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Tables Rondes autour des Nouveaux Héros

L'article

Publié le 27 janvier 2015

Pour promouvoir la sortie des (Les) Nouveaux Héros en France le 11 février, Don Hall, un des deux réalisateurs du film et Roy Conli, le producteur ont fait le déplacement à Paris les 22 et 23 janvier 2015. Ils ont présenté d'abord le film le 22 janvier au soir devant une salle, comble et comblée, avant de répondre aux questions du public lors d’une masterclass passionnante. Le lendemain, ils se sont entretenus avec un parterre de bloggeurs au cours d'une table ronde réjouissante. Kyan Khojandi, la voix française de Baymax, a également accepté de se prêter au jeu des questions-réponses avec gentillesse et enthousiasme.

Retour sur ces trois évènements auxquels Chronique Disney a participé.

Masterclass
Roy Conli et Don Hall

Roy Conli connait bien la France pour y avoir vécu plusieurs années. Dans son introduction, il rend ainsi un vibrant hommage au pays de Voltaire et la liberté d'expression, montrant comment les attentats survenus quelques jours auparavant l'ont grandement peiné. Don Hall révèle, pour sa part, qu’il s’agit là de sa première venue à Paris et que c'était, pour lui, un rêve de gosse que de pouvoir fouler le pavé parisien.

Après le film, les deux artistes répondent avec passion aux questions de la salle.

[Presse] Comment le projet s'est-il lancé ?

[Don Hall] Quand on présente un film à John Lasseter, on doit venir avec trois idées. Dans mon cas, je suis arrivé avec six ! Depuis ma tendre enfance, je suis aussi bien fan de Disney que de Marvel. Pouvoir faire un film en mélangeant les deux univers était un rêve de gosse. En ce qui concerne Big Hero 6, ce qui m'a plu dans le comics, est en premier lieu son titre . Puis en le lisant, j'ai aimé les personnages, le ton, mais aussi la façon dont avaient été intégrés la pop culture japonaise et l'esprit Marvel. Mais surtout, c'est le thème émotionnel sous-jacent qui m'a paru prometteur : ce garçon de 14 ans qui a perdu ses parents puis qui perd son frère ! Et ce robot qui sert de frère de substitution ! Je me suis dit qu'il y avait là le matériel nécessaire pour faire un grand film Disney.

[Presse] Comment avez-vous mélangé les univers Marvel et Disney ?

[Roy Conli] Même si Marvel a été intégré de suite dans le processus de création du film, il s'agit surtout d'un film Disney. En fait, pour résumer, on peut dire qu'il s'agit d'un film Disney avec de l'ADN Marvel. Ils nous ont laissé le contrôle total de l'histoire. Ce récit où ce petit garçon a besoin d'être "réparé", d'être guéri. C'est à ce moment là qu'un incroyable robot entre en jeu. L'histoire est ainsi totalement différente du comics, fruit d’une liberté absolue de création. Tout ce qui est à l'écran a été mis au service de l’émotion, véritable cœur et moteur du film.


Don Hall et Roy Conli

[Presse] D’où est venue l'idée que les héros n'aient pas de super pouvoirs mais plutôt une grande intelligence ?

[Don Hall] Même si j'adore les super-héros qui ont obtenu des pouvoirs avec des radiations ou via la morsure d'une araignée, je voulais qu'il y ait du réalisme dans le film. En animation, il est possible de faire tout ce que l'artiste désire. Mais il est au final assez rare de se rapprocher de la réalité. C'est pour cela que je voulais que les héros n'aient pas de super pouvoirs mais au contraire qu'ils utilisent leurs cerveaux pour devenir plus forts, et surtout qu'ils soient des férus de technologie.

[Presse] Comment Chris Williams est-il venu vous seconder à la réalisation ?

[Don Hall] Cela faisait un an et demi que nous étions dans le processus de pré-production. On cherchait encore l'histoire. Et il était impossible de se concentrer sur les autres aspects de la production car il est difficile d'être au four et au moulin. Cela fait vingt ans que l'on se connait avec Chris. Il maitrisait déjà très bien l'histoire puisqu'il était au storyboard du film, et c'est même lui qui a eu l'idée de l'apparition de Baymax après la mort de Tadashi, cette rencontre qui allait unir les deux êtres. Je lui ai donc demandé de me rejoindre à la réalisation. Nous avons collaboré ensemble puis je me suis concentré sur l'animation et Chris sur la lumière et les effets spéciaux.

[Roy Conli] Ce qui est important, le cœur de tout, c'est l'histoire. Ils ont choisi de freiner la production pour être surs de trouver la bonne histoire juste avant de rentrer en production. Ils ont commencé l'animation seulement en janvier 2014, et l'animation elle-même s'est réellement faite en 8 mois ! A partir de mars, Don est plus allé vers l'animation et Chris vers la lumière et les effets spéciaux.

[Presse] 8 mois, c'est très court ?

[Roy Conli] A partir du moment où il a été décidé de se concentrer sur l'histoire, il a ensuite été décidé de recourir au nombre d'animateurs suffisant pour tenir les délais. 90 animateurs ont ainsi travaillé sur le film ! Pour l'animation, il y avait Don, puis 5 superviseurs. Et je pense que l'animation du film est plutôt extraordinaire. [NDLR : elle l'est !!] Elle démontre surtout l'importance de la communication et de la coordination au sein d'une équipe.

[Presse] Comment avez-vous développé le personnage de Hiro ?

[Don Hall] Le plus dur c'était de fixer sa personnalité. Surtout que les adolescents de 14 ans, en règle générale, ne sont pas à un moment de leur vie où il sont les plus sympas. Pour sa personnalité, je ne voulais pas qu'il soit trop sage mais plutôt un peu rebelle et surtout débrouillard. Pour son apparence, nous avons immédiatement pensé à une tignasse qui partirait dans tous les sens.

[Public] Ces super héros trouvent leurs pouvoirs dans l'intelligence, et les héroïnes n'ont rien à envier à la volonté des garçons. C'était voulu ?

[Roy Conli] Il y a trois personnages féminins très forts dans le film. Dans la vie de tous les jours, des femmes de caractère se rencontrent tout le temps. Même si le monde que l'on a créé est un univers parallèle, il se veut réaliste. Quand on se balade dans les villes du monde entier de San Francisco à Tokyo, de Paris à Londres, on rencontre cet incroyable mélange de gens différents. Dans nos sociétés, les femmes sont devenues des personnages forts à part entière, on aime ce mélange et le montrer dans nos films est important. Au premier abord, cela semble un film de garçon. Mais les spectateurs seront assez surpris car c'est au moins tout autant un film pour le public féminin.

[Public] Quel part de vous y a-t-il dans ce film ?

[Don Hall] Je suis très proche de Fred, car je suis un véritable fan de comics, même si je n'ai pas la même vie que lui. Par contre, j'aimerai être plus proche de Go Go.

[Roy Conli] Moi je suis Go Go. J'aime jeter des choses à la figure des gens... [Rires]

[Public] Comment avez-vous géré la caméra pour ce film ?

[Don Hall] Nous avions une équipe formidable et notamment un directeur de la photographie qui a fait un travail extraordinaire. Avec Chris, nous ne voulions pas de mouvements de caméra inutiles. Pour nous, il faut qu'il y ait une raison pour que la caméra bouge dans le champ. Dans certains films, la caméra bouge bien trop, tout le temps, ce qui rend illisible la scène. On ne doit banaliser les mouvements de caméra au sein d'une séquence ! C'est logiquement lors des survols de la ville qu'il y avait le travail le plus intéressant de caméra. Nous nous sommes d'ailleurs faits aider par des spécialistes de photographie aérienne pour parvenir à montrer au public le mouvement de caméra que l'on souhaitait vraiment qu'il voit.

[Roy Conli] D'un point de vue technique, San Fransokyo est un seule et unique modèle. C'était principalement 83 000 bâtiments, 4 millions d'arbres, 215 000 lampadaires, des centaines de milliers de voitures... Mais comme c'était un seul modèle, il a été possible de déplacer la caméra où l’on voulait. Comme on avait pris du temps dans la narration, on savait exactement où placer la caméra.

[Public] Pourquoi les héros Disney sont toujours orphelins ?

[Roy Conli] C'est un état intéressant. Cela met les protagonistes dans des situations vulnérables. En tant que spectateur, en particulier en étant enfant, vous pensez au fait d'être seul au monde. Cela met des enjeux émotionnels forts. Cela met la barre très haut dans une narration. Autre chose à noter : la Tante Cass devait être, dans les premières ébauches de l'histoire, la mère d'Hiro. Mais on a dû changer la mère en tante car aucune mère n'aurait permis à Hiro de faire ce qu'il fait.

[Don Hall] On a dû également faire ce changement car si Cass avait été la mère, les deux auraient dû gérer intensément le deuil. De plus, il aurait fallu travailler la relation mère / fils à la mort de Tadashi. Et cela aurait enlevé de la puissance dans la relation entre Hiro et Baymax.

Table Ronde
Roy Conli et Don Hall

[Presse] Une première bande-annonce avec la ville est apparue il y a deux ans. Pourtant, vous avez dit que la production a duré huit mois. Comment s'est-elle déroulée ?

[Don Hall] Cela a commencé avec la recherche avant de commencer la pré-production, en particulier sur Tokyo, San Francisco, la robotique... Puis nous avons développé le monde. Et c'est ce qui est arrivé en premier. On a vraiment beaucoup travaillé sur la direction artistique et le design. Et le test qui a été diffusé a été l'une des premières choses animées pour valider nos choix. Parallèlement à cela, on a travaillé sur l'histoire. Et c'est vraiment là où on passe le plus de temps. En fait, on a fini l'histoire deux semaines avant de terminer l'animation ! On faisait des séquences du storyboard à l'animation puis on repartait sur une autre scène et ainsi de suite. On a aussi fait beaucoup de développements avant de commencer la production. On a freiné la production jusqu'à qu'on soit satisfait de l'histoire. Cela a permis de faire de nombreux tests sur des éléments comme les micro robots, les fractales, l'animation des personnages et l’utilisation de leurs pouvoirs.

[Roy Conli] C'est vers janvier qu'on s'est dit : "Okay, on donne le feu vert pour 15 minutes de production". Et puis trois semaines plus tard, on lançait la production de 15 minutes supplémentaires, et ainsi de suite... On n’a pas été en production totale avant juin.

[Don Hall] C'était un film complexe. L'histoire a été dure à mettre en place. Mais il est très riche au niveau des thèmes et je suis fier que cela résonne chez le public. Hier soir encore, après la projection, des spectateurs sont venus nous dire comment ils avaient apprécié que le film aborde autant de thèmes complexes. Cela a demandé beaucoup de travail et cela fait plaisir de voir que les gens se sont connectés au film à ce point.

[Presse] Tokyo est dans le comics, mais pourquoi avoir choisi San Francisco ?

[Don Hall] Je voulais choisir une ville qui était reconnaissable dans le monde entier. Et je voulais quelques choses avec des éléments iconiques qui resteraient reconnaissables même si on y rajoutait des éléments japonais. Ce serait nouveau tout en étant familier. San Fransisco est ainsi parfaite avec le Golden Gate Bridge, les Cable Cars, et des maisons très iconiques... Et en plus, c’était pour nous très facile d'y aller.

[Roy Conli] C'est intéressant car j'ai beaucoup d'amis français et je leur demande s'ils sont allés à Los Angeles et ils me répondent non mais qu'ils sont allés à San Franscisco. C'est une ville qui est aimée dans le monde entier !

[Don Hall] Et puis personne ne veut voir Los Angeles. Vous pouvez l'utiliser pour un film de gangster mais pour autre chose... Non.

[Presse] Il y a beaucoup de références à la pop culture japonaise. En êtes-vous fan, et de quoi ?

[Don Hall] Oui je suis fan ! J'ai grandi avec les animes puis je suis revenu dedans à l'époque de l'université, quand j'étudiais l'animation, en particulier Miyazaki. On était tous inspirés par les animes mais on n'a pas essayé de reproduire un hommage particulier. On a juste laissé l'inspiration nous pousser à donner un côté anime au film. Baymax semble comme un hommage à Miyazaki. La ville de San Fransokyo est aussi un mélange qui ressemble au réalisateur japonais puisque dans ses nombreux films, il fait un mélange entre la culture japonaise et européenne sans savoir où exactement la limite se trouve.

[Presse] Pourquoi avoir choisi de faire des héros des geeks ?

[Roy Conli] Plus que les geeks, je suis fier que ce film fasse l'éloge de l'intelligence et de la technologie. Après tout, les plus grandes inventions de ces trente dernières années ont été faites par les geeks et ont changé notre façon de vivre. L’une des plus belles expériences de ce film est d'avoir vu cette petit fille dire à sa mère après 20 minutes qu'elle voulait aller l'université. Le message du film célébrant l'intelligence est à mon sens très beau.

[Presse] Vous venez de l'animation traditionnelle. Quel a été votre plus grand défi ?

[Don Hall] J'ai du tout apprendre sur le tard sur l'animation assistée par ordinateur. J'étais un storyboarder et on ne voit pas tellement la différence de processus entre les deux formes d'animation. Le plus gros défi fut d'habituer mes yeux à l'animation CGI. Car il faut d'abord être habitué à ce que tu vois avant de pouvoir faire une critique. Heureusement, tout le monde savait que j'étais nouveau et donc tout le monde a été très compréhensif.

[Presse] Vous avez eu plusieurs casquettes, quel est le rôle qui vous a le plus marqué ?

[Don Hall] Sans vouloir faire dans le politiquement correct, difficile de choisir un rôle en particulier. Mon premier amour restera l'histoire car j'ai commencé par là mais je dois avouer que l'animation m'a réellement passionné. J'ai adoré les réunions avec l'équipe animation qui pouvaient durer trois heures. On avait 90 animateurs sur ce film mais tout s'est fait avec beaucoup de fun et de passion : j'ai beaucoup aimé travailler sur l'animation.

[Roy Conli] J'aime faire en sorte que la communication entre les équipes fonctionne. Mon boulot est que la vision du réalisateur arrive à l'écran. Et on y arrive en faisant communiquer les gens entre eux. Et, plus les gens sont heureux, mieux le travail est fait !

[Don Hall] En particulier, les repas durant les heures supplémentaires ont été gargantuesques ! Il y a eu beaucoup d'heures sup et Roy a pris la décision de nourrir toute l'équipe convenablement. Et tout le monde a très bien mangé et surtout beaucoup durant la réalisation de ce film !

[Presse] Est-ce qu'il a été prévu un univers partagé avec d'autres Disney ou Pixar comme Les Indestructibles ?

[Don Hall] Quand on a choisi Big Hero 6, Marvel nous a dit de ne pas essayer de le faire rentrer dans le Marvel Cinematic Universe. Ils ont déjà le leur et il est très riche ! Ils nous ont encouragé à créer notre propre univers. Et c'est ce qui a donné la ville de San Fransokyo. On aimait bien l'idée que c'était un mélange de Disney et Marvel, de l'univers japonais et occidental... Chez Marvel, même s'il y a un peu plus d'actions, il y a beaucoup d'humour et ils travaillent énormément leurs personnages. Je ne pense pas que cela soit si différent de nous, il a fallu juste atténuer le côté action tel qu'il peut être attendu dans un film Marvel.

[Presse] Le deuxième épisode, c'est pour quand ?

[Roy Conli] Nous n’avons jamais commencé le film avec une idée de franchise. Nous n’en avons jamais parlé. Et nous n’en parlerons pas tout de suite. Nous allons prendre du repos. Nous sommes en promotion depuis deux mois dans le monde entier et nous allons surement revenir autour du début de l'été pour réfléchir à ce que nous allons faire ensuite. Je n'ai jamais été un grand fan des suites. Je préfère travailler sur des idées originales mais c'est vrai aussi que c’est un des films où je pourrais revenir en aimant les personnages. On verra...

Table Ronde
Kyan Khojandi, voix française de Baymax

Kyan Khojandi, né le 29 août 1982 à Reims, est un humoriste, acteur, scénariste et réalisateur français d'origine iranienne. En septembre 2011, il se fait connaitre par le public avec la série télévisée Bref, qu'il a créée et dont il interprète le rôle principal. Diffusée trois fois par semaine à 20h30 dans l'émission Le Grand Journal de Canal+, elle rencontre un succès fulgurant, notamment grâce aux réseaux sociaux (Facebook et Twitter) et à YouTube. Fan du jeu vidéo StarCraft, Kyan Khojandi participe à de nombreux évènements autour de la franchise. Il entame une carrière d'humoriste tout en s'essayant au théâtre (Jamais au Bon Endroit au Bon Moment) et au cinéma (Lou ! Journal Infime). Il est ainsi choisi par Disney France pour interpréter la voix française du robot Baymax.

[Presse] Comment êtes vous arrivé sur le projet ?

[Kyan Khojandi] Un jour, on m'a demandé d'écrire le discours de Bérénice Bejo pour le festival de Cannes. Or, à ce moment-là, elle était en train d'enregistrer Rebelle. Du coup, elle parle et elle dit qu'elle travaille avec un gars qui s'appelle Kyan à Boualem Lamhene de Disney France. Je le rencontre et on cherche un projet ensemble. J'ai toujours rêvé de faire ça, de faire une voix de dessin animé. C'est vraiment un rêve d'enfance. Et puis, à un moment donné, on m'a dit : "il y a Baymax qui est arrivé. Qu'en penses-tu ?".

[Presse] Est-ce facile de doubler un robot ?

[Kyan Khojandi] Ce n'est pas si simple. D'ailleurs, on m'a prévenu de la difficulté de l'exercice. En fait, j'ai vite pris le postulat que ce n'était pas un robot mais un humain avec une voix de robot. Quand on étudie la voix américaine, on remarque qu’ils ont fait un travail qui est super mais que je ne pouvais pas copier. Car cela rendrait le personnage insincère. Baymax parle de manière très protocolaire. On pourrait penser qu'un robot doit avoir une intonation froide. Mais justement, ce n'est plus trop ça dorénavant. Par exemple, on a tous un assistant personnel dans nos téléphones et c'est une voix de plus en plus humaine. J'ai essayé donc de trouver un mélange comme si j'étais quelqu'un de bienveillant pour le personnage. C'est dur car je suis quelqu'un d'hyper malveillant dans la vie ! [Rires] J'ai donc essayé, au contraire, de prendre le côté bienveillant chez moi et surtout, de toujours sourire. C'est quelqu'un qui sourit en permanence, Baymax. On ne le voit pas car il n'a pas de bouche. Mais, à chaque phrase, on la refaisait car cela manquait de sourire. Car quand Baymax parle, on perçoit son sourire.

[Presse] Quelle est la réaction des enfants vis à vis de votre prestation ?

[Kyan Khojandi] En fait, ce n'est pas que les enfants. Il n'y a un niveau d'empathie avec Baymax qui touche toutes les générations. Il y a un lien extrêmement fort avec le personnage et l'histoire. Et il y a un enjeu... J'ai vu le film avant la colorisation, alors qu'il était en noir-et-blanc, et non finalisé car l'animation n'était pas prête. Et pourtant, c'était déjà extrêmement touchant. Pour moi, la clé d'une grande histoire, c'est quand elle te touche comme ça. Il y a une empathie avec les enfants et les parents. Ils veulent un Baymax. Moi aussi à vrai dire. J'en ai un d'ailleurs. Il est chez moi, à côté de mes Chevaliers du Zodiaque.

[Presse] Cela ne vous fait pas bizarre que tout le monde vous réclame ?

[Kyan Khojandi] Non ça va. C'est surtout un grande honneur de faire partie de cette grande famille Disney avec un tel personnage. Il y a des personnages clés et puissants chez Disney comme le Génie dans Aladdin, Timon & Pumbaa dans Le Roi Lion. Je pense que Baymax a le potentiel pour faire partie de ces personnages là car il est vraiment incroyable. C'est une chance. J'ai la chance d'avoir 32 ans en 2015 !

[Presse] Est-ce que vous avez rencontré l'équipe du film et les comédiens originaux ?

[Kyan Khojandi] Non, pas les comédiens. J'ai rencontré le réalisateur et le producteur. Ils sont cools. Ce qui est frappant, c'est qu'on a peur que cela soit la grosse machinerie mais en fait, les projets partent d'une idée sincère de deux gars qui croient en leur histoire. Ce sont des gens comme vous et moi. Quand on voit le parcours de John Lasseter. C'est juste incroyable ! Il y a un documentaire sur Pixar qui est passionnant là-dessus. On y voit juste des enfants qui s'amusent !

[Presse] Quelle est votre scène préférée ?

[Kyan Khojandi] Il y a une scène que j'adore. Hiro vient d'améliorer Baymax. Il se pose sur une sorte d'éolienne. Il y a Hiro qui bouge des pieds en regardant le ciel se coucher. Baymax le regarde et se met à l'imiter en bougeant lui aussi ses pieds. Ce détail est incroyable ! J'aime bien trouver des détails sur la vie de tous les jours. C'est notre job à nous autres artistes de décoder la vie des gens en l’observant. Et ça, j'aurais payé des milliards pour le trouver. Car tu te dis : "Ben oui, les enfants, ils font ça". Jamais un adulte ne bougera ses pieds de cette façon. C'est une observation hyper fine. Et l'observation sert en plus l'histoire. Car le robot veut être son pote, alors il fait comme lui.

[Presse] Quelle est votre marge de manœuvre en tant que doubleur ?

[Kyan Khojandi] C'est un défi. Le personnage n'a pas de bouche. Il n'est pas excentrique. Il est drôle malgré lui. Il faut toujours accepter de dire que le film est drôle, la situation est drôle... Surtout pour un comique. De se dire qu'on n’est pas drôle soi-même, que c'est le personnage qui est drôle et qu'on est au service de l'histoire. J'ai tenté de l'humaniser avec des moments de lâcher-prise. Moi, mon rôle, c'était dans les traductions. Par exemple dans le "check", il fallait trouver quelque chose d'un peu comique. On a essayé plusieurs trucs pour arriver au "PoukaPoukaPouka". Qui marche bien et je trouve ça drôle. Ou alors, quand il n'a plus de batteries, sa voix part dans tous les sens. Donc, tu as une base de texte puis tu te laisses aller. La seule chose c'est que la voix américaine a été un peu plus travaillée en la rendant un peu plus aigüe. La mienne a été moins retouchée.

[Presse] Qu'est-ce que cela vous a apporté en tant que personne ?

[Kyan Khojandi] C'est obligé que cela te touche. On a construit Baymax en se disant avant chaque prise : je ralentis mon débit, je souris, et que de la bienveillance. Quand tu rentres chez toi le soir, tu n'as pas envie de t'énerver. Tu es juste bien. Bon, ben voilà, il y a des gens dans le métro. Cela déborde sur toi. Il y a des acteurs quand ils ont des rôles extrêmement torturés, cela déborde aussi. C'est compliqué de tenir un personnage dur. Mais quand tu as un personnage hyper doux, tu rentres chez toi, et tu es juste bien.