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Jean-François Camilleri
Présente Disneynature | tv

L'article

Publié le 09 mai 2012

Tout passionné de Disney qui se respecte sait que Jean-François Camilleri, PDG de The Walt Disney Company – France, est le premier patron de la branche française de la firme de Mickey à avoir pris en considération le public très particulier que constituent les fans et autres experts amateurs de son (ses) label(s). Il avoue d’ailleurs avec malice en connaitre parfaitement l’exigence et les excès. Pour autant, il a très tranquillement, dès juillet 2010, accepté de s’adresser directement à lui en recevant Chronique Disney pour non seulement se présenter mais aussi exposer sa vision précise de Disney en France.
C’est chose faite au cours du portrait dressé de lui à l’époque, qui a révélé, en plus du fan de Walt Disney qu’il est, un véritable expert de l’œuvre contemporaine disneyenne mais aussi du patrimoine et de l’histoire de la compagnie toute entière.
Mieux encore, preuve à l’appui, il fait et obtient, à la tête de la branche française de la firme de Mickey, des résultats à faire pâlir d’envie bien des fans d’autres pays européens. Par rapport aux passionnés italiens, espagnols ou allemands, leurs alter-egos français bénéficient, il est vrai, à plein, de son enthousiasme à faire vivre Disney au cœur même de l’hexagone.
Bouillonnant, Jean-François Camilleri a, en effet, toujours un coup d’avance !

Il importe d’abord - et c’est bien normal - les réformes mises en place par sa maison-mère sur son marché natif américain. Il organise, de la sorte, le nouveau modèle d’exploitation des chaines Disney en en démocratisant l’accès ; une mission confiée à Hélène Etzi qui révolutionne la distribution de Disney Channel et de ses petites sœurs (XD, Junior et Cinemagic) tout en travaillant à la construction de grilles harmonieuses...
Il redéfinit ensuite le maillage des Disney Store (en fermant la plupart des magasins !) et les repositionne dans l’optique de faire vivre à la clientèle l’expérience Disney ; Christophe Lalande en charge du dossier inaugure ainsi le nouveau concept de points de vente à Lyon...
Il donne enfin une nouvelle impulsion à la bande dessinée Disney en confiant la licence des titres à une nouvelle maison d’édition, délaissant l’historique (mais endormie) Hachette au profit de la tonique et ambitieuse Glénat : une toute nouvelle gamme de BDs débarque ainsi en librairie pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Mais Jean-François Camilleri ne se contente pas de se limiter aux seules directives de sa tutelle américaine. Parfait connaisseur du marché hexagonal, il entend donner à Disney la place qu'il estime être la sienne sur ses terres.
Déjà, sous son impulsion, la France peut se targuer d'être le seul pays, en dehors des USA, à avoir vu naitre sur son sol un label Disney à part entière (Disneynature), administré depuis Paris et à vocation internationale ! Elle est aussi le premier territoire qui voit se lancer une nouvelle chaine Disney : Disneynature | tv !
Ensuite, il place Disney au cœur de la technologie et explore tout azimut la mise à disposition du catalogue (pas encore du patrimoine mais ça viendra le moment venu !) de manière dématérialisée. Il s'allie ainsi, là, au turbulent fournisseur d'accès Free pour Disneytek, aux grands noms de l'internet avec Google et Youtube pour la VOD via le web ou aux opérateurs historiques Orange et SFR (Disneynature | tv et Disney Channel Avant Première).
Enfin, il ne se contente pas de revendiquer que Disney est dans le code génétique des Français en criant dans le désert, mais œuvre concrètement pour organiser des rencontres avec ses artistes dont bien des fans de pays européens rêvent. Ainsi, les passionnés français ont pu assister à des masterclass de Glen Keane, Andreas Deja, ou John Lasseter (venu en sa qualité de réalisateur). De purs moments de bonheur !
Il va même au-delà en important et adaptant en France une manifestation dont l'aura a dépassé depuis longtemps les frontières du web : La Symphonie des Grands Classiques. Le spectacle a crée l'évènement en novembre dernier au point de valider dans l'esprit de Jean-François Camilleri le renouvèlement de l'expérience sur une durée plus longue que trois jours et la mise en place d'une tournée en Province. Passant de la réalité à la rêverie, interrogé sur l'éventualité d'avoir à Paris un « El Capitan » bien à soi (ce ne serait d'ailleurs pas une première puisque Disney France a déjà eu une salle en propriété avec le Napoléon), il confie qu'une telle éventualité serait un nirvana bien qu'il estime que l'opportunité d'y parvenir dépende de tellement de variables (immobilières, économiques, artistiques, etc.) qu'elle relève encore du domaine du rêve doux-dingue...

Car Jean-François Camilleri est aussi un patron au fait des réalités économiques ! Le traitement des (Les) Muppets, Le Retour en France est d'ailleurs un cas d'école pour tous les fans français, et au-delà pour tout apprenti manager ou élève en marketing.
Retour donc sur un évènement qui restera comme marquant dans la relation du patron de Disney France avec son réseau de fans !
Le succès des (Les) Muppets, Le Retour aux USA à l'automne 2011 attise, en effet, de ce côté de l'Atlantique, l'envie des passionnés de le voir vite débarquer en salles. C'est d'autant plus vrai que Les Muppets bénéficient dans l'inconscient collectif d'une affection empreint de nostalgie de la grande époque où Micheline Dax, Pierre Tornade, Gérard Hernandez et autre Roger Carel en assumaient la destinée via un doublage dont la qualité ne sera plus jamais égalé. Mais voilà, de l'eau a coulé sous les ponts et le potentiel des Muppets en France s'avère désormais plus que limité. Les enquêtes réalisées en secret par Disney France sont sans appel : le film sous-performe sur toutes les catégories. Dès lors, la filiale française hésite : un jour, le film est annoncé en sortie nationale à telle date, le lendemain retiré sans explication aucune, puis de nouveau annoncé, pour être finalement retiré définitivement de tout planning. Les fans grondent et ne comprennent pas la frilosité de Disney France. Chronique Disney s'en fait l'écho et analyse, au-delà de cette péripétie, le sentiment d'abandon dans l'hexagone de la politique du Disney de Noël. La toile s'enflamme et le billet d'humeur arrive aux oreilles de Jean-François Camilleri et de Xavier Albert (le patron de la branche Cinéma en France). Mis en ligne un vendredi soir, l'article frondeur est décortiqué par leurs soins tout le week-end et donne lieu à la demande d'un Droit de Réponse signé de Jean-François Camilleri, en personne ; que Chronique Disney s'empresse de publier, par courtoisie et respect (il n'y avait, en effet, rien de menaçant dans la démarche du boss de Disney France mais une simple volonté d'exprimer son point de vue), et au-delà, pour alimenter le débat...

Qu'en est-il de cette anicroche, en mai 2012, mois de sortie, en France, du DVD et Blu Ray des (Les) Muppets, Le Retour ?
Rencontré à l'occasion du lancement de Disneynature | tv, Jean-François Camilleri assume son choix de ne pas avoir proposé le film dans les salles de l'héxagone. Il explique que tous les pays qui l'ont fait (hors USA) ont perdu beaucoup d'argent car le besoin de soutien en marketing de cette œuvre atypique est tel que son point de rentabilité est inatteignable. Or, en manager, il se doit de veiller à l'équilibre financier des projets et des films qu'il porte. A la question de savoir si une diffusion dans un réseau de quelques cinémas de grands centres urbains (tels Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux) n'aurait pas été une bon compromis, il révèle que les propriétaires de salles n'en voulaient pas et que – n'entrant pas dans la catégorie des films d'Art et d'Essai – il ne pouvait pas non plus intégrer ce réseau, soutenu par les fonds publics... Dès lors, il démontre, chiffres à l'appui, que sa décision a été la bonne. Il insiste d'ailleurs sur le fait que la sortie vidéo, qui se produit en France dans la foulée de l'américaine, constitue une preuve de sa bonne volonté sur ce film (dont il ne conteste à aucun moment les qualités) tout comme l'organisation d'une projection spécialement organisée pour les fans au Publicis. Si Chronique Disney regrette - et regrettera toujours – la non sortie des (Les) Muppets, Le Retour au cinéma, il est un fait assurément appréciable : celui d'avoir les réponses à ses questions, sans esquive, ni langue de bois. Peu de réseaux de fans peuvent, en effet, se targuer d'avoir en face d'eux, des interlocuteurs qui leur tiennent un discours de vérité. C'est le cas en France des fans de Disney, et c'est louable !

Au lendemain du lancement de Disneynature | tv, Chronique Disney a donc eu l'opportunité de s'entretenir par téléphone avec Jean-François Camilleri, en sa qualité de PDG du label Disneynature...

[Chronique Disney] Chimpanzés crée l'évènement aux USA : pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

[Jean-François Camilleri] Chimpanzés est un très beau succès ! Il en est à 20 millions de dollars en 10 jours et on vise les 30 - 33 millions de dollars : c'est vraiment une belle réussite ! Ca va être sans aucun doute le plus gros film du label Disneynature aux USA, le précédent étant Un Jour sur Terre qui avait fait 32 millions... Chimpanzés a le potentiel pour être autour de ces eaux-là. Mais au-delà de ces superbes résultats, ce que je veux souligner c'est que le label Disneynature est désormais connu et reconnu aux USA. Les journalistes en parlent, le public en parle, les partenaires en parlent : le label est lancé et bien lancé !

[Chronique Disney] Nous avions des craintes sur la viabilité économique de Disneynature et sa pérennité au sein de The Walt Disney Company : qu'en est-il ?

[Jean-François Camilleri] Disneynature est ancré et bien ancré au sein de Disney. Complètement même. D'abord par son catalogue qui se densifie : nous en sommes à six films produits ou distribués en l'espace de quatre ans dont la plupart a marché. Deux autres vont être lancés très rapidement. Les tournages vont commencer cet été. Ils seront annoncés d'ici deux ou trois semaines. Disneynature en sera donc à huit films alors que le label n'a que quatre ans ! Ca fait pratiquement deux films annoncés par an ce qui est un rythme soutenu. Par ailleurs Disneynature vit en télévision. Outre le lancement de Disneynature | tv, nous avons le projet d'une adaptation de Félins pour le petit écran et enfin, nous envisageons également des séries télé pour une grande chaine. En dehors de ses aspects artistiques, dont je vous laisse juger de la qualité, Disneynature est sain financièrement. Au-delà, je veux insister sur l'apport de Disneynature dans la protection de la Planète, en association avec les organisations non gouvernementales. Nous travaillons par exemple beaucoup avec l'institut Jane Goodall, partenaire de Chimpanzés. Nous révélerons d'ailleurs bientôt le montant que nous allons lui versé et qui sera important, compte tenu des résultats du film. Nous travaillons avec beaucoup d'organisations aux USA : nous en sommes déjà à plus de 5 millions de dollars de dons de financement de projet et nous taquinerons les 6 millions avec Chimpanzés.
Pour toutes ces raisons, au sein de l'entreprise Disney, Disneynature est un label connu et respecté auquel Bob Iger fait souvent référence. Disneynature prend d'ailleurs ses marques dans tous les pans de la compagnie comme les parcs et surtout Animal Kingdom à Walt Disney World Resort avec les équipes duquel nous travaillons. L'avant-première de Chimpanzés s'est faite par exemple et logiquement dans ce parc.
Enfin, et même s'ils sont sur une niche, les produits Disneynature (les peluches, livres et autres goodies) réalisent de bon résultats et sont appelés à se développer au sein de nos Disney Store mais pas uniquement eux...

 

[Chronique Disney] Nous notons une différence d'approche marketing dans la façon de « vendre » les productions Disneynature en France et aux USA : qu'en est-il ?

[Jean-François Camilleri] C'est quelque chose de normal et que je souhaite. Je fais confiance aux équipes marketing de chacun des pays qui sort un Disneynature pour le présenter sous le meilleur angle possible afin qu'il rencontre son public. Cela se voit notamment entre la France et les USA parce que les USA positionnent Disneynature dans le public familial, alors qu'en France, le label est plus « adulte », plus large que le seul public familial. Si vous regardez par exemple l'affiche française et américaine de Félins, vous comprenez directement cette différence d'approche. Cela se voit également dans les narrations dont la teneur varie d'un pays à l'autre ; encore une fois plus adulte en France, plus à destination des familles avec jeunes enfants aux USA. En revanche, il est clair que je ne souhaite pas que les films Disneynature visent directement les enfants, comme par exemple ce qui a été fait par la concurrence sur La Famille Suricate. Je n'invente rien dans cette politique : je suis, là, la recette des films Pixar qui ont clairement, et depuis toujours, deux niveaux de lecture.

[Chronique Disney] Nous regrettons de voir Pollen sortir en simple bonus Blu-Ray de Félins ? Pourquoi un tel traitement ?

[Jean-François Camilleri] Pollen a fait très peu d'entrées en salles et n'a sans doute pas la capacité de vivre seul sur le marché de la vidéo. Nous profitons donc de la sortie de Félins, plus connu et plus fédérateur, pour le faire connaitre au plus grand nombre. Sorti séparément, Pollen aurait sans doute eu du mal à trouver une place sur les étales des distributeurs qui décident seuls de mettre ou pas en avant une sortie. Or, avec Félins et Pollen, nous nous assurons un bon accueil auprès des revendeurs.

[Chronique Disney] Vous lancez Disneynature | tv ? Déjà, pourquoi une chaine directement et non pas une case sur Disney Cinemagic ?

[Jean-François Camilleri] Ce que je souhaite, c'est ne pas imposer les choses aux gens. Regarder la Nature à la télévision, ça intéresse beaucoup de monde mais pas la majorité. Je ne veux pas être un dictateur des programmes en disant aux gens voilà ce qu'on vous a concocté pour ce soir : c'est ça ou rien ! Je ne trouve pas cela très sain. Surtout dans la période dans laquelle nous sommes où le téléspectateur est de plus en plus libre de regarder ce qu'il veut mais surtout quand il le veut. Le téléspectateur a pris la commande au sens propre comme au sens figuré de ce qu'il veut voir. Il a pris le pouvoir grâce à la télévision de rattrapage, à la VOD au coup par coup ou par abonnement. C'est lui qui décide aujourd'hui à quelle heure il veut voir tel ou tel programme, en dehors, bien sûr, des grands évènements en direct, sportifs, politiques ou culturels. Donc, j'ai décidé d'assumer cet état de fait et, plutôt que de mettre une case sur Disney Cinemagic ou de créer une antenne à part-entière, j'ai pensé Disneynature | tv comme un catalogue que je mets à disposition du public. Mais, là aussi, je prends en compte l'évolution des mentalités. Le public en a assez des services VOD où le choix est tellement large et la navigation dans le menu tellement laborieuse, qu'on passe plus de temps à chercher ce qu'on veut voir pour finalement de rien choisir et... renoncer ! Donc Disneynature | tv est une chaine qui propose 40 programmes choisis par nos soins dont le téléspectateur peut aisément consulter la liste et surtout regarder quand il le décide, au rythme qu'il souhaite (on peut après 20 minutes choisir de s'arrêter de visionner et reprendre plus tard). Cette sélection a la prétention d'être la meilleure sur tous les sujets qu'elle traite (par exemple, la protection des océans) parce que les personnes qui l'ont faite ont, de par leur fonction, accès à tout ce qui se fait et, par conséquent, une vision complète de la qualité des films disponibles sur le marché sur les différents thèmes.

[Chronique Disney] Disneynature | tv n'est présente que sur Orange et SFR : pourquoi ce choix ; y'aura-t-il à terme un déploiement plus généreux ?

[Jean-François Camilleri] Nous avons signé avec les opérateurs qui ont eu envie de nous suivre. Cela fait, et passé le délai d'exclusivité de quelques mois, Disneynature | tv a vocation à être largement distribuée.

[Chronique Disney] Sur la programmation de Disneynature | tv, nous avions sur Chronique Disney imaginé bien avant le lancement de la chaine, une grille idéale pour les fans. Or, à l'heure de son lancement, nous remarquons que peu de programmes relèvent de Disney : cinq seulement ! Pourquoi ? Les True-Life Adventures auront-ils droit de citer sur la chaine ?

[Jean-François Camilleri] Oui : les True-Life Adventures seront à un moment et à un autre sur Disneynature | tv. Encore une fois, c'est une chaine qui évolue en permanence. Il ne faut se fier sur sa première grille de programmation. Dans deux ou trois mois, elle sera complètement remaniée et ainsi de suite. Il va y avoir des centaines de films qui vont passer. Donc que le film que vous cherchez n'y soit pas aujourd'hui, ne veut pas dire qu'il n'y sera pas dans quelques temps. Sachez que je m'implique personnellement dans la programmation en ma qualité du fondateur du label Disneynature je conserve naturellement un œil attentif, très attentif à tout ce qui se fait en son nom et je fais confiance à mes équipes pour bien comprendre ce que je veux faire de cette chaine. Je valide tout ! Mais, soyons clairs, Disneynature | tv n'est pas destinée à proposer uniquement des productions Disney. La raison est simple : le catalogue de Disney et de Disneynature n'est pas suffisant pour faire vivre une chaine sur ce thème précis de la Nature. Si nous enlevons les True-Life Adventures et les productions Disneynature, qui ne peuvent pas être proposées toutes directement, compte tenu de la fenêtre légale de mise à disposition en Service de Vidéo à la Demande (36 mois entre la sortie cinéma et la présence dans un catalogue SVOD !), la grille de la chaine serait figée et c'est impensable qu'elle le soit ! Donc, nous ne pouvons pas tout mettre d'un seul coup et puis, plus rien. La présence de productions non disneyennes relève d'une simple logique de programmation, et non fondamentalement d'une démarche éditoriale pure et dure.