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Poisson d'Avril 2012
Mélodie du Sud - Exclusivité FNAC

Poisson d'Avril 2012 : Mélodie du Sud - Exclusivité FNAC
L'affiche
Titre original :
Song of the South
Production :
Walt Disney Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 12 novembre 1946
Genre :
Animation 2D / Film "Live"
Réalisation :
Harve Foster
Wilfred Jackson
Musique :
Sam Coslaw
Arthur Johnston
Daniele Amfitheatrof
Foster Carling
Eliot Daniel
Hy Heath
Johnny Lange
Robert MacGimsey
Paul J. Smith
Charles Wolcott
Ray Gilbert
Allie Wrubel 
Durée :
94 minutes

Le synopsis

Son père trop souvent absent, Jeannot vient s'installer avec sa mère dans la plantation de sa grand-mère. Très vite pour tuer l'ennui, il passe de longues journées à écouter les histoires d'Oncle Rémus, un vieil employé dévoué. Il apprend ainsi, au fil des aventures narrées de Messieurs Lapin, Renard et Ours, des morales qui l'aident à grandir. Pourtant, Jeannot ne rêve que d'une chose : rejoindre son père... Et son amitié naissante avec la délicieuse Ginette n'y changera rien !

La critique

rédigée par
★★★

Mélodie du Sud est souvent considéré comme la première incursion de Disney dans les films à prises de vues réelles. Cette appréciation est pourtant chronologiquement une hérésie. Le Dragon Récalcitrant et Victory Through Air Power l'ont en effet précédé. Ils ont tout simplement été oubliés depuis aussi bien par la critique que le public. Ainsi, Mélodie du Sud mêle à des acteurs "live" de l'animation.

Il est, avant toute autre considération, légitime de s'interroger sur le pourquoi d'un tel choix. La première raison, la plus louable, est donnée par Walt Disney lui-même. Il estimait en effet que les instants les plus forts de l'histoire seraient mieux soulignés par le jeu réel que par la seule animation. Il offre ainsi à deux jeunes acteurs, Luana Patten et Bobby Driscoll, la vedette et obtient d'eux une prestation exceptionnelle. Les stars montantes se voient même proposer, outre une loge personnelle, un contrat d'exclusivité avec le Studio de Mickey, chose peu usitée par Walt Disney alors même que les autres Majors en avait fait une pratique courante. Luana Patten et Bobby Driscoll enchaîneront donc, après Mélodie du Sud, de nombreux longs-métrages maison. Certains ensemble, tels Mélodie Cocktaïl ou Danny, le Petit Mouton Noir. D'autres séparément, tels Coquin de Printemps, Johnny Tremain et Demain... des Hommes pour la jeune fille et L'Ile au Trésor pour le jeune homme qui prêtera également sa voix au personnage de Peter Pan. Mais la force du film ne se résume pas au jeu de ces seuls apprentis acteurs. La performance de James Baskett, qui campe un merveilleux Oncle Rémus, tour à tour drôle, chaleureux et touchant, frise en effet la perfection. Sa prestation lui vaudra d'ailleurs de recevoir un Oscar d'honneur bien mérité.
L'autre raison qui justifie le recours à des acteurs pour Mélodie du Sud est bien moins avouable puisqu'il s'agit d'une affaire de gros sous. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les caisses du studio sont effet vides. Il ne peut ainsi se permettre de produire un long-métrage d'animation sur ses fonds propres. Walt Disney reste néanmoins convaincu qu'il faut absolument mettre des productions à l'affiche, coûte que coûte, pour rester présent dans l'esprit du grand public et ne surtout pas se trouver marginalisé. Pour sortir indemne de cette période critique, décision est donc prise d'occuper le terrain, en engendrant des recettes faciles, par la présentation de films d'anthologie (Saludos Amigos, Les trois Caballeros ou La boite à musique) qui lient plusieurs courts-métrages par de scènes de transitions ou par des films mixtes, toons / acteurs réels. L'animation est donc conservée, en tout ou partie. Le label Disney rime en effet à l'époque uniquement avec "longs-métrages animés", et il est hors de question de bousculer les habitudes du public en ces temps de grande disette financière. Mais l'incursion de scènes "live" aura un mérite inattendu : celui de préparer les spectateurs à recevoir des films "live" signés Disney, ce qui sera chose faite, dès les années 50 !
Autre bénéfice à tirer de cette période de transition, et pas des moindres : Walt Disney laisse à ses équipes le soin de prendre leur temps pour peaufiner les longs-métrages d'animation alors en gestation. Cendrillon et Alice au pays des merveilles n'auraient sans doute jamais été aussi bons s'ils n'avaient pas profité de l'atout "temps" qui leur a été bien involontairement accordé.

Mais revenons à Mélodie du sud. Les séquences de Monsieur Lapin sont assurément ce que les studios ont fait de mieux, au point de vue de la seule animation, dans la seconde moitié des années 40. Les couleurs sont, en effet, lumineuses et rendent à merveille une atmosphère aussi charmante qu'emmitouflante. Les effets spéciaux sont également fort réussis pour l'époque. Le mélange animation / acteurs, œuvre du remarquable Ub Iwerks, dépasse, et de loin, le pourtant époustouflant Les trois Caballeros. La qualité de la scène où Oncle Rémus donne du feu à une grenouille pour allumer sa pipe est sans conteste un summum. Même Mary Poppins, presque 20 ans plus tard, n'aura qu'à bien se tenir !

La bande-son, nominée pour l'Oscar de la meilleure musique, regorge, quant à elle, tout simplement de pépites. Dégageant un charme à couper le souffle et une gaîté envoûtante, elle marque à jamais l'inconscient collectif. De Comment ça va ? à Mon coin de bonheur, les chansons restent dans la tête pour notre plus grand plaisir. Mais c'est sans aucun doute l'air de Zip-A-Dee-Doo-Dah, auréolé de l'Oscar de la meilleure chanson, qui surclasse tout. Il est même devenu, depuis, l'hymne des parcs à thème Disney, à travers le monde.

Ses nombreuses qualités n'ont pas empêché Mélodie du sud d'être boudé par la critique, qui encense la partie animée mais descend en règle les scènes "live", reprochant plus encore au film un scénario confus et peu crédible. Pire les organisations afro-américaines de défense de la minorité noire accusent le long-métrage d'un racisme rampant. Il est en effet reproché à Mélodie du sud de donner une vision positive de l'esclavage en présentant une relation "maître / esclave" idéalisée. Le film contribuerait en effet, d'après elles, à confiner le Noir dans le seul rôle de serviteur docile, heureux de son état et de sa condition sociale de dominé. Les Associations de Défenses des Droits Civiques, alors embryonnaires, oublient un peu vite que le long-métrage, dont l'histoire se déroule juste après la guerre de Sécession, présente pourtant, à travers le folklore de l'époque, des esclaves affranchis. Si la Walt Disney Company ne parviendra jamais à faire comprendre que Mélodie du sud ne contient aucun message politique mais se veut simplement une ode au charme et la tendresse, elle se satisfera toutefois de constater que son film cartonne au box-office. Mieux, il emporte à nouveau l'adhésion du public lors de sa ressortie en 1956. En revanche, dès les années 60 et au plus fort de la lutte de la minorité noire pour les droits civiques, Mélodie du Sud fut pris pour symbole, comme Autant en emporte le vent  pour la MGM, du racisme présent dans la société américaine. Les attaques se faisant grandissantes, les studios Disney décident, en 1970, de remiser définitivement Mélodie du Sud. Ils se ravisent pourtant deux ans plus tard. Actant d'un changement d'attitude et d'approche du public afro-américain dans l'acceptation de l'histoire de leur nation, la ressortie du film est en effet organisée. Mélodie du sud se retrouve ainsi de nouveau à l'affiche et remplit les salles obscures, signant là le plus gros succès de l'histoire des studios pour une ressortie. En 1986, le film est présenté une ultime fois au cinéma mais, victime d'un politiquement correct exacerbé, les dirigeants de la Walt Disney Company, Mickael Eisner en tête, actent, cette fois-ci en s'y tenant, sa mise au placard, tout au moins sur le marché américain. Cette mise en quarantaine aussi scandaleuse qu'injuste sera confirmée par les nouveaux dirigeants de la société en 2006. Le marché international aura lui droit à un meilleur traitement. Mélodie du Sud sort ainsi sur le segment de la vidéo à travers la planète, et notamment en France. Il ne connaîtra d'ailleurs que le support VHS (et Laser Disc pour le Japon), aucune sortie DVD ne lui ayant jamais été accordée.

A l'heure du numérique, Mélodie du Sud est bien injustement traité et ne s'échange que sous le manteau, telle une œuvre honteuse, par le biais de sites de téléchargement pirates, dans des éditions peu qualitatives de simple copie DVD d'une cassette VHS. La Walt Disney Company fait preuve dans cette affaire d'une attitude incompréhensible et imbécile. Le public actuel est, en effet, tout à fait mûr pour recevoir cette œuvre magnifique et l'envisager avec le recul suffisant pour n'y trouver que grâce et magie. Tous les fans attendent une édition DVD officielle et digne. Mélodie du Sud, chef d'œuvre en péril, la mérite.

A noter :
Les personnages animés de Mélodie du Sud sont fort heureusement mieux traités par la Walt Disney Company que leur long-métrage d'origine. Une attraction "E-ticket", dénommée Splash Mountain, leur est spécialement dédiée dans les parcs thèmes Disney à travers le monde. Ouverte pour la première fois, le 17 juillet 1989, dans le land Critter Country à Disneyland (Californie), elle permet en effet aux visiteurs des parcs, embarqués au fil de l'eau dans des troncs creusés en guise d'embarcations, de retrouver tous les personnages du film à l'aide de plus de cent audio-animatroniques, positionnés dans des décors somptueux, tout en terminant leur visite par une chute impressionnante à 45°. Devant son immense succès, l'attraction a été dupliquée, dès 1992, à Tokyo Disneyland et au Magic Kingdom de Walt Disney World. Et l'on se prend à rêver de la voir, un jour, installée chez le petit frère parisien, Disneyland Resort Paris.

Complément :
En avril 2012, Disney France obtient l’autorisation directe de The Walt Disney Company de proposer, dans l’hexagone, Mélodie du Sud en vidéo. Les tractations sont menées directement au plus haut niveau par Jean-François Camilleri qui n’en est pas à son premier coup d'éclat. Sous sa seule impulsion, la France est, déjà par exemple, le seul pays à avoir proposé Waking Sleeping Beauty en Blu-Ray...
Pour Mélodie du Sud, le patron de la filiale française a des arguments de poids.
Déjà, il explique qu’il y a un vrai marché pour ce film qui, actuellement, se vend, partout dans le monde, sous le manteau, faisant les beaux jours des pirates du web.
Ensuite, il rappelle que les droits sur le film tomberont tôt ou tard dans le domaine public et, que, dès lors son embargo n’empêchera plus sa mise sur le marché par un autre éditeur.
Enfin, il présente un plan homéopathique de sortie, afin – explique-t-il – « de ménager les susceptibilités américaines ».

Il envisage de la sorte trois mesures-clés :
- La première consiste à s’appuyer sur son partenariat sélectif avec la FNAC, déjà utilisé par exemple pour Miracle à Santa Anna. Il entend ainsi limiter la distribution du DVD à un circuit qualitatif, apte, si la levée de bouclier des associations afro-américaines était trop forte, à stopper la vente comme un seul homme. De plus, le nombre d’exemplaires est fixé à seulement 1 500 soit moins de 20 DVDs par magasin. Une goutte d’eau certes, mais suffisante pour le test souhaité : le rythme des réservations et le temps d’écoulement du stock permettant après coup d’extrapoler sur le potentiel de l’œuvre. Le DVD est ainsi ouvert à la réservation pour les adhérents FNAC du 10 au 16 avril 2012 ; la mise en vente commençant à proprement parler, le 17 avril…
- La deuxième consiste à placer sur le DVD un avant-propos remettant l’œuvre dans son contexte. Jean-François Camilleri a alors, pour cela, la brillante idée de faire appel au comédien Omar Sy qu’il connait bien depuis sa participation à King Guillaume, un film Walt Disney Studios Motions Pictures – France. Le comédien est tout simplement idéal pour l’exercice : il est très populaire en France, légitime pour parler de la condition des Noirs et surtout connu des professionnels hollywoodiens depuis le succès sans précédent d’Intouchables, qui a eu les honneurs de la presse spécialisée américaine et sort aux USA le 24 mai 2012.
- La troisième consiste à confiner l’édition DVD à la seule langue française. Ainsi, la galette ne dispose que d’une seule piste VF : une astuce destinée à limiter les ardeurs du public américain qui se serait sans doute empressé d’importer le DVD ; là où, dans ces conditions, les seuls purs fans us devraient être tentés…

Cette édition doit être envisagée comme une belle opportunité pour le public français. Avec l’accord de sa maison mère, Disney France ouvre, en effet, une brèche dans l’embargo frappant Mélodie Du Sud : de ses chiffres de vente mais aussi des réactions des associations et autres lobbyistes communautaires dépend la sortie internationale de ce petit bijou de l’animation Disney !

Ce poisson d’avril a été orchestré par Chronique Disney avec le concours de Cyril (Aladdin54, webmestre de Disney Cover) qui s’est chargé, quant à lui, de réaliser les visuels plus vrais que nature.
Enfin, toute la communauté des sites et forums français consacrés à Disney a joué le jeu en reprenant et appuyant l’information ; merci donc à :
- Affiches Disney (site)
- Ciné Coulisses (site)
- Disney Central Plaza (forum)
- Disneyland Forum Club (forum)
- Disney Magic Interactive (forum)
- Disney Pixar (site)
- Disney Next (site)
- Les Grands Classiques (site)
- Personnages Disney (site)

L'édition vidéo

Jaquette Poisson d'Avril 2012 : Mélodie du Sud - Exclusivité FNAC
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