands Classiques est-elle, à l'image de ce qui se fait au Japon avec les spectacles Disney On Classic de Brad Kelley et le Tokyo Philharmonic "Neverland" Orchestra, vouée à se renouveler et à connaître une longue série de concerts ?

[Stanislas] C'est sûr que si l'expérience, comme je l'espère et comme ça a l'air de le devenir, est concluante, si on me rappelle pour continuer, évidemment, ce sera une joie ! Il faut s'imaginer quand même que ce sont des musiques enchanteresses, tout à fait exceptionnelles, très bien orchestrées. J'ai un mot qui me vient en tête : "chouette". On écoute ça, c'est direct. C'est à la fois sophistiqué et ça parle au cœur tout de suite et c'est vraiment sympa à travailler. Bon, un medley est difficile à mettre en place, parce que ça change tout de suite d'ambiance. Il peut y avoir en même temps de l'action avec des grands sentiments ; donc il faut tout de suite changer... et heureusement, j'ai de très bons musiciens.
Il y a un medley du spectacle qui est particulièrement difficile, c'est une pièce où il y a tous les méchants. Parce qu'autant, quand c'est des sentiments de cœur, de tendresse, souvent il y a une expression naturelle, un élan du cœur, et la musique découle naturellement de cet élan. Autant pour les méchants, c'est toujours un peu à contrecœur, je dirais. Donc c'est souvent quelque chose de heurté, et techniquement, parfois, c'est beaucoup plus difficile à mettre en place, ça va dans tous les sens, il y a une violence. C'est plus périlleux, mais très amusant de toute façon.
Très difficile à monter, mais en revanche, je ne boude pas mon plaisir, c'est le pied !

Toute l'équipe de Chronique Disney (ou presque) a bien sûr pris soin d'assister à l'une des trois représentations données. Alors, qu'en est-il des promesses de Stanislas ? La première des choses à retenir est que le spectacle a été beaucoup apprécié ; certains membres du site ayant même eu des larmes d'émotion monter à plusieurs reprises.
Mais pour un spectacle de cette envergure, il est dommage que le souci du détail n'ait pas été présent dans tous les domaines, et que l'aboutissement de ce projet n'ait pas comblé toutes nos attentes. Certains points sont venus, en effet, entacher ce qui aurait pu être une véritable et totale réussite.

Tout d'abord, pourquoi ne pas communiquer sur le nom des intervenants ? Seul celui de Stanislas a été révélé (ce qui est heureusement la moindre des choses), mais nous n'avons eu droit qu'une fois au nom des chanteurs solistes cités par la présentatrice (Nathalie Lhermitte ?), et encore durant les applaudissements, ce qui fait que ce n'était pas audible. Peut-être qu'un programme aurait permis de combler cette lacune, par égard aux artistes présents sur scène...

Ensuite, si Stanislas, l'orchestre et le quatuor vocal étaient excellents, que pouvons-nous dire du concept de ce spectacle ? Il a, à plusieurs reprises, montré ses limites. Tout d'abord par le titre : la Symphonie des Grands Classiques sonne certes très vendeur mais réduit les possibilités du répertoire. Des thèmes comme ceux de Rocketeer ou Il Était une Fois, même s'ils sont très beaux et auraient une place de choix dans d'autres circonstances, faisaient ici un peu figure d'intrus.
Qu'en est-il, en outre, de la communion du son et de l'image ? Un manque de synchronisation fâcheux a été perceptible de nombreuses fois, non par le manque de rigueur de l'orchestre mais plutôt par le choix des images. Est-il pertinent de montrer la scène où Aladdin chante Je Vole au moment où la chanson est interprétée ? On s'attend inexorablement à ce que les paroles correspondent précisément à ce qui se passe à l'écran, ce qui ne peut pas être le cas et crée dès lors de la frustration.... Alors que d'autres scènes du film auraient été moins gênantes, comme ce fut le cas pour Bella Notte où on ne s'est pas contenté de la seule scène des spaghettis. Et que dire, toujours sur ce registre des images, du fait de voir Disney France ne pas mettre d'extraits de Rocketeer mais de se contenter de l'affichage d'un simple logo statique, qui plus est, tiré de la B.D. et non pas du film ! C'est à se demander si la personne en charge de la mise en images le connaissait vraiment ?!
Toujours dans le rapport du son et de l'image, qu'en est-il de l'association du timbre du chanteur avec le personnage ? Si la voix du baryton correspond bien à celle de Sébastien le crabe, ce même baryton s'éloigne déjà plus de Scar. Encore une fois, ce n'est pas un problème d'interprétation qui fut plutôt réussie, mais bien celui d'une adaptation avec ce qui se passe à l'écran où la voix est physiquement associée au personnage. L'interprétation des Pauvres Âmes Infortunées passe très bien dans le spectacle Disney's On the Record, alors qu'on est pourtant loin du timbre de Micheline Dax ou de Pat Carroll !
Par ailleurs, le choix de sonoriser l'orchestre en individualisant les instruments et non de façon globale est très discutable. De cette façon, on perd l'équilibre sonore de l'orchestre. Non seulement, ce sont des haut-parleurs qui viennent s'interposer entre l'auditeur et les musiciens, et on perd du coup ce qu'il se passe sur scène (il faudra, en effet, attendre une intervention des percussions, un roulement de timbales pour sentir les vibrations provenant de la scène, et il suffit que le spectateur soit placé juste devant un des haut-parleurs pour avoir une impression d'écouter un disque en mono). Mais en plus, l'équilibre naturel de l'orchestre a été délibérément malmené par des choix plus que douteux qui consistaient à faire ressortir certains instruments comme le premier violon ou la harpe (fâcheux quand il y a des problèmes de mise en place) au détriment d'instruments comme les cors qui n'avaient pas uniquement un rôle harmonique mais également des interventions mélodiques qui ont ici été étouffées.
Enfin, certains petits détails auraient pu être améliorés : les bafouillages de la narratrice ou alors son envie de faire participer le public en chantant en anglais, alors que ce spectacle a été conçu pour un public francophone (pas sûr que beaucoup d'enfants aient repris A Dream Is a Wish Your Heart Makes avec elle !) ; les chorégraphies un peu hasardeuses des chanteurs quand ceux-ci restaient sur scène au moment où la partie du medley était purement instrumentale, ce qui leur conférait un côté amateur alors que ce n'est pas le cas...

Mais, ne nous méprenons pas. Ce spectacle fut de qualité et très apprécié. Les musiciens, les chanteurs, et Stanislas en tête ont réalisé un travail remarquable. Mais peut-être que le concept est à améliorer. Si Disney a toujours l'ambition comme ce fut le cas dans Fantasia de mettre l'orchestre symphonique en avant, qu'il aille jusqu'au bout en lui donnant toute son amplitude !