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Pétition : Disneyland Paris... Brûle-t-il ?

L'article

Publié le 30 août 2013

« Sauvons Disneyland Paris ! » C’est le cri de ralliement à la mode aujourd’hui à la suite d’une pétition lancée par des Fans belges du resort parisien qui a pris bien évidemment un écho tout particulier dans l’Hexagone. À les en croire, le monde de Mickey et ses amis serait de nouveau - eu égard à son passé tumultueux - en danger de mort, laminé qu’il serait par des erreurs de gestion et autres manques d’ambition… Retour donc sur cette rengaine qui,  pour qui connait la structure de la communauté des Fans  francophones de Disney et de Disneyland Paris en particulier, existe depuis au moins le... 13 avril 1992 ! Mais voilà, elle prend ces derniers jours des proportions qui ont de quoi laisser pantois. Il faut dire que 2013 n’est pas 1992 ! L’essor d’internet et plus récemment encore des réseaux sociaux permet, en effet - pour peu que l’écrin soit soigné - de faire passer son message à grande échelle. Et si, en plus, par une action de recherche de buzz savamment orchestrée, il parvient à sortir de la sphère du web, le carton est assuré. Il a su, il est vrai, se répandre dans la presse traditionnelle via un article paru dans l’édition Seine et Marne du Parisien le 28 août 2013 puis une reprise ce même jour sur le site du Figaro (parutions annonciatrices d’une redite plus large encore selon la bonne vieille méthode du grossier copier-coller largement utilisée par la presse française). Le coup de bluff est donc manifestement réussi. La pétition qu'il supporte est-elle pour autant sincère et légitime ? Est-elle en outre utile et productive ? Est-elle enfin opportune ?

Alors, certes, les Fans ont raison de rêver pour Paris d’une sorte de resort tokyoïte qui, pour qui est un tant soit peu au courant des standards de qualité des destinations Disney, est une jolie référence ;  et d’ailleurs, pas uniquement au niveau de l’expérience des visiteurs mais aussi de ses résultats économiques. Mais voilà : Paris n’est pas Tokyo, la France n’est pas le Japon, l’Européen n’est pas l’Asiatique et le Français encore moins le Japonais.

Déjà, une évidence s’impose : les Fans sont censés tous rechercher la même chose ; à savoir, que l’objet de leur passion leur apporte la satisfaction qu’ils en attendent. Dès lors, tout ce qui semble de nature à vouloir faire avancer le débat doit être salué. Car, raisonnablement, qui dans la communauté des fans Disney peut prétendre que retourner aux standards fantasmés de 1992 (et pourquoi pas de 1955) ne serait pas une bonne option ? Tout, en réalité, se situe dans la façon d’engager le débat puis de le mener car toute la motivation mobilisée ici pour aborder un sujet aussi digne d’intérêt en vient à transformer une cause louable en un vaste et véritable écran de fumée d’une grande malhonnêteté intellectuelle. Il ne s’agit ; en fait, que d’une pitoyable recherche facile de célébrité à court terme. Et quoi de mieux pour cela, dans le milieu des Fans Disney, que d’attaquer frontalement Disneyland Paris avec des arguments assurément fallacieux mais remarquablement habillés d'un faux-semblant d’objectivité. Faire jouer la corde sensible pour mieux la passer au cou des signataires : quel procédé détestable !

Que cela soit clair, le choix de lancer une pétition n’est pas anodin. Il s’agit, ni plus ni moins, que d’une déclaration de guerre d’une totale agressivité. C’est, en effet, une chose qu’exposer son avis, c’en est une autre que vouloir « lever des troupes » pour peser sur une entreprise et déstabiliser son image, et avec elle, la réputation de ses employés et de ses équipes de direction. C’est d’autant plus malsain comme démarche que le texte prétend ne pas s’inscrire dans une volonté belliqueuse alors même qu’il développe un propos uniquement à charge qu’il emmitoufle de formules à pensée prémâchée.

En réalité, juger Disneyland Paris en 2013 avec la vision de 1992 est malhonnête ; les deux époques n'étant absolument pas comparables. Il ne s’agit pas ici de dire que le Fan de 2013 doit être moins exigeant que celui de 1992. Non, il s’agit de dire que sa vision ne peut être que logiquement différente.
Imaginer que le parc de 1992 satisferait la clientèle de 2013 simplement en revenant au standard d'alors est une hérésie car il s’est tout simplement passé, entre temps, 21 ans ! 21 ans pendant lesquels elle a appris ce qu’était un parc à thème et un resort Disney ; et 21 ans, pendant lesquels Disneyland Paris a lui-même appris à comprendre les attentes de ses visiteurs. Qui croit par exemple qu’un guest actuel puisse se contenter, comme seule forme de sensation, celle procurée par un unique Big Thunder Mountain ? Qui pense encore qu’un visiteur français puisse accepter de ne pas trouver d’alcool au menu de son restaurant ? Et bien de la même façon qu’il est impensable de se passer d’un Space Mountain : Mission 2, ou de la présence de vin ou bière sur les cartes, il n’est pas raisonnable de passer sous silence les avancées du resort parisien. Et cela devient coupable quand, en plus, les conditions financières du resort sont connues de tous et des Fans en particulier. Faut-il avoir la mémoire aussi courte pour oublier l’année noire de 1994 et son risque réel de fermeture ? Disneyland Paris a alors mené de profondes réformes qui lui ont permis de pérenniser son avenir. Que se serait-il passé, à l’époque, si les réseaux sociaux avaient existé ? A en juger par la mentalité développée par quelques-uns sur le web amateur disneyen en 2013, les Fans auraient été invités à tirer à boulets rouges sur le resort alors même qu’il se débattait dans la tempête, dégradant un peu plus son image dans la presse et participant à sa chute. 

Qu’en est-il réellement aujourd’hui ? Disneyland Paris traverse une crise économique sans précédent. Elle n’est pas fatalement liée à sa propre santé financière ou la structure de sa dette (sur laquelle de belles avancées ont été d’ailleurs réalisées et ont donné de l’oxygène à l’entreprise) mais l’est aussi à celle de ses clients tous originaires, peu ou prou, de pays en récession. Et que font, dans ce contexte difficile, les équipes de Disneyland Paris ? Elles se battent, font des choix et des arbitrages ! Elles mènent des réhabilitations que les Fans ont tendance un peu vite à oublier : ici, la rénovation du Château de la Belle au Bois Dormant ; là, celle du Galion du Capitaine Crochet et là-bas, la refonte des Hôtels ou du ranch Davy Crockett. Malgré la disette financière, elles décrochent le lancement de nouveautés : ce fut la boutique World of Disney, ce sera la boutique Lego Store. Elles investissent dans des attractions inédites dont certaines ont de quoi faire la fierté des Fans français comme le récompensé Disney Dreams ! ou le futur secteur consacré à Ratatouille. Elles font aussi des impasses parce que la crise est là et bien là : elles suppriment ainsi des spectacles vivants ou patientent jusqu’à l’ouverture d’une ligne de budget pour rénover tel bâtiment, quitte à devoir se résoudre à  le draper de filets de protection. Elles écoutent et soignent les fans : elles travaillent sur l’approfondissement des gammes Lego, lancent celle de Phantom Manor, publient le Livre des 20 Ans, annoncent l’arrivée dans les  bacs du CD des musiques de Disney Dreams !. Et elles se plantent aussi magistralement avec la réorganisation de l’offre restauration dont les résultats sur le terrain et dans l’expérience des visiteurs est manifestement pire que le mal qu’elle était censée combattre tant manger dans les Parcs relève désormais d’un épuisant parcours du combattant…

Il est une chose sure : Disneyland Paris est dans l’action et fait en fonction de ses moyens du moment. Contrairement à Disneyland Resort, par exemple et parce qu’elle a compris sa portée pour le public européen, la direction du parc parisien n’a jamais supprimé la parade et l’a toujours maintenue et protégée, sans doute au détriment d’autres choses. Mais la conjoncture s’impose à tous ! Disneyland Paris est dans une situation qui le pousse à devoir faire des choix : il est incroyablement inique de prétendre ne pas avoir conscience de cela et faire comme si tout était possible ! C’est pire encore quand cette charge vient de Fans censés connaitre précisément les tenants et les aboutissants de la situation et défendre l’objet de leur passion ! Chercher à débattre est légitime, chercher à abattre ne le sera jamais !

Alors que va-t-il se passer maintenant que la presse a repris à son compte cette pétition détestable ? Disneyland Paris va se faire laminer par l’intelligentsia ambiante trop heureuse de trouver un angle d’attaque inédit. Eh oui, si même les Fans disent que Disneyland Paris est nul, pourquoi s’en priver ?!  Le resort se défendra par des communiqués de presse poliment ignorés par ceux-là même qui les auront sollicités. Une fois le soufflet bien vite retombé (l'actualité de la rentrée va rapidement chasser ce marronnier minablement orchestré) et le mal fait (la mémoire du web est tenace), quel joli bilan les Fans français vont-ils pouvoir tirer : à jouer à qui perd perd, inutile d’espérer le nirvana ! Il suffit d’ailleurs déjà de lire les papiers parus, de consulter les commentaires laissés par les internautes et d’apprécier la nature des attaques contre Disneyland Paris et tout autant contre les Fans Disney qui, au passage, sont accusés d'être,  au mieux   des « enfants gâtés » et au pire des « débiles profonds ». Quant à Disneyland Paris, le temps perdu en plan de communication pour redresser une image de rentrée abimée est autant d'énergie dépensée à autre chose que celle de préparer l'avenir.

Dans cette histoire, tout le monde aura donc perdu : Disneyland Paris d'abord et ses Fans ensuite... Consternant.