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L’Échec Français des Mondes de Ralph

L'article

Publié le 23 janvier 2013

Les résultats des (Les) Mondes de Ralph en France sont très décevants. Parvenant à peine à taquiner les 1.6 millions de spectateurs, le film réalise clairement une contre-performance. Une situation à l’opposé exact des USA où l’opus a cartonné au point qu’une suite soit sérieusement envisagée.
Mais pourquoi le public français a-t-il boudé les aventures Ralph et Vaneloppe ?

Un thème peu rassembleur.

L’univers du jeu vidéo a, en France, mauvaise presse. En découle une mauvaise réputation auprès des parents qui, à tort ou à raison, le jugent violent et abêtissant. Le thème des (Les) Mondes de Ralph a ainsi réfréné l’ardeur de pas mal de familles qui, période de Noël aidant, lui ont préféré d’autres sujets...

Un marketing peu parlant.

Pris au piège du rejet du thème par le public familial, Disney France a cherché à le camoufler autant que faire se peut. La filiale française, qui n'a pourtant pas lésiné sur les moyens, a dû ainsi se résoudre à se rabattre sur des campagnes publicitaires et autres affiches basées sur les deux seuls personnages de Ralph et Vaneloppe avec l’unique promesse que leur duo serait explosif. Sans autres indices, et juste la rumeur d’un film qui parle de jeux vidéo, le public des familles a choisi de passer son tour...

Un « coup de pied de l’âne » de la régie publicitaire de Disney Channel.

Pourtant chantre de la synergie de ses activités, Disney France a été victime d’un syndrome bien connu dans les entreprises à pléthore de ramifications dit de « la main droite qui ne sait pas ce que fait la main gauche ». Alors que les équipes marketing de la branche cinéma s’évertuaient à « vendre » un film pas facile à présenter, en tant que Disney, au public familial français ; la régie publicitaire de Disney Channel n’a, elle, rien trouvé de mieux que de céder, en novembre et au début décembre, à DreamWorks et Les Cinq Légendes, tous ses écrans de parrainage avant ses programmes les plus populaires (en gros, toutes les séries de la chaine). Dans un modèle où Disney Channel est désormais largement accessible puisque présente sur tous les bouquets (Satellite, Câble et ADSL) en offre basique, la confusion du public a joué à plein. Un « Les Cinq Légendes vous présente votre série Austin & Ally, Phineas et Ferb, Bonne Chance Charlie ou Shake It Up », c’est faire croire à tout un pan du grand public que le film est un Disney... Et quand, en plus, le thème s’y prête, que c’est assurément le Disney de Noël ! Après ça, la branche cinéma de Disney France pouvait bien remuer ciel et terre pour chercher à populariser, sur son nom, Les Mondes de Ralph. Le point était déjà perdu...

Un buzz qui ne prend pas.

Les Mondes de Ralph n’est pas parvenu à créer le buzz. Le film n’a pas été attendu par le public français qui ne lui a accordé de l’attention - et encore : sans aucun vrai enthousiasme - qu’après le lancement de sa campagne marketing...

Un web français hostile.

Dans une démarche d’ouverture louable, Disney France a choisi de montrer en avant-première exclusive le film à un large panel de bloggeurs de cinéma généralistes, pensant booster de la sorte sa notoriété. Sauf que... Les mêmes, dans un vaste - et récent - élan d’argumentations négatives le plus souvent copiées-collées, l’ont littéralement descendu, contribuant à répandre un mauvais buzz généralisé sur la toile francophone, juste avant sa sortie en salles. C’est d’autant plus injuste comme situation, que la presse traditionnelle a, elle, été bienveillante avec Les Mondes de Ralph tout comme le web amateur disneyen qui, dans une large majorité - Chronique Disney en tête - a été, lui, un fervent défenseur de l’opus.

Pour le coup, Disney France n’est pas la seule à subir les conséquences de la mauvaise humeur (pour ne pas dire mauvaise foi) des bloggeurs de cinéma généralistes français : Fox France est en train de vivre une quasi-identique volée de bois-vert inique avec Lincoln accusé d’être « trop américain (!) dans son propos » ou Universal France avec Les Misérables conspué car « trop chantant », un comble s’agissant d’un film musical ! Comme si, actuellement, (le phénomène s’observe en fait depuis 6 mois) dans le microcosme du net amateur français consacré au cinéma généraliste, descendre un film, sur un ou deux arguments (le plus souvent outranciers et repompés chez les « copains ») était devenu un passage obligé pour exister... Quelle posture détestable !

Une tête d’affiche en déficit de notoriété.

François-Xavier Demaison, s’il n’a pas démérité dans sa prestation de doublage du personnage de Ralph, n’a amené sur son nom aucun spectateur supplémentaire. Esseulé, l’acteur-humoriste n’avait pas la capacité suffisante pour cela. Le déficit d’image a été plus cruel encore face au duo, bien plus sexy, formé de Gaspard Ulliel (Jack Frost) et Nolwenn Leroy (La Fée des Dents) pour le premier concurrent du film, Les Cinq Légendes.

Un calendrier de sortie inadapté.

Disney France a choisi de sortir Les Mondes de Ralph, une semaine après son concurrent principal Les Cinq Légendes alors même qu’elle a toujours pour habitude de dégainer la première. Le bouche à oreille positif sur le DreamWorks a eu raison des dernières réticences d’un public qui, face au choix des deux, s’est rabattu sur un film dont la promesse collait plus à la période de Noël. Ce phénomène est d’autant plus marqué en temps de crise où les familles limitent les sorties et ne s’autorisent qu’une séance de cinéma pendant les vacances, jouant alors la sécurité au maximum dans leur décision.

Un label qui ne suffit plus en France à faire venir les spectateurs.

Attaquée de toute part par des productions concurrentes internes et externes, noyée dans une offre en animation de plus en plus grande, la signature Disney a perdu de sa superbe depuis déjà de nombreuses années au point qu’elle ne suffit plus à drainer à elle-seule du public dans les salles. C’est une réalité : elle est dure à entendre pour les fans mais elle doit être prise en compte !

Et après ?

Si l’échec est là (ou le succès pas au rendez-vous pour les plus optimistes) Ralph et Vaneloppe n’ont pas dit leur dernier mot en France. Peu s’en rappellent mais Cars – Quatre Roues, vrai succès aux USA, s’est planté dans l’Hexagone signant le pire score pour un Pixar en salles... Cette situation n’a pourtant pas empêché Flash McQueen de devenir la star des bambins français.

Avant lui, chez Disney cette fois-ci, Lilo & Stitch avait déjà brillé outre-Atlantique mais fauté en France, boudé par le public en salles. Là aussi, ses personnages se sont bien rattrapés par la suite...

Tous les espoirs sont donc permis pour Ralph et Vaneloppe qui, s’ils sont certes « Game Over » sur leur première partie, joueront encore beaucoup d’autres manches...