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Disney Cinemagic Cinetragic
La Chaine Disney Délaissée !

L'article

Publié le 15 août 2013

Née en septembre 2007, Disney Cinemagic était - comme Chronique Disney l’avait qualifiée à l’époque - la chaine rêvée des fans. Il faut dire que la promesse d’offrir des programmes 100 % Disney avec une partie importante consacrée au cinéma était de nature à faire adhérer le plus sceptique des passionnés. Emettant depuis la Grande Bretagne, un statut lui permettant dès lors d’échapper à la règlementation tricolore et sa politique des quotas de diffusion d’œuvres françaises, ce nouveau canal disneyen premium avait, en effet, les mains libres pour diffuser l’incroyable catalogue cinématographique et télévisuel de The Walt Disney Company.

Six ans plus tard, le bilan est effarant. En réalité, il est à se demander si la chaine n’a pas simplement été plongée dans le formol ! C’est simple : rien n’a bougé depuis 2007. Même l’habillage de l'antenne est resté le même, à la nuance prés des voix-off des bandes annonces de programmes, changées pour s’exiler en Belgique où les coûts de production sont moindres que dans l’Hexagone...
Tout le reste est figé ! La grille de programme, dépourvue d’une ligne éditoriale dignement établie, est ainsi un copier-coller permanent, une machine à recycler les mêmes programmes, au fil des heures, des semaines, des mois et des années.
Là où les chaines de cinéma raisonnent habituellement au mois, en mettant en place une grille inédite, le plus souvent basée sur des cycles (ici, le mois « émotion » ; là, le mois « aventure » ; plus loin encore, le mois « rire »...), Disney Cinemagic en reste, elle, au niveau de l’intention. Alors, certes, des bandes annonces « saisonnalisent » un tant soit peu l’antenne, mais juste pour présenter des films qui collent grossièrement au thème, films qui ont d’ailleurs été le plus souvent déjà proposés le trimestre précédent, quand ce n’est pas carrément le mois d'avant. Ainsi, par exemple, La Légende de Cendrillon, un téléfilm avec la regrettée Whitney Houston, se voit diffusé au moment d’Halloween (il y a une citrouille dans l’histoire !) et lors des fêtes de fin d’année (c'est un conte de fée !)... Mais que le téléspectateur se rassure, il sera aussi à l’antenne en mars et en juin !
En fait, en tout et pour tout, la chaine tourne sur environ 50 films qu’elle rediffuse à l’infini, encore et encore, du 1e janvier au 31 décembre, et ce depuis 2007 ! Et quand, en plus, le téléspectateur a le malheur de tomber sur le canal décalé Disney Cinemagic+1 (à la base un vrai service pour lui), l’overdose est totale... Lassant.

« Même pas vrai d’abord : que fait Chronique Disney du Grand Classique inédit dont Canal Sat vante l’attrait, chaque fin d’année, pour mieux soutenir les ventes d’abonnement à son bouquet à prix Noël ? »
C’est incontestable ! Disney Cinemagic propose bien chaque année un Grand Classique Disney en toute première exclusivité aux moments des fêtes, Grand Classique Disney qu’elle intègre ensuite dans sa grille et... ressort des dizaines et dizaines de fois, les mois et années suivantes... Une chaine pour un Grand Classique Disney inédit par an ? La promesse est tout de même un peu courte pour convaincre ! Pire, ce Grand Classique Disney inédit qui semble faire la fierté de Disney Cinemagic (et le bonheur commercial de Canal Sat !) présente un inconvénient majeur. Acheté à prix d’or, sa diffusion vide littéralement les caisses de la chaine qui n’a ensuite plus grands moyens pour alimenter sa grille en programmes frais.
Mais l’argent n’est pas la seule raison de cette bérézina : l’absence d’écriture éditoriale est aussi flagrante que coupable... Consternant.

La première chose frappante chez Disney Cinemagic est d’abord les innombrables erreurs de nomenclature. La chaine se trompe souvent de nom quand elle annonce une œuvre. Ainsi, le film de 1963, L'Incroyable Randonnée, et son remake, L'Incroyable Voyage, produit trente ans plus tard, sont tous les deux présentés sous l'appellation de 1993, alors même que la chaine diffuse indifféremment l’un ou l’autre des opus... Pire, il lui arrive également de diffuser des films sans les annoncer : Le Prince Donegal, Objectif Lotus ou La Course au Trésor ont été, par exemple, des heureuses surprises de la chaine, finalement assumées après des semaines et des semaines de diffusion fantôme...
Disney Cinemagic n’est, en outre, pas plus en capacité de proposer des intégrales de séries animées ! Chose incroyable, la chaine diffuse en boucle, depuis des années, la saison 1 de La Bande à Picsou, alors même que les autres saisons existent et n’ont jamais eu l’honneur d’une diffusion, bien qu'il soit difficilement concevable qu’elles soient plus chères à diffuser que l'éternelle saison 1. Tout se passe comme si personne n’était derrière le logiciel de programmation et ne se rendait compte qu’il reboote les saisons 1 des séries sans cesse, à l’infini... Et que dire également de la mauvaise habitude d’expurger la saison des épisodes dit « de Noël » ou « d’Halloween » lors d’une diffusion en cours d’année, qui fait que si la série a le malheur de ne pas être diffusée lors de la période adéquate, l’épisode n’est jamais montré aux téléspectateurs ! Et ce n’est pas fini : la chaine ne connait manifestement pas la construction narrative des séries qu’elle diffuse. Ainsi Timon & Pumbaa - Les Héros du Film Le Roi Lion ou Les 101 Dalmatiens - La Série, qui ont souvent des épisodes composés de deux aventures différentes, voient leur ossature complètement démantibulée, histoire de combler artificiellement la grille... Sans parler des aventures divisées sur plusieurs épisodes qui, évidemment, ne sont jamais diffusées dans l'ordre ou en intégralité... Enervant.

Quant à avoir de vrais rendez-vous de patrimoine, c’est un vœu pieu ! Là où TCM Cinéma a su faire son trou et bâtir une grille démontrant le potentiel du genre, Disney Cinemagic n’est même pas capable de consacrer ne serait-ce qu’un seule troisième partie de soirée par semaine (sorte de case de Ciné Club à 23h30) à un film puisé dans le catalogue patrimonial du label que la chaine est censée pourtant défendre. Pour cela, il est vrai qu’il faudrait une volonté et un programmateur connaisseur : deux choses qui font manifestement défaut à la chaine.
Même les fictions du riche catalogue télévisuel Disney, très présentes les deux premières années, sont désormais quasi absentes de la grille et ce, sans véritable raison si ce n’est le manque d’intérêt placé à tort sur les téléfilms... Pire encore, il n’y a aucune case documentaire, aucune vitrine pour Disneynature, même pas une fois l’an... Attristant.

Délaissée, sans moyens financiers, sans ambitions éditoriales, Disney Cinemagic végète et affiche des audiences sans rapport avec son rang. C’est la chaine de l’univers cinéma au sein de l’offre payante la plus faible réunissant, selon Médiamétrie, en moyenne près de 2 300 000 téléspectateurs (couverture sur 4 semaines) ; un score en lente érosion, sondage Médiamat'Thématik après sondage...
La saison 2013-2014 sera-t-elle la saison du renouveau de Disney Cinemagic ? Il est à craindre que non. La grille de rentrée semble une redite de celle de 2012, elle-même redite de celle de 2011... Et-cætera.
Au niveau des séries par exemple, rien de nouveau sous le soleil. Elles sont identiques à la rentrée 2012 alors même que Les Nouvelles Aventures de Winnie l'Ourson et Myster Mask - inédites sur la chaine - dorment sur les étagères ou que d’anciennes séries - diffusées au tout début de Disney Cinemagic et trappées depuis – comme Couacs en Vrac ; Mickey Mania ; Disney's Tous en Boîte ou Les Aventures de Buzz l'Eclair manquent désespérément à l’appel...
Les films et téléfilms, quant à eux, sont les mêmes, tous déjà multi-diffusés, vus et revus depuis l’ouverture de la chaine... Navrant.

Disney Cinemagic dispose d’une signature, d’un label, de deux canaux accessibles sur les plateformes les plus performantes, d’une diffusion en haute définition : elle a entre les mains tous les atouts pour être une véritable pépite au sein du Paysage Audiovisuel Français...  Ce n’est pourtant aujourd’hui qu’une belle promesse qui reste à tenir !

N.B. : le 8 mai 2015, Disney Cinemagic a cédé sa place à Disney CINEMA.