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Les Fans Disney Corrigent France Inter

L'article

Publié le 03 août 2012

La sortie des films d’animation Disney et Pixar au cinéma est un événement en soi. C’est l’opportunité pour les médias d’aborder des sujets qui touchent la firme aux grandes oreilles. Ainsi, France Inter, à la veille de la sortie de Rebelle, a proposé à ses auditeurs, dans le cadre de la série Micro Fictions, le 31 juillet 2012, une émission présentée par Ali Rebeihi, autour de la question : Walt Disney est-il un grand artiste ? L’émission promet de réunir un large public car le nom de Disney est rassembleur. D’autant que des intervenants comme Pierre Lambert sont présents. Ce dernier est spécialiste du cinéma d’animation, auteur de Walt Disney - L'Âge d’Or paru chez Démons et Merveilles en 2006. Sont présents également Laurent Valière, journaliste, producteur du magazine sur le cinéma d'animation Tous les Mickey du monde, ainsi que de l'émission 42ème Rue sur France Musique ; Frédéric Martel, écrivain, journaliste, Docteur en sociologie, auteur de Mainstream : Enquête sur la Guerre Globale de la Culture et des Médias paru chez Flammarion en 2010 ; et Marie Sauvion, critique cinéma pour Le Cercle de Canal + et rédactrice en chef de Marie France. Que de beau monde pour un si beau sujet à traiter, cette émission doit être sûrement instructive et riche d’enseignement, d’autant que pour un fan de Disney, la question soulevée est passionnante. La joie et la curiosité de ce qui va se dire est immense, l’attention est donc à son comble. Écoutons, l’émission commence :

• Ali Rebeihi (0'44'') : « ...et le renouveau impulsé dans les années 90 par le machiavélique PDG de Disney, Michael Eisner... »

En moins d’une minute, on passe de l’énonciation du sujet initial, à plusieurs autres : ce que valent aujourd’hui les dessins animés du studio, la valeur des studios Disney aujourd’hui, les plus puissants au monde et le renouveau des années 90, avec un détour en la personne de Michael Eisner, "machiavélique". Le coup est rude : nous sommes loin du sujet initial : Walt Disney est-il un grand artiste ? Comment traiter autant de points en si peu de temps (environ 37 minutes de discussion, une fois la chronique sur Henri-Georges Clouzot et les deux chansons retirées) ? Les spécialistes vont devoir faire de véritables prouesses pour parvenir à une analyse aussi rapide. Walt Disney étant lui-même un "monument", pourquoi ne pas s’en tenir au sujet énoncé ? Enfin, concernant le "machiavélique" PDG de Disney, Michael Eisner, c’est vite oublier qu’il a juste sorti les studios de leur torpeur dans les années 1980. Et d’ajouter le "volcanique" patron des studios d’animation Jeffrey Katzenberg : que d’adjectifs spectaculaires, et quel lien avec notre sujet ?

• Ali Rebeihi (0'54'') : « Le studio Disney, désormais adossé à Pixar »

Sait-il seulement que ce sont les studios Disney qui ont racheté Pixar ?


Michael Eisner

• Ali Rebeihi (2'13'') : « Un mot sur l'homme [Disney] quand même, parfois controversé, accusé d'antisémitisme, de racisme,... »

Après le "machiavélique" et le "volcanique", on arrive en moins de deux minutes à l’évocation d’"antisémitisme" et de "racisme" pour évoquer Walt Disney. Il est tout à fait insolite et peu approprié de commencer une émission (de service public qui se doit d’avoir des exigences plus élevées que la presse à scandale) avec des mots aussi durs, sans aucune argumentation, semant la confusion et le doute pour les non avertis, et laisse à penser que le présentateur cherche à faire du sensationnel, à susciter une polémique qui n’a aucun rapport avec le sujet initial. Les auditeurs que nous sommes ont de plus en plus la sensation d’avoir été trompés : quel décalage entre le titre de l’émission et la présentation.

La même verve se poursuit :

• Ali Rebeihi (2'19'') : « ...d'être une taupe du FBI, d'avoir participé à la commission des activités anti-américaines » ; « tyran » auprès de ses employés.

Walt Disney n'a pas participé spontanément à la commission, il a été auditionné, comme l'ensemble des nababs et autres stars d'Hollywood de l'époque. Certains étaient "volontaires", comme Elia Kazan qui a par la même entaché durablement sa réputation. Ceux qui se sont abstenus, notamment Dalton Trumbo, Herbert Biberman, ont été blacklistés. Charles Chaplin, qui a refusé de cautionner ce genre d'interrogatoire, a été banni.

À l’accusation de raciste, reprenons ici les propos d’un précédent billet d’humeur :

En fait, malheureusement, il ne l’était pas plus que tous les américains blancs de l’époque, mais bien évidemment, c’était déjà trop. Son œuvre en revanche ne contient pas une once de racisme, même si l’image des noirs est dans certaines productions, par trop réductrice.

Au propos d’antisémitisme :

L’engagement de Walt Disney dans l’effort de guerre américain en 39-45 est incontestable. Il est même allé jusqu’à prêter sa star historique Donald pour faire de la propagande antinazie. Cette affirmation, ridicule, repose en fait simplement sur son goût pour une pratique religieuse chrétienne rigoriste, soupçonnée, à tort, d’être forcément anti-juive et d’une audience privée (qu’il n’avait pas sollicitée) avec Mussolini lors d’un voyage en Europe, avant la deuxième guerre mondiale.


Walt Disney

• Pierre Lambert (3'17'') : « c'est son frère [Roy Oliver Disney] qui a eu d'ailleurs l'idée de développer les droits dérivés du merchandising au début des années 30. »

C'est faux. C'est Kay Kamen qui a eu cette idée.
Engagé par Disney en 1932, Kamen propose en effet à Disney de vendre des licences liées à ses personnages pour les décliner en jouets, livres, peluches, etc... faisant d'eux des superstars présentes dans de nombreux foyers. Cette politique permet aux studios de renflouer leurs caisses, permettant à Walt Disney de développer nombre de projets, au premier rang desquels Blanche Neige et les Sept Nains. Parmi les objets dérivés phares de l'époque, la montre Mickey, avec les bras de la souris en lieu et place des aiguilles.


Walt Disney et Kay Kamen

• Laurent Valière (3'29'') : « On se rappelle surtout de la grève en 1941, quand soudain les employés de chez Disney, qui en ont marre d'une sorte de taylorisation forcée que Walt Disney a inventé dans le dessin animé, décident de planter des piquets de grève devant les studios »

Les studios Disney fonctionnent à l'époque comme n'importe quel studio d'Hollywood. Tous, d'ailleurs, connaîtront des mouvements sociaux à cette époque où les syndicats tentent de prendre part à la gestion des entreprises de divertissement. En 1937, ce sont par exemple les studios de Max Fleischer qui sont dans la tourmente, bientôt suivi par les studios Looney Tunes de la Warner. Disney refusant de plier devant les syndicats, la grève a bien vite planté ses piquets devant sa porte.

• Laurent Valière (3'48'') : « et Disney qui décide à ce moment-là de partir en Amérique latine pour produire des dessins animés »

C'est Roy O. Disney qui l'a persuadé de partir, afin de gérer lui-même la situation, et de préserver la santé de son frère. Walt n'a pas abandonné le navire pendant la tempête. Il a été évincé par son frère.

• Laurent Valière (4'04'') : « D'ailleurs, je crois que c'est cette grève de 1941 qui fera que Walt Disney, très vite, se désintéressera des longs métrages d'animation et tournera son intérêt plutôt vers les parcs d'attractions ».

Il se passe 10 ans et plus entre la grève et le début du développement de Disneyland. Entre-temps, Disney s'est un peu intéressé à Cendrillon, à Alice au Pays des Merveilles, à Peter Pan... Un peu... De plus, il s'est orienté vers la production de films en prises de vue réelles dont beaucoup sont devenus depuis des classiques, comme L'Ile au Trésor, La Rose et l'Epée, 20 000 Lieues Sous les Mers, etc...

• Pierre Lambert (4'32'') : « Le premier long métrage de l'histoire du cinéma, en animation, c'est Lotte Reiniger, en 1926, avec Les Aventures du Prince Ahmed ».

Non, c'est El Apóstol, de l'argentin Quirino Cristiani, sorti en 1917.

• Pierre Lambert (5'18'') : « Dans les cartoons de l'époque [avant Blanche Neige et les Sept Nains], que ce soit Disney ou ses concurrents, les frères Fleischer ou la Warner, il y avait peu d'histoires. Les histoires étaient assez mal construites. C'était plutôt une succession de gags ou des films musicaux ».

Pour un spécialiste, il considère donc que The Mad Doctor, Mickey Gulliver, La Fanfare, De l'Autre Côté du Miroir, Les Trois Petits Cochons, La Cigale et la Fourmi sont des histoires mal construites ?

• Pierre Lambert (5'37'') : « C'était très difficile pour Disney, parce qu'il n'a pas pu terminer tout à fait le film [Blanche Neige et les Sept Nains], contrairement à ce qui était dit. Il y a une séquence qui était entièrement animée par Ward Kimball, la séquence de la soupe, et qui a été malheureusement supprimée du film. »

Rappelons tout de même que la scène, déjà animée, a été éliminée du montage final par Disney lui-même, comme la séquence du lit d'ailleurs. Le fait qu'elle ne soit pas terminée était donc volontaire.

• Pierre Lambert (7'22'') : « Blanche Neige, qui est un personnage très réaliste, c'était évidemment Art Babbitt qui l'a animée ».

Non, ce sont Hamilton Luske et Grim Natwick. Art Babbitt a animé la Reine.

• Ali Rebeihi (11'31'') : « Le Livre de la Jungle, en 1967, le dernier film supervisé par Walt Disney, avant sa mort. »

À l'époque, Disney donnait surtout son accord et laissait les équipes faire. Le dernier film sur lequel il a réellement travaillé était Les Aristochats, même si la production a surtout battu son plein après sa mort.

• Laurent Valière (13'24'') : « Lorsque Walt Disney crée Mickey, c'est une commande. On lui dit, crée-moi un Félix le chat ».

Non. Mickey est une création personnelle, pour son propre compte, après la perte d'Oswald.

• Laurent Valière (15'13'') : « Les chansons de Dorothée, de Rox et Rouky, surtout ».

C'est donc tout ce qui est retenu de Rox et Rouky ? Aucune différence n'est faite entre le cinéma et ce qui en est dérivé. La chanson de Dorothée n'a jamais été intégrée à la bande originale du film.

• Frédéric Martel (15'31'') : « Aujourd'hui, le groupe [Disney], c'est au total plus de mille films au catalogue, dont je crois un peu plus de 140 Oscars ».

En fait, les studios ont récolté 101 Oscars (si on exclut les filiales).

• Ali Rebeihi (16'19'') : « la méchante reine de La Belle au Bois Dormant ».

S'il parle de Maléfique, il s'agit d'une méchante fée. Il n'y a pas de méchante reine dans La Belle au Bois Dormant.

• Laurent Valière (17'47'') : « Disney était le premier qui est parti à Kansas City pour essayer de forger, avec son frère, et fonder un studio, non pas au départ de cinéma mais de publicité pour le cinéma. »

C'est à Kansas City qu'habitait la famille Disney à l'époque. Pour quelqu'un qui voulait fuir sa famille, il n'est pas allé bien loin.


La famille Disney devant le porche du 3028 Bellefontaine Street
à Kansas City, maison appartenant aux parents de Walt Disney.

• Marie Sauvion (18'12'') : « Il y a absolument tout ce qu'il y a dans les contes »

Qu'entend-elle par là ? Là encore, il faut relire les classiques et revoir les films Disney.

 « Nous sommes toutes des cruches à attendre leur prince »

C’est son avis qui ne présente aucun intérêt pour l’analyse du sujet. Il aurait été intéressant en revanche qu’elle définisse le conte et ses enjeux. Ignorer l’impact positif des contes sur l’enfant est dommageable, et les Grecs l’avaient déjà compris avec le mythe. Platon a saisi - mieux que certains de nos contemporains – ce que l’expérience psychologique peut apporter à l’enfant et à l’humanité même, et c’est pourquoi il voulait intégrer dans sa cité idéale une éducation littéraire comprenant le récit des mythes qui est un acte fondateur d’une manière de penser, d’être et d’agir, car ils touchent la fibre émotionnelle de l’individu et contribuent ainsi à l’intériorisation de modes de pensées. Pour reprendre le langage anthropologique, les contes et les mythes agissent comme des rites d’initiation. Si les mythes retracent une histoire tout à fait unique et extraordinaire, avec des événements aussi prodigieux que terrifiants, dont la fin est le plus souvent tragique, en revanche, les contes, surtout chez Walt Disney, se terminent par une fin heureuse. Les contes présentent des faits inhabituels, voire improbables, mais de façon ordinaire ce qui accentue une proximité : cela peut aussi nous arriver à tous et c’est sans doute la raison pour laquelle certaines attendent toujours leur prince charmant… Le conte est un ancrage dans la vie, mais  c'est à nous adulte de parvenir à une maturation afin d’éviter les écueils.

• Pierre Lambert (19'49'') : « dans Pinocchio, Jiminy Cricket meurt au bout d'une page. »

Il faut relire ses classiques une fois encore. Jiminy est écrasé dans le chapitre 4, mais revient plusieurs fois dans l'histoire de Collodi.

• Pierre Lambert (32'09'') : « Déjà, au moment de Merlin, l'Enchanteur, des 101 Dalmatiens, on ne peut pas dire que le travail artistique soit très très élevé ».

Remettre les films dans l'ordre serait déjà la moindre des choses, Monsieur Lambert, spécialiste du cinéma d'animation. Partez du film le plus vieux, à savoir Les 101 Dalmatiens, pour que l'auditeur sache à quel moment commence la "baisse de qualité du travail artistique". Quant à dire qu'il n'est pas très élevé, que penser du travail des animateurs, comme l'animation de Cruella (sur laquelle Marie Sauvion rebondit quand même), des scènes de magie de Merlin, l'Enchanteur, de l'utilisation de la caméra multiplane, de la Xerox... Avis très subjectif de la part de Pierre Lambert. Tout ceci n’est pas très neutre.

• Pierre Lambert (32'36'') : « Derrière Cruella de Vil, il y a un bonhomme qui s'appelle Marc Davis qui a d'ailleurs créé beaucoup d'attractions du parc de Disney : les Pirates des Caraïbes, c'est lui entre autres. La maison hantée aussi ».

Haunted Mansion ou Phantom Manor pour la version française, mais pas la maison hantée, pitié ! La précision de l'argumentaire et l'éloquence de l'interlocuteur donnent plus de poids à sa rhétorique.

• Laurent Valière, à propos de Robin des Bois (33'10'') : « le personnage du renard et du gros Jean est quand même quelque chose qui reste dans la tête des spectateurs ».

S'agit-il de Petit Jean, du Prince Jean ? Mystère ! La précision de l'argumentaire et l'éloquence de l'interlocuteur donnent plus de poids à sa rhétorique.

• Pierre Lambert (36'20'') : « ensuite, ça a tout doucement redégringolé, jusqu'à l'abandon de la 2D aujourd'hui »

Un spécialiste de l'animation se doit de rappeler qu'il existe tout de même des exceptions : Winnie l'Ourson, La Ballade de Nessie, Paperman ont été fait en 2D. Donc, elle n'est pas complètement abandonnée. Pas de raccourcis, Monsieur Lambert, s'il vous plaît.

Quant à la question du présentateur adressée à Marie Sauvion concernant le renouveau artistique de Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, jugez de la profondeur et de la maîtrise du sujet, du langage mesuré et soutenu :

• Marie Sauvion (38’20) : « il est très passionnant parce qu’il y a vraiment à boire et à manger, on a le summum de la laideur et de la vulgarité, les dessins de La Petite Sirène c’est quand même à vomir, ça vous griffe les cornées, après, La Belle et la Bête, on est quand même vraiment dans le tartignole, la dentelle, la robe de bal, les guirlandes de roses, on peut aimer ça… Moi, j’aime le kitsch aussi mais on est aussi dans l’ère du cynisme parce que mine de rien sortent beaucoup de suites directement en DVD qui sont pour faire pas mal de fric sur la suite des contes qu’on va inventer, l’histoire de Cendrillon, le 2, le 3, le 12, et puis après y a aussi de vraies belles ballades. Pocahontas : revisiter l’histoire de l’Amérique, alors même si c’est un peu cucul la praline et qu’on a une façon de la visiter assez révisionniste… Non mais par exemple, Mulan où tout à coup, donner une princesse chinoise qui devient une guerrière, une aventurière, et alors c’est absolument passionnant de voir l’évolution des personnages féminins chez Disney dans toutes ces années, enfin ça bouge un peu »

Rappelons que Mulan n’est pas une princesse ! La précision de l'argumentaire et l'éloquence de l'interlocuteur... Bon, vous avez compris !

• Ali Rebeihi (39'19'') : « À la fin des années 90, Disney a connu, on peut dire, une deuxième "panne" artistique, et commerciale, peut-être aussi ».

Du point de vue artistique, Pocahontas, une Légende Indienne,  Le Bossu de Notre-Dame, Mulan, Tarzan, Fantasia 2000, Atlantide, L'Empire Perdu sont des merveilles. Et du point de vue commercial, peu ont été de véritables échecs.

• Pierre Lambert (40'46'') : « Ça coûte très cher de faire de l'animation en 2D. Il faut savoir que, en réalité, faire des films en 3D coûtait très cher au départ, au moment de Toy Story. Ça coûte de moins en moins cher. Et donc, pour donner une comparaison, La Princesse et la Grenouille a coûté environ 150 millions de dollars, en 2009, lorsqu'une suite de Shrek en coûte 60 ».

Exemples à l'appui, il apparaît que Monsieur Lambert se trompe quelque peu. Le budget de La Princesse et la Grenouille est d'environ 105 millions de dollars, 150 si on y ajoute le marketing. Sur ce point, Pierre Lambert a raison, donc. Cependant, dire qu'une suite de Shrek coûte moins cher est faux. Shrek 2 à coûté 150 millions de dollars, hors frais de marketing, Shrek le Troisième 160 millions, et Shrek 4 environ 165 millions.
Et les exemples peuvent être multipliés pour montrer qu'un film 3D n'est pas moins cher à produire que de la 2D (Dragons = 165 millions de budget, Megamind = 130 millions, Kung Fu Panda = 130 millions, Là-Haut = 175 millions, Toy Story 3 = 200 millions, Raiponce = 260 millions de dollars).
Passons sur la guerre des chiffres qui n'a pas réellement de sens. Ce qui est important, et là-dessus, une explication plus légitime de la part de Pierre Lambert aurait été attendue, c'est que ce ne sont pas les budgets qui font que les films 2D tombent en désuétude, mais bien leur piètre rentabilité. Effectivement, lorsque La Princesse et la Grenouille rapporte 104 millions aux Etats-Unis, Toy Story 3 en rapporte 415, Là-Haut 293, Kung Fu Panda 215. Là est la cause première de "l'abandon" de la 2D, si tant est que ce procédé d'animation soit réellement abandonné, ce qui est le cas chez Dreamworks mais en aucun cas chez Disney.
Maintenant la durée de l'émission ne permettait pas d'énumérer des chiffres à la pelle, c'est un fait. Mais les fans de la première heure attendaient peut-être une meilleure explication de la part d'un spécialiste de la trempe de Pierre Lambert.

• Marie Sauvion (44'23'') : « j'ai trouvé que Raiponce était le meilleur de Disney et de Pixar réunis en un film, la synthèse parfaite ».

Marie Sauvion doit penser que dès lors que le film est en 3D, on peut l'associer à du Pixar.

• Laurent Valière (46'17'') : « Raiponce, pour moi c’est un film Pixar, un film Dreamworks, c’est pas un film Disney du tout. Pour moi, c’est vraiment une copie conforme de ce que fait Dreamworks avec Shrek : vous avez une fille mal élevée, c’est très rigolo mais c’est pas du Disney. »

Cet avis est-il réellement pertinent ? Tout d’abord, selon lui, Dreamworks a une certaine étiquette, de même pour Pixar ou Disney, et l’on ne sort pas de ces catégories. À l’entendre, Kuzco, l'Empereur Mégalo serait tout sauf un Disney ! Ensuite, rappelons que Glen Keane qui a supervisé l’animation de Raiponce n’a jamais travaillé ni pour Dreamworks, ni pour Pixar. Enfin, en quoi Raiponce est une jeune fille mal élevée ? Est-ce parce qu’elle a de l’audace et du tempérament ?

• Laurent Valière (46'57'') : « Pour moi, Rebelle est un sous Chasseurs de Dragons qui était une très belle réussite de chez Dreamworks ».

Chasseurs de Dragons est un film d'animation français de Guillaume Ivernel et Arthur Qwak. Rien à voir avec Dreamworks. C'est Dragons (tout court) qui est un film Dreamworks.

• Laurent Valière (47'16'') : « Le seul truc vraiment intéressant, Mérida est peut-être la première héroïne lesbienne de chez Disney, parce qu'il n'y a aucun amoureux dans cette histoire ».

Mesdemoiselles, vous êtes célibataires, vous êtes donc lesbiennes. Beau raccourci.

• Marie Sauvion (47’38) : « Rebelle, c’est l’histoire d’une fille qui trouve qu’être princesse ça craint du boudin, qui veut pas du tout faire ce pour quoi on l’a dressée et qui décide que non elle va pas se marier, parce que ce qu’elle veut c’est courir dans la nature avec son arc et ses flèches »

C'est la directrice en chef de Marie France qui parle, là ?

Encore une fois, le langage est aussi éloquent que le contenu est vide. Parler de Rebelle en ces termes révèle toute absence de conceptualisation et d’argumentation, c’est douter fortement des capacités de compréhension (bien que le doute ne soit plus permis à ce stade de l’émission).

La conclusion arrive sans que le sujet initial n’ait été analysé. « En un mot » : répondez à la question : Walt Disney était-il un grand artiste ?

On semble subitement se souvenir du sujet qui aurait dû être développé durant cette émission.

Ainsi, il est navrant d’entendre des spécialistes faire autant usage de leur ignorance, en toute bonne conscience (ou inconscience, qui sait !), faire fi du respect qu’il sont censés avoir auprès d’eux-mêmes et auprès de l’auditoire, briller par leur absence de maîtrise du sujet qu’ils devaient aborder et qu’ils n’ont pas, loin s’en faut, traité et analysé, se laisser aller (ou pas) à un langage familier, voire carrément vulgaire pour certains. Le résultat est vraiment pathétique et nous incite plus que jamais à vérifier et à dénoncer tout discours d’expert qui n’en est pas un. Libres penseurs, à vous de méditer à présent !