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Prévue de Zootopie

L'article

Publié le 01 novembre 2015

Les Walt Disney Animation Studios aiment venir présenter en amont leurs prochains films. Cela avait été déjà le cas pour Raiponce, Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros. Zootopie ne déroge fort heureusement pas à la règle. Pour présenter le film dont la sortie en France est programmé le 17 février 2016, Clark Spencer, le producteur a donc fait le déplacement à Paris le 5 octobre dernier.

Né à Seattle, dans l'État de Washington, Clark Spencer sort diplômé de l'université d'Harvard en 1985 avec une licence d'histoire puis travaille trois ans à Wall Street comme associé financier, avant de compléter son cursus à la Harvard Business School, où il obtient un MBA en 1990. Il rentre chez Disney peu de temps après en qualité de chargé du développement sénior au département finances et planification. Il gravit vite les échelons en travaillant, entre autres, au lancement de Disney Channel Asie ou à l'acquisition de Miramax Films. En octobre 1993, il rejoint les Walt Disney Animation Studios toujours dans un poste de financier. Cinq ans plus tard, il déménage en Floride où il devient vice-président senior et directeur général du studio d'Orlando. En 1999, Disney lui demande de produire Lilo & Stitch, le deuxième film du studio floridien. Le succès de l’opus est tel qu’il permet à The Walt Disney Company de produire trois suites, une série télé et disposer de personnages qui sont toujours aussi populaires dix ans après ! Il retourne finalement à Burbank en 2002 pour devenir producteur exécutif de Bienvenue Chez les Robinson, mission qu'il reprend pour Volt, Star Malgré Lui, Winnie l’Ourson et Les Mondes de Ralph.

En ce matin du 5 octobre 2015, Clark Spencer présente d'abord le film à un parterre de journalistes et d'étudiants en animation, avant de répondre aux questions du public lors d’une masterclass passionnante. L'après-midi, il s’entretient avec des bloggeurs leader d’opinion dans le cadre d'une table ronde réjouissante. Retour sur ces deux évènements auxquels Chronique Disney a participé. Attention : cet article peut contenir des spoilers dont la teneur est variable selon le niveau de connaissance du film par le lecteur.

La Masterclass

Après une brève introduction de Jean-François Camilleri, Clark Spencer monte sur scène et présente un magnifique montage, diffusé pour la première fois lors de la D23 Expo 2015 et qui reprend certaines des scènes les plus mémorables des Walt Disney Animation Studios. Il prend le soin de revenir sur l'ambiance qui règne actuellement au sein des Walt Disney Animation Studios. L'arrivée de John Lasseter en tant que responsable de l'animation Disney et Pixar en 2006 a, il est vrai, fait bouger beaucoup de choses. Il a tout de suite instauré le "story trust", un processus qui consiste à faire se réunir tous les réalisateurs du studio afin de parler des films en cours de développement, et ce, afin de les améliorer. Cela permet à chaque réalisateur de travailler en groupe, non seulement pour aider à parfaire son propre film mais également ceux de ses collègues. Cette méthode de travail a ainsi été appliquée à Volt, Star Malgré Lui, La Princesse et la Grenouille, Raiponce, Winnie l'Ourson, Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros : elle a notamment permis aux WDAS de retrouver leur place parmi les plus grands ! Le studio et les artistes tentent en effet de se surpasser afin de rendre chaque film unique, toujours divertissant avec l'humour et l'émotion qu'attendent les spectateurs d'un film d'animation Disney.

Clark Spencer rappelle que quatre éléments permettent de savoir que le spectateur regarde un film des Walt Disney Animation Studios :
1 - les artistes de Disney essayent de raconter une histoire intemporelle pour le public d'aujourd'hui ;
2 - les films sont divertissants pour le public autour du monde et ce, pour toutes les classes d’âge ;
3 - les films des Walt Disney Animation Studios proposent un dosage parfait entre humour et émotion ;
4 - les films doivent être dignes du nom de "Walt Disney" qui leur est attaché.
Actuellement, insiste-t-il, les studios Disney vivent une nouvelle renaissance, un quatrième âge d'or. Il rappelle alors que cela fait 25 ans qu'il travaille pour The Walt Disney Company et qu'il se sent le plus chanceux des hommes. Il enchaine en expliquant qu’il a découvert l'animation Disney quand il était jeune en allant voir un Disney, Le Livre de la Jungle. Il voulait alors déjà travailler dans l'animation. Après ses études, il est toutefois parti à New York trouver un emploi dans la finance, sa formation première, et faire alors exactement ce que tout son entourage attendait de lui. Puis un jour, il reçoit le conseil de suivre son cœur et sa passion. Il décide alors de démissionner, de déménager pour Los Angeles et de tenter sa chance à Disney. 25 ans plus tard, il est là à Paris, à présenter le prochain film. Il conseille ainsi aux étudiants présents dans la salle de ne jamais cesser de croire en leurs rêves et de toujours aller de l'avant car la chance existe !

Clark Spencer en vient au sujet principal : Zootopie. Il explique que le réalisateur Byron Howard (Volt, Star Malgré Lui) a voulu rendre un hommage moderne aux films d'animaux parlant anthropomorphes, chers à Disney, comme fut La Mare aux Grenouilles, extrait du film Le Crapaud et le Maître d'École ou encore Robin des Bois. Il a commencé alors à dessiner son projet pour mieux présenter l'idée à John Lasseter qui a tout simplement adoré. Ce dernier a toutefois confié une mission au réalisateur : il fallait un film d'animaux qui n'avait jamais été vu auparavant. Quelque chose de vraiment inédit ! Pour présenter le concept du film, Clark Spencer remontre alors son teaser. Après son visionnage, il précise que de nombreuses recherches ont eu lieu et que les artistes se sont notamment rendus de très nombreuses fois au Parc Disney's Animal Kingdom et ont également fait un safari au Kenya afin d'étudier les mouvements et réactions caractéristiques des animaux. Il montre alors toutes les avancées techniques qui ont été faites sur le film pour rendre le plus fidèlement possible la fourrure des différents animaux. Mais au delà du travail sur les personnages, il y a eu également un gros effort de fait sur l'environnement pour que le lieu soit le plus vivant possible. Le travail sur les ombres ou le mouvement des décors fait que le spectateur aura vraiment le sentiment que le monde qu'il découvre est authentique et non factice ; et ce, grâce à son ancrage dans une réalité plausible. Le but n'est pas que le spectateur le voit mais le ressente. Il a fallu pour cela également travailler le mouvement des personnages et faire que la démarche sur deux pattes soient aussi caractéristiques pour chaque espèce que si elle marchait sur quatre pattes.

Zootopie est donc une ville qui est conçue, pour les animaux, par les animaux. Chose intéressante, l'échelle a un rôle très important dans l'habitat car il existe de petits animaux comme des gigantesques. Dans les précédents films d'animation anthropomorphe, la plupart des animaux avaient en effet tendance à avoir la même taille. Dans Zootopie, ce n'est pas le cas. D'ailleurs de nombreuses trouvailles visuelles font cohabiter des souris et des éléphants dans les même systèmes de transport ou dans les restaurants. Comme toute ville, Zootopie est composée de plusieurs quartiers. Elle est ainsi divisée en plusieurs zones selon le climat d'habitation de ses occupants. Il y a, par exemple, Sahara Square pour le désert, Tundra Town pour les régions glacées ou Rainforest District pour les forêts tropicales sans oublier The Burrows, le quartier des lapins. De nombreuses recherches ont été faites pour rendre cet environnement crédible, par exemple, en séparant les quartiers par des grands murs qui ne sont que des climatiseurs géants renvoyant du chaud d'un côté pour le désert, du froid de l'autre pour la région de la toundra et dont la condensation entre les deux crée l'humidité pour la zone tropicale.

Dans cette ville de Zootopie qui semble idyllique, les habitants ont eu aussi leurs propres problèmes. Le premier d'entre eux réside dans la force des stéréotypes et l'impossibilité de sortir des cases dans lesquelles la société renferme chacun. Parmi eux, l'héroïne de l'histoire, la lapine Judy Hopps, ne rêve que d'une chose : devenir un flic extraordinaire. Sauf que les lapins ne sont pas censés être des policiers : en voulant suivre son rêve, elle deviendrait donc le premier lapin dans l’histoire de Zootopie à entrer dans la Police. En effet, seuls les animaux à gros gabarits comme les bisons, les hippopotames ou les rhinocéros forment les forces de l'ordre. Mais voilà, Judy est d'une nature optimiste et va tout faire pour réaliser son rêve même si elle doit passer par la case pervenche pour réussir. Dans le cadre de cette mission, elle fait la rencontre inopinée de Nick Wilde, un renard un peu filou, qui va être l'élément-clé dans une enquête qu'elle veut mener pour montrer ce dont elle est capable. Elle est d’ailleurs d’autant plus motivée que si elle échoue, elle devra quitter la police. Nick, lui, a une philosophie totalement différente de Judy. Pour le renard, chacun est ce qu'il est et il est impossible de dépasser sa condition. L'union de ces deux animaux, censés être rivaux, va donc les faire évoluer sur leurs positions respectives mais également se rendre compte qu'ils sont dans une histoire bien plus complexe qu'ils ne croient et où la ville de Zootopie même pourrait être en danger...

Au cours de la présentation et pour mieux illustrer son propos, Clark Spencer présente plusieurs extraits dont certains avaient été déjà montrés au cours de la D23 Expo 2015. Le premier extrait est pourtant totalement inédit. Il s'agit de la séquence de la chanson Try Everything interprétée par Shakira, qui assume le personnage de Gazelle, la pop-star de Zootopie, et qui accompagne l'héroïne alors qu'elle arrive dans la capitale. Cette première scène est vraiment impressionnante car les décors y sont à la fois beaux et ingénieux, et ce alors même que la séquence est loin d'être finalisée dans son rendu. La chanson est superbement rythmée et illustre à merveille l’introduction ainsi que l'état d'esprit de Judy.
Le second extrait est celui de la rencontre entre Judy et Nick, qui a évolué par rapport à la même séquence montrée au D23 Expo. Plus courte, et un peu moins drôle, elle change le point de vue de la scène. Par contre, la différence entre les deux extraits permet de bien appréhender le processus de production d'un film d'animation : analyser le pourquoi de la différence est passionnant.! Le producteur reviendra dessus lors d'une question à la table ronde…
Le troisième extrait est également inédit. Il montre Judy qui rentre chez elle après un premier jour de boulot : un peu découragée, elle fait néanmoins semblant que tout va pour le mieux quand elle reçoit un appel de ses parents. La scène est amusante non pas pour ce qu'elle raconte qui a été vu et revu avec des acteurs en chair et en os, mais surtout grâce à l'environnement adapté aux animaux où une trouvaille visuelle se retrouve presque à chaque plan.
Le quatrième extrait inédit voit Judy convaincre (contraindre) Nick de l'aider dans son enquête. La scène est très amusante car le renard qui sous-estime totalement la lapine se fait avoir en beauté.
Le cinquième extrait fait autant sensation que lors de la D23 Expo 2015 : il se déroule au Service des Cartes Grises de la Préfecture de Zootopie et déclenche les rires de la salle. Tout simplement hilarant, il est digne de la séquence culte de la Maison Qui Rend Fou dans Les 12 Travaux d'Astérix.
Le sixième et dernier extrait inédit se déroule à Tundra Town dans une ambiance que n'aurait pas renié un film comme Le Parrain. Encore une fois, c'est drôle et piquant.

Questions et Table Ronde

Lors de la fin de la masterclass mais également lors d'une table ronde plus intimiste, Clark Spencer répond aux questions que les bloggeurs se posent sur le film. Retour sur les interrrogations les plus pertinentes.

[Bloggeur] Quel a été le plus gros défi du film ?

[Clark Spencer] Ils furent nombreux : des lieux différents du désert au région froide, avec pas moins de cinquante espèces où il a fallu appliquer différentes textures et autres poils ; les différences d'échelle obligeant à se poser la question du placement de la caméra ; rendre le tout vivant avec le mouvement perpétuel. Mais surtout, c'est l'histoire qui a demandé le plus de travail afin qu'elle soit passionnante tout en ayant plusieurs niveaux de lecture.

[Chronique Disney] Quelle a été votre inspiration pour la ville de Zootopie ?

[Clark Spencer] Multiple en fait. Tundra Town s'inspire de la Russie et de son architecture. Sahara Square est un mélange de Dubaï et de Monte Carlo. Rainforest District mixe les jungles du Pérou et du Brésil. Et si vous regardez bien la carte de la ville, vous remarquerez qu'elle ressemble à Disneyland avec le château au milieu (ici le centre ville) et tous les districts qui sont autour. On a voulu aussi que la ville soit très organique, très animal avec des fenêtres de tailles différentes car il y a des petits et des grands animaux, et donc, elles doivent être adaptées à leur locataire. Pour autant, la ville ne devait pas être totalement inconnue des spectateurs sinon cela aurait été de la science-fiction. C'est pour cela que des éléments connus et familiers sont parsemés de-ci de-là afin que le public se sente en terrain connu tout en assurant un dépaysement.

[Bloggeur] D'où vient le titre du film ? Et pourquoi a-t-il été changé en France ?

[Clark Spencer] Le titre est une combinaison en anglais de Zoo et d'Utopia ce qui a donné Zootopia. Il a été impossible d'utiliser le même titre partout à cause des problèmes de droits. En France, il est le plus fidèle à l’original puisque le titre reprend le même principe mais en français : Zoo + Utopie ce qui donne Zootopie alors qu'au Royaume-Uni ou en Italie, il est devenu Zootropolis.

[Chronique Disney] Pourquoi n’y a-t-il que des mammifères ?

[Clark Spencer] Au départ, lors du développement du film, on est parti sur différents types d'animaux : des reptiles, des oiseaux, des poissons... Puis au fur et à mesure, on s'est rendu que c'est principalement chez les mammifères où il existe deux groupes aussi opposés que les prédateurs et les proies. On a alors surfé sur les préjugés et les stéréotypes du genre. Et comme c'est devenu le thème du film, on a décidé de se limiter aux mammifères tout en se disant, que plus tard, on pourrait découvrir d'autres mondes…

[Bloggeur] Mais pourquoi pas de singes ?

[Clark Spencer] En fait, on y a pensé au début mais finalement on a eu peur que les spectateurs les associent aux animaux les plus intelligents et les plus malins de la ville, en les prenant trop pour des humains. On les a donc enlevé.

[Bloggeur] Quelle est la place de la musique dans le film ?

[Clark Spencer] Zootopie n'est pas une comédie musicale. En effet, c'est un monde moderne et on a pensé que cela n'aurait pas vraiment eu de sens de voir un des personnages se mettre à chanter. Pour autant, la musique a une place importante dans les Disney. Il y a donc des moments avec des chansons comme la scène avec le titre de Shakira. Au-delà de ça, la musique instrumentale a été soignée grâce au talent du formidable compositeur, Michael Giacchino, avec des sons complexes mais également une musique world parfaitement adaptée à l'ambiance du film.

[Chronique Disney] La scène de la rencontre entre Judy et Nick a changé depuis la D23 Expo ? Pourquoi ?

[Clark Spencer] En effet, elle a changé ! Vous avez parfaitement raison. On l'aimait beaucoup car elle était très drôle. Mais elle avait un immense défaut : le public remarquait tout de suite que Nick ne dit pas la vérité. Or Judy ne le voit : elle pense au contraire qu'il dit la vérité. Cette situation faisait que le personnage de Judy apparaissait pas très futée ! Or c’est faux. Si les spectateurs avaient ce sentiment, c’est pour une mauvaise raison, c’est parce qu’ils sont plus en avance qu'elle sur le comportement de Nick, la rendant involontairement bien trop naïve. On a donc dû revenir sur cette scène et la changer afin que le public ne sache pas que Nick ne disait pas la vérité. Il est important au niveau narratif que les spectateurs et Judy soient au même niveau. C'est dur ce processus mais c'est important afin de raconter la bonne histoire.

[Bloggeur] Quelles sont les idées qui ne sont pas retrouvées dans le film ?

[Clark Spencer] Plus que des idées, ce sont des mondes en fait qu'on a été obligé de couper. Il y a avait une ville de nuit avec les chauvesouris, une ville de reptiles ou encore une ville d'animaux australes. Mais à un moment donné, on s'est dit qu'on pourrait passer notre temps à visiter ce monde sans qu'il y ait une histoire. On a donc été obligé de couper, voir même de diminuer le temps de présence de certains personnages (comme les ours blancs) et ceci, afin de se concentrer sur les deux personnages principaux que sont Judy et Nick. J'ai d'ailleurs une anecdote intéressante : à l'origine, le personnage principal était Nick, et non Judy ! C’est lors d'une des séances du "story trust" que nombreux de mes collègues ont fait la remarque que le personnage auquel ils s'attachaient le plus était Judy et non Nick. Au bout de sept mois, il a donc été décidé de recentrer le film sur Judy et de faire de Nick un personnage plus secondaire.

Les premières images de Zootopie sont vraiment prometteuses et prouvent encore une fois que les Walt Disney Animation Studios sont dans leur nouvel âge d'or. Les images montrées sont drôles, belles et inventives. L’attente pour la sortie du film va être longue !