Douchka
1, 2, 3, Mickey, Donald... Émoi !

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Publié le 22 avril 2012

À l'occasion du concert Génération 90 au Dôme de Disney Village, à Disneyland Paris, Chronique Disney a eu la chance de rencontrer Douchka Esposito qui a été Ambassadrice Disney de 1984 à 1989 et qui revient sur scène pour la première fois dans le cadre d'un évènement lié à Disney.

[Chronique Disney] Quels sont vos souvenirs liés à la création de votre contrat avec Disney, grâce à votre beau-père Umberto Petrucci ?

[Douchka] J'avais déjà débuté une carrière de mannequin, lorsque mon beau-père a appris que Walt Disney Productions cherchait une jeune fille pour les représenter à long terme de façon exclusive. Ils avaient tenté quelques coups d'essai avec Chantal Goya (Allons Chanter Avec Mickey), Dorothée (Rox et Rouky), Henri Salvador (Les Aristochats). Plusieurs jeunes filles ont été proposées à Walt Disney Productions, je n'ai pas bénéficié d'un traitement de faveur parce que j'étais la belle-fille du producteur Humbert Ibach, cela n'aurait pas été professionnel. J'ai quand même passé un casting et c'est moi qui ai été choisie.

[Chronique Disney] Comment avez-vous vécu le succès fulgurant et immédiat de votre premier single, 1, 2, 3, Mickey, Donald et Moi ?

[Douchka] Ça a démarré très vite, j'aimais beaucoup les mélodies des films de Walt Disney, leur magie et leur univers proche de la comédie musicale et de la musique classique. Emballée par le projet, la magie a opéré immédiatement, notamment grâce aux idées d'un producteur génial à sa façon qui a eu l'idée de faire une adaptation originale de la chanson de Luis Miguel, 1 + 1 = 2 Enamorados qui est devenue 1, 2, 3, Mickey, Donald et Moi, il fallait y penser. C'était une idée que je trouvais vraiment pertinente, c'était le trio porte-bonheur et c'était magique pour moi d'arriver à la télévision avec eux car, à l'époque, on ne les voyait pas danser et chanter.

[Chronique Disney] C'était avant l'époque des Parcs en France donc c'était inédit.

[Douchka] Voilà donc j'avais vraiment le privilège de véhiculer l'image des personnages à travers la France et d'être la seule, quelque part, à pouvoir le faire. Quand j'arrivais sur scène, c'était d'une puissance et d'une magie incroyable. Le jour de la première télé, ça a été fulgurant et ça n'a pas arrêté pendant sept ans.

[Chronique Disney] Dès votre premier album, Élémentaire Mon Cher Baloo, on trouve des titres à la fois très liés à Disney (les deux tubes précités mais aussi Bambi, Goofy le Meilleur, Happy Birthday Monsieur Donald) et également des titres sans aucun lien direct (Mon P'tit Cœur, Mon Prince, Douc'ment Douchka) ? Y avait-il un quota Disney à respecter ? Abordiez-vous les titres Disney et les autres de la même manière ?

[Douchka] Douc'ment Douchka, j'ai réécouté cette chanson et je me suis dit que c'était ma conscience Jiminy Cricket qui avait dû me l'écrire. On devrait me la faire réécouter plus souvent.
C'est très difficile de travailler en tant que producteur avec des jeunes qui rêvent de s'accomplir en tant qu'artistes. Si ça avait été aujourd'hui que je signais un contrat exclusif avec Disney, les choses auraient été différentes. Mais à l'époque, je ne m'étais pas réalisée en tant qu'artiste donc le fait que mon producteur me donne d'autres chansons à chanter me permettait de tenter d'exister en tant que moi. Mais le champ d'expression était très limité, ça m'a permis de varier les plaisirs, mais ce ne sont pas ces chansons dont les gens se souviennent aujourd'hui.

[Chronique Disney] Elles ne sont pas sorties en single...

[Douchka] Non, c'était finalement pour me faire plaisir qu'on m'a donné cette opportunité.

[Chronique Disney] Le troisième single est important pour les fans Disney car c'est le premier qui sort conjointement avec un nouveau film d'animation Disney, Taram et le Chaudron Magique. Pouvez-vous nous parler de la promotion de single ? Sentiez-vous que vous aviez un rôle à jouer dans la promo du film en lui-même alors que les Américains n'avaient pas la possibilité de promouvoir leurs films avec une chanteuse au travers d'émissions de variétés ?

[Douchka] Oui, c'est vrai que je ne mesurais pas cette chance qui m'a été donnée, tout a été tellement vite. Je me souviens de Roy E.Disney qui m'a remis mon Disque d'Or, c'était le sosie de Walt, j'étais impressionnée !
J'ai aussi rencontré Armand Bigle qui avait été l'associé de Walt Disney (ndlr : PDG de The Walt Disney Company France de 1947 à 1991, choisi par Walt et Roy en personne).
Je participais aux avant-premières, j'y ai rencontré Pierre Sismann, le dernier président que j'ai connu avant que je m'en aille (ndlr : Directeur Général de Disney France de l'époque) et Dominique Bourse (ndlr : Vice-Président de Disney France de l'époque) qui sont à la tête de Cyber Group Studios aujourd'hui. Ils travaillent toujours avec Disney (ndlr : Disney distribue en vidéo leur série Ozie Boo!).
Pierre Sismann, c'est lui qui a produit Anne car il ne s'est pas entendu avec mon producteur que je ne voulais pas quitter : Pierre Sismann voulait une artiste labellisée Walt Disney pour la développer à l'international, il ne voulait pas du label Ibach, ce que mon producteur a mal vécu car j'étais son poulain, il était mon pygmalion. Leur mésentente et mon envie grandissante de faire autre chose ont mené à mon départ définitif. Pour me retenir, il aurait fallu me laisser faire du live, me donner un air nouveau...
Aujourd'hui, le positif l'emporte largement tant j'ai vécu de bons moments. Et quand je reviens sur ma vie et me demande ce que j'en garderai à jamais, Disney occupe une place de choix, tant l'univers de Disney me correspondait. Et quel plaisir de l'avoir touché du doigt.
Et Anne a vécu la même chose et a quitté Disney suite au même besoin que moi. Lorie vit la même chose et veut à présent jouer les jeunes femmes. À 25 ans, on n'a plus du tout envie de mettre le kilt, les chaussettes et les babies.


Britney Spears entourée des autres Mouseketeers du Mickey Mouse Club de Disney Channel.
On reconnaît également Christina Aguilera et Justin Timberlake.

[Chronique Disney] Britney Spears aussi a vécu la même chose, elle chantait dans le Mickey Mouse Club.

[Douchka] Oui mais elle a eu la chance de trouver des producteurs qui l'ont comprise. Moi aussi, j'ai voulu me la jouer Madonna, il aurait fallu me faire aller là, effectuer un virage à la Lara Croft tout en restant cohérente avec l'univers de Disney. Il fallait me sortir de ce personnage très "Alice au Pays des Merveilles" alors que dans ma tête, j'étais déjà passée à autre chose et avait une longueur d'avance ; le producteur voulait être prudent et a eu peur de casser ce personnage pour me faire aller vers quelque chose de plus moderne. Moi, j'étais déjà passé à l'univers Disney des années '90. On y entrait, j'avais la force de l'âge. Aujourd'hui, je me remets le kilt et les cols claudines avec plaisir mais à 25 ans, j'avais envie de mettre des combinaisons lamées, de me gominer les cheveux, de jouer les personnages un peu futuristes plutôt que les romantiques de la Comtesse de Ségur.

[Chronique Disney] En plus de cela, Taram et le Chaudron Magique est le premier clip musical basé sur un film Disney, dans le monde. Aux États-Unis, ça n'arrivera que sept ans plus tard avec Beauty and the Beast de Céline Dion et Peabo Bryson. Dans ce clip, vous dansiez aux côtés de Taram et de deux Gurki (d'ailleurs, c'est le seul exemple que l'on connaisse où on voit apparaître deux fois un même personnage Disney, ce qui nous laisse penser que vous aviez sûrement travailler entre français). Parlez-nous de ce clip.

[Douchka] Je ne savais pas que c'était le premier ! Je me souviens que Beauty and the Beast avait relancé la carrière de Céline Dion.
Je me souviens très bien du clip de Taram et le Chaudron Magique avec Gurki le croqueur de pommes et Tirelire le cochon médium ! J'aime ça chez Disney, cet ésotérisme, cette philosophie partagée au travers des animaux, c'est formidable. On est finalement tous magiciens, j'ai rêvé d'être là aujourd'hui.

[Chronique Disney] De revenir à Disneyland Paris aussi longtemps après et de retrouver cet univers ?

[Douchka] Oui, exactement.


Les Wuzzles et les Gummi.

[Chronique Disney] Vous participez aussi à un autre évènement de taille chez Disney, le lancement des toutes premières séries animées. En effet, vous chantez la chanson de générique des Wuzzles puis des Gummi. Pour la première fois, votre voix apparaît dans une production Disney, en dehors de vos propres albums et clips. Un beau souvenir ?

[Douchka] Oui, excellent, je recherche d'ailleurs à revoir ces séries, il faut que vous m'envoyiez les liens vers les DVD ou les vidéos en ligne !

[Chronique Disney] Pas de problème, on vous envoie tout ça par mél !

[Douchka] Super !

[Chronique Disney] Vous avez eu une nomination aux Victoires de la Musique dans la catégorie des chansons pour enfants ! Comment avez-vous vécu cette nouvelle ?

[Douchka] Mal d'avoir perdu devant Dorothée ! (rires) J'étais contente d'être nommée mais j'aurais voulu gagner car je trouvais ma chanson meilleure que la sienne ! Je plaisante, c'était de bonne guerre, elle a eu la chance de gagner, j'en suis ravie pour elle !

[Chronique Disney] Quelles relations entreteniez-vous avec vos jeunes fans ? Que ressentiez-vous ?

[Douchka] J'ai toujours eu un super feeling avec les enfants. Dès que je monte sur scène, je les vois réagir. Même récemment quand je monte sur scène, les enfants ne me connaissent pas mais sont ravis de me voir chanter à propos de Baloo, des rêves d'amour, de Mickey. Pour eux, je suis comme Mary Poppins. Ils sont toujours là et maintenant, je touche trois générations. Au dernier spectacle, la salle était pleine, il y avait les parents des enfants de l'époque qui achetaient mes disques et ces derniers sont jeunes parents aujourd'hui. C'est géant pour moi. Comme Chantal Goya qui touche quatre générations, ou cinq.

[Chronique Disney] Peut-être pas cinq...

[Douchka] Non, quatre, ça suffira ! Pardon, Chantal ! (rires)

[Chronique Disney] Peut-on connaitre la raison exacte qui vous a fait quitter votre rôle de première Ambassadrice Disney France en pleine gloire ?

[Douchka] J'ai voulu arrêter parce qu'à un moment donné, j'avais envie de voyager. Pour moi, Disney, ce devait être l'international, la scène, le live et j'étais un peu enfermée dans un système bien huilé : promo, studio, télé. Évidemment, c'est un chance merveilleuse mais un artiste ne doit pas être quelqu'un qui se répète à l'infini mais une personne qui se renouvelle, qui crée, qui ose l'introspection d'elle-même. J'espère être une artiste à part entière et je ne voulais pas devenir fonctionnaire d'un univers, aussi magique soit-il, je voulais me chercher puis me trouver, quitte à y revenir un jour avec plus d'emphase, de vécu, d'expérience. Ce qui est rigolo, c'est que même dans ce que j'ai fait par la suite, on retrouve une candeur, ces étoiles, cette foi, tout ce qui touche finalement à l'univers Disney qui me correspondait très bien. Je me voyais comme un personnage à part et me reconnaissait dans le monde fantasmatique de Disney, la sensibilité de ses personnages. Si je cherche un film pour me détendre, il n'y a rien de tel qu'un grand dessin animé de Walt Disney. Mais se découvrir, entrer dans une phase de création, écrire mes propres chansons, tout cela était très important pour moi, d'où mon départ.

[Chronique Disney] Sara est la nouvelle ambassadrice Disney. Quel conseil donneriez-vous à cette jeune fille, première ambassadrice depuis près de quinze ans ?

[Douchka] Je lui souhaite beaucoup de bonheur et de chance, qu'elle fasse son chemin et se forge son expérience. Mon conseil est de mesurer la valeur de ce qu'elle a, de vivre pleinement et de savoir être en phase avec ce qu'elle fait et ce qu'elle est. Le reste dépend de son caractère, si elle est fan de Disney ou non, des objectifs de Disney, de s'ils veulent vraiment rester avec elle sur du long terme. Le risque, lorsqu'on produit de très jeunes artistes, est de ne pas savoir comment ils évolueront. Il n'y a pas de recette, il faut être professionnel quoiqu'on fasse, quoiqu'on chante et garder l'envie de le faire pour ne pas se forcer, ce qui serait dommage. Il faut aussi avoir du respect pour ce que l'on représente. Je pourrais être sa marraine donc je lui donne quelques bons conseils mais il n'est pas possible pour moi de se mettre dans sa peau, je ne peux donc que lui souhaiter beaucoup de bonheur et de chance.

[Chronique Disney] Pour le concert Génération 90 de Disney Village, vous avez travaillé vos chorégraphies avec Emmanuel Lenormand, bien connu des fans Disney pour être chorégraphe des spectacles de Disneyland Paris.

[Douchka] Emmanuel Lenormand était un de mes premiers danseurs. Je suis la première artiste qui l'a soutenu quand il a voulu devenir danseur. Il a été mon deuxième Zorro. Et c'était magique de le retrouver par hasard : M6 m'a appelée pour l'émission Nostalgie 80 et j'ai répondu "oui, mais j'appelle Emmanuel, je ne veux personne d'autre". Et là, il m'a appris qu'il était chorégraphe à Disneyland Paris, je suis tombée de haut, je l'ignorais totalement. C'est super de le retrouver, j'ai l'impression de faire un bond dans le passé.

[Chronique Disney] Comment vous êtes-vous décidée à revenir sur le devant de la scène, en assumant votre relation avec Disney ?

[Douchka] Aujourd'hui, je reviens, certes, mais avec un autre bagage. Je remonte sur scène avec mes chansons et j'aimerais aussi, pourquoi pas, renouveler l'expérience d'une autre façon.
C'est bizarre, un jour il y a trois ans, j'étais chez moi, dans mon appartement au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur et une petite souris est arrivée chez moi par la tuyauterie. Hyper phobique des souris (sauf de Mickey, naturellement), j'étais stupéfaite en me disant que celle-ci était montée jusqu'à chez moi et je l'ai vue comme un signe en repensant à cette légende qui raconte comment Walt Disney a vu une petite souris sur son bureau alors qu'il cherchait à créer un nouveau personnage. Je me suis dit que ma relation avec Disney n'était pas totalement terminée, et aujourd'hui, être là pour le vingtième anniversaire, c'est merveilleux. Il faut savoir que je n'ai jamais été invitée en tant qu'Ambassadrice à revenir ici, c'est une première. Les médias se ré-intéressent à moi, m'interviewent, Disney me permet de chanter aux côtés de Mickey et Donald, je prends cela comme un cadeau, une reconnaissance de ce que j'ai pu faire dans les années '80. C'est moi qui ai posé la première pierre d'Euro Disney Resort, on a failli se faire canarder par les agriculteurs qui n'étaient pas du tout content de l'implantation du parc. J'étais déjà pratiquement sur le départ et aujourd'hui, je mesure plus l'importance de ce que j'ai pu vivre. À l'époque, j'étais peut-être un peu jeune pour apprécier, notamment le travail de mon producteur de disques qui m'avait fait des chansons à la hauteur ; preuve en est leur succès aujourd'hui lorsque je les chante sur scène.
Il y a deux ans, après mon premier gala de retour, j'ai appelé mon producteur dans un élan d'enthousiasme sincère et gratuit en lui disant " Merci. Merci de m'avoir offert des sons pareils". J'ai la chance d'avoir sur mes chansons des sons à la Abba, ça ne se démode pas. Les gens croient souvent que j'ai remixé mes titres quand j'ai fait Nostalgie 80 mais ce n'étaient pas des remixes, c'étaient les titres de l'époque.
Ce qui a valu mon infortune quand je suis partie pour exister au-delà de Disney, je ne chantais plus ces chansons car je n'en avais plus envie, je n'avais plus les personnages à mes côtés, c'était comme quitter un carosse pour repartir de rien. C'était très dur, j'étais une artiste sinistrée.
Par la suite, de nombreuses choses se sont passées, je me suis réalisée en tant qu'auteur, j'ai écrit un album pop dans lequel je me suis livrée dans mon intimité, cœur et âme. Je suis allé jusqu'au bout de mon raisonnement en montant sur scène dans un autre registre, au théâtre mais aussi en tant que chanteuse. Il y a deux jours, j'ai chanté de la variété à l'Opéra de Marseille avec un orchestre philharmonique. Je chante aussi dans les églises avec des enfants à l'occasion de concerts pour Noël. Cela reste dans l'univers de la beauté, du rêve, de l'amour, de la fête, de la magie... Des Ave Maria, des choses qui font rêver...
Aujourd'hui, je retrouve mon répertoire avec un autre regard, avec le poids de la vie, des émotions, ce sont d'heureuses retrouvailles.