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Les (en)jeux des Mondes de Ralph

L'article

Publié le 03 octobre 2012

Les Mondes de Ralph est assurément l’un des projets les plus originaux des Walt Disney Animation Studios depuis des années et un des plus palpitants depuis plus longtemps encore. Il faut dire que la chute de l’animation 2D et l’arrivée de concurrents internes (Pixar) ou externes (Dreamworks ou Blue Sky) au cours de la décennie 2000 a entrainé la fin de la suprématie du label de Mickey sur le marché de l’animation cinéma. De leader sur son créneau, les Walt Disney Animation Studios se sont ainsi retrouvés relégués au rang de has-been ou de studio mineur. Fort heureusement, le rachat en 2006 de Pixar par la Walt Disney Company ainsi que sa réorganisation avec l’arrivée à la tête de ses deux studios d’animation de John Lasseter, le génie de l’équipe de Luxo Jr, a ouvert la voie du renouveau. Le bouillonnant nouveau patron du label, auréolé de sa success story chez Pixar, a, en effet, entrepris un travail de longue haleine pour rendre à Disney son aura d’antan. Il a, de la sorte, engagé un processus de reconquête bâtie en plusieurs étapes.

La première consiste à remettre sur rails des projets mal engagés tout en repositionnant le label.
L’une de ses premières décisions est ainsi de stopper toutes suites directe-vidéo des Grands Classiques afin de ne plus voir brouillée l’image de Disney par des produits peu qualitatifs. Au cinéma, il essaye également de rattraper les projets en cours dont le plus abouti est Bienvenue Chez les Robinson. Sa sortie est repoussée de quelques mois et le début comme la fin sont retravaillés. Malheureusement, l’ampleur du chantier est trop grande pour sauver l’opus des affres d’un flop mondial que le timing de sortie a d’ailleurs accentué ; le printemps pour les États-Unis comme l’automne pour la France n’étant décidément pas des périodes propices pour mettre à l’affiche des Grands Classiques Disney !
Il tente ensuite de sauver Volt, Star Malgré Lui en le repositionnant totalement pour lui donner un ton plus disneyen. Il sacrifie d’ailleurs au passage le réalisateur Chris Sanders qui rend son tablier, lassé par l’interventionnisme trop marqué de John Lasseter dans « son » film. Au final, il obtient un long-métrage certes ronronnant, mais plutôt bien accueilli par la critique tandis que le public lui accorde un succès d’estime...

La deuxième étape consiste à revenir aux fondamentaux de Disney. Deux films de princesses, deux films d’animation 2D… Le label est donc de retour en territoire connu pour reconquérir le cœur du public et la critique qui recommence d’ailleurs à trouver grâce à Disney. Malheureusement l’animation 2D se révèle faiblarde coté commerce. Alors que les fans et les spécialistes la plébiscitent, le grand public lui la boude. Ainsi, seule la France, via un plan marketing formidablement bien ficelé, fait figure d’exception avec les 3.8 millions d'entrées qu’elle réserve à La Princesse et la Grenouille ; Winnie l’Ourson n’ayant pas cette chance et passant complètement inaperçu, plombé par un titre qui laisse à penser qu’il est une ressortie et non un inédit.

En réalité, comme en 1950 avec Cendrillon et en 1989 avec La Petite Sirène, c’est encore une princesse qui « sauve » les Walt Disney Animation Studios !
Raiponce prouve, en effet, que Disney est bien capable de « faire du Disney » en 3D avec toute la magie et les personnages attachants que le public attend. En plus d’un succès critique, d’un plébiscite des fans, le 50eme Grand Classique remporte ainsi un succès incroyable au box-office mondial. Avec ses 590 millions de dollars, il dame même le pion aux Pixar suivants que cela soit Cars 2 (559 millions de dollars) ou Rebelle (515 millions de dollars) ; sans compter le merchandising du film qui devient une licence juteuse et surtout durable. Une belle revanche pour un film que tout le monde, de Wall Street à Hollywood, propres patrons de Disney compris, décriait !

Raiponce a donc rendu à Disney sa confiance en lui et ouvert la voie à l’audace. Le studio has-been est ainsi devenu un challenger où l’innovation peut enfin être de retour. C’est donc une nouvelle étape que John Lasseter met actuellement en place. Son équipe peut maintenant se tourner vers des projets plus ambitieux et plus diversifiés en alternant des histoires inédites et des adaptations : un nouveau foisonnement de films dont le premier résultat est Les Mondes de Ralph.

L’enjeu pour les Walt Disney Animation Studios est de taille. Ils doivent « vendre» ce film hors norme qui présente le paradoxe de titiller la curiosité de la critique et du public peu habitué aux films Disney tout en provoquant un certain rejet des fans traditionnels du studio. Premier point positif tout de même : Les Mondes de Ralph crée le buzz sur la toile ; une chose qui n'était pas arrivée depuis des lustres à Disney. Au point d’ailleurs que certains se demandent, vu la baisse de qualité constatée sur les deux dernières productions Pixar, si la créativité n’est pas désormais plus chez Disney que chez Pixar...

L'impression est encore plus forte après la présentation qui s’est déroulée le 19 septembre dernier au cinéma Saint-Germain à Paris. Le producteur des (Les) Mondes de Ralph, Clark Spencer, a en effet fait spécialement le déplacement pour venir retracer les grandes lignes de l'histoire et présenter trente minutes du film piochées dans sa première moitié. Les images révélées ne peuvent qu'emballer le plus sceptique des fans ! De l'émotion, du dépaysement, des personnages attachants, des caméos en veux-tu en voilà, dans un univers à la fois geek et mignon : un belle recette d’un vrai Disney de Noël ! Pour enfoncer le clou, Clark Spencer n’a eu de cesse d’insister sur l'émotion présente dans le film ; un élément qui caractérise assurément le plus l’animation Disney comme pierre angulaire de ses 52 longs-métrages. De quoi rassurer les fans inquiets : peu importe les univers visités, l’âme de Disney demeure !

Il faut dire que Clark Spencer sait de quoi il parle...
Né à Seattle, dans l'État de Washington, il sort diplômé de l'université d'Harvard en 1985 avec une licence d'histoire puis travaille trois ans à Wall Street comme associé financier, avant de compléter son cursus à la Harvard Business School, où il obtient un MBA en 1990. Il rentre chez Disney peu de temps après en qualité de chargé du développement sénior au département finances et planification. Il gravit vite les échelons en travaillant, entre autres, au lancement de Disney Channel Asie ou à l'acquisition de Miramax Films. En octobre 1993, il rejoint les Walt Disney Animation Studios toujours dans un poste de financier. Cinq ans plus tard, il déménage en Floride où il devient vice-président senior et directeur général du studio d'Orlando. En 1999, Disney lui demande de produire Lilo & Stitch, le deuxième film du studio floridien. Le succès de l’opus est tel qu’il permet à la Walt Disney Company de produire trois suites, une série télé et des personnages qui sont toujours aussi populaires 10 ans après ! Il retourne finalement à Burbank en 2002 pour devenir producteur exécutif de Bienvenue Chez les Robinson, mission qu'il reprend pour Volt, Star Malgré Lui et Winnie l’Ourson.

Après la présentation du film, Chronique Disney a eu la chance de rencontrer Clark Spencer pour une interview exclusive :

[Chronique Disney] Joe Jump, Reboot Ralph... Les Mondes de Ralph semble être passé par différentes phases d'élaboration. Quelle est la véritable origine du projet ?

[Clark Spencer] Le projet Joe Jump a été développé par un autre réalisateur, il y a environ dix ans... Il est vite apparu que le monde du jeu vidéo était un superbe univers pour y faire dérouler un film d'animation. C'est un monde que l’on peut explorer selon le point de vue des coulisses : voir comment ses personnages vivent, y compris des personnages existants dans des jeux vidéo connus sans pour autant aller visiter précisément leurs mondes. Mais l'histoire originelle n'arrivait pas à se mettre en place. Il y avait un superbe univers mais rien à raconter ! Il y a quatre ans Rich Moore, un des premiers réalisateurs des (Les) Simpson et de Futurama, nous a rejoint. Il est venu avec, sous le bras, l'histoire d'un gars qui se réveille un matin et qui n'a plus envie de faire la même chose que ce qu'il fait depuis 30 ans, persuadé qu'il vaut plus que ça. Le réalisateur s'est alors rendu compte que l'univers des jeux vidéo était idéal pour cette histoire car s’il y a bien des personnages programmés à une seule tâche, ce sont bien ceux des jeux vidéo. Tout s’est ensuite enchainé : lors d'une réunion avec John Lasseter, ils ont acté que l'univers des jeux vidéo était vraiment « la » piste à creuser. C'est donc l'origine des (Les) Mondes de Ralph ! Enfin, pendant un temps, le film a eu pour titre anglais Reboot Ralph pour finalement se voir nommé (toujours en anglais), Wreck-it Ralph.

[Chronique Disney] De nombreux caméos de jeux vidéo apparaissent dans le film. Quel est celui-ci que vous vouliez absolument avoir et que vous n'avez finalement pas eu ?

[Clark Spencer] En fait, c'était très intéressant comme processus ! Déjà, quand on a demandé aux studios de jeux vidéo l’autorisation d’utiliser leur personnages pour des apparitions dans le film, ils se sont montrés très intéressés et coopératifs. Mais il est arrivé aussi qu'un studio nous dise qu'il ne voyait pas organiquement comment insérer son ou ses personnages dans le film et donc, que cela n’était une bonne chose de le faire ! Dans ce cas là, on montrait des pages de scripts pour tenter de le convaincre. Certains ont changé d’avis et donner leur accord ; d’autres sont restés septiques et ont préféré décliner. Dans les deux cas, cela a toujours été très pertinent comme réflexion. Nous comprenions parfaitement leurs réactions, surtout nous, Disney, qui faisons tellement attention à nos propres personnages. Par exemple, il y a la scène des méchants anonymes qui a du sens pour Bowser ou les personnages de Street Fighter. Mais pour d'autres scènes, la combinaison de personnages existants avec l'histoire ne collait pas.

[Chronique Disney] Pourquoi Henry Jackman, le compositeur, a-t-il été choisi ? Est-ce par rapport à sa participation à Winnie l’Ourson ? Les deux univers sont plutôt éloignés ?

[Clark Spencer] Vous savez, le recours à Henry Jackman est très intéressant car, peu le savent, il a commencé sa carrière en travaillant sur la musique d'un jeu vidéo ! C'est donc un compositeur qui vient de ce milieu. Dès lors, qui aurait pu mieux le comprendre que lui ? De plus, comme nous allions explorer différents mondes, nous avions besoin d'un artiste capable d'explorer différents styles. Or, en dehors des jeux vidéo, c'est aussi un producteur de musique ! Il a travaillé avec plusieurs chanteurs, notamment Seal. C'était un nouvel élément en sa faveur en plus de sa capacité à créer une belle musique de film avec un orchestre. Il y a le monde de Félix Fixe, puis le monde moderne de Hero's Duty, puis le monde de Sugar Rush et le reste du film. Pour chacun, il pouvait nous apporter une musique adéquate. De ce point de vue, il était le choix idéal. Avoir fait la musique de Winnie l’Ourson, mais aussi celles de films d'action [NDLR : notamment X-Men - Le Commencement], pour arriver à celle des (Les) Mondes de Ralph, tout cela est vertueux et montre à chaque projet une nouvelle facette de son talent. Pour la petite histoire, c’est la semaine dernière [NDLR : l'interview a eu le lieu le 19 septembre 2012] que nous avons fini d'enregistrer la musique à Los Angeles, aux studios Sony, ceux-là mêmes qui ont connu l'enregistrement des bandes originales mythiques comme celles d'Autant en Emporte le Vent ou du (Le) Magicien d'Oz. Une expérience inoubliable ! Et je vous garantis que sa musique apporte énormément au film et le bonifie d'une façon extraordinaire.

[Chronique Disney] Vous avez produit Lilo & Stitch. Stitch est devenu un personnage emblématique de Disney, existant / rayonnant bien au-delà de son film. Pensez-vous que Ralph a le même potentiel ?

[Clark Spencer] En tous cas, je l’espère ! Je pense sincèrement que l'histoire en a le potentiel, car c'est vraiment un film empli d'émotions. Tout le monde pense que c'est un film de jeux vidéo et qu'il va être drôle. Mais moi, je pense surtout que c'est l'arc émotif qui va surprendre le plus le public. Et pour moi, c'est l'élément primordial pour qu'un personnage survive au delà de son film de référence. C'est le cas pour Lilo & Stitch qui sait être très émouvant. On commence vraiment à aimer le personnage de Stitch quand il passe du méchant au début du film au gentil au fur et à mesure. C'est un peu la même chose ici. Ralph n'est pas mauvais, ce n'est pas un méchant : il doit juste jouer le rôle du méchant ! Au début, il est un peu égoïste ou égocentrique en essayant de résoudre ses problèmes sans jamais se poser de questions mais au cours du film, on tombe sous son charme car il fait le plus grand sacrifice qu'il n'ait jamais fait. C'est pour cela que j'espère que la relation entre Ralph et Vanellope va toucher les spectateurs au point de faire vivre leurs aventures au delà du film à travers les parcs, les jouets ou même la télévision (dans une série pourquoi pas ?!)... C'est, en tout cas, un vœu qui m’est cher, oui !

[Chronique Disney] Question de purs fans triturés : l'action se déroule au sein de Game Central Station, qui se situe dans une multiprise où sont branchés les différents jeux. Est-ce que cela signifie qu'il existe autant de personnage Ralph, qu'il y a de bornes d'arcade possédant le jeu de Ralph la Casse dans le monde ? Un peu comme on a plusieurs Buzz l'Éclair dans Toy Story 2. Si oui, est-ce que cet élément est indiqué dans le film ?

[Clark Spencer] (Rires) On ne le voit pas dans le film car on a une seule arcade. Mais le principe d'avoir Game Central Station dans une multiprise fait que c'est quelque chose qui existe dans chaque arcade. Donc, oui toutes celles qui auront le jeu de Ralph La Casse de branché ont la possibilité d'avoir les personnages de Ralph ou de Félix. Donc, re-oui, il y a autant d'univers différents avec le même concept autour du monde !

[Chronique Disney] Les Mondes de Ralph déconcerte les fans Disney purs et durs (ceux qui sont des fans des princesses et des animaux qui parlent). En quoi, ce film est un VRAI film Disney ?

[Clark Spencer] Quand Rich Moore est arrivé sur le projet, il a dit qu'il était un réalisateur connu pour ses comédies mais qu'il voulait vraiment raconter une histoire touchante émotionnellement parlant. Et il dit lui-même - et je suis d'accord avec lui ! – que ce qui fait l'essence même de Disney, c'est l'émotion. Dans chaque film que nous faisons, nous essayons d'apporter aux spectateurs des séquences vraiment émouvantes. Et c'est à ces moments-là, que l'on tombe amoureux des personnages. Et cela vient de l'histoire, et non pas des mondes visités. Et c'est là que se trouve la clé des Disney. Les gens pensent que cela sera une histoire principalement axée sur les jeux vidéo. Ce n'est pas du tout le cas : c'est juste le décor ! Notre histoire dépeint la relation entre deux êtres mis sur le côté. Les deux cherchent quelque chose en plus dans leur vie. Ils vont se rencontrer et s'entraider. Cet arc narratif ainsi que le fait de visiter différents univers sont la vraie richesse du film. La relation entre les deux personnages est vraiment tout ce que Disney sait faire et représente. L'émotion du film va vraiment, vraiment surprendre les gens ! C'est l'élément qui fait que c'est véritablement un film Disney !

[Chronique Disney] Après le succès de Raiponce, les Walt Disney Animation Studios semblent chercher à sortir des sentiers battus dans leurs thèmes. Est-ce une nouvelle ère chez Disney ?

[Clark Spencer] Je fais partie de la Walt Disney Company depuis 22 ans ! Et pourtant, c'est assurément la période la plus excitante aux Walt Disney Animation Studios. Il y a tellement de projets en cours de développement qui sont complètement différents dans leurs styles, dans leurs univers (que cela soit un conte de fée ou une histoire plus moderne). Raiponce était déjà un magnifique conte de fée, si bien raconté tout en ayant ce côté très moderne. Il y a ensuite Les Mondes de Ralph qui nous emmène dans un monde contemporain, celui des jeux vidéo. Et puis, il y a Frozen : La Reine des Neiges, nous guidant dans le monde du froid avec ses sculptures de glace qui nous permet de revenir aussi au genre des comédies musicales. Et tellement d'autres projets dont je ne peux pas parler... Ce sont des films tellement différents, nous ne nous limitons pas à un seul genre ! Nous aurons du succès si nous arrivons à surprendre le public. Pour autant, nous nous devons de résonner dans l'imaginaire des gens, et pour cela, la pierre angulaire de nos films, quelque soit l'univers visité, c'est le cœur et l'émotion.