La couleur de l'argent est un exemple parfait
de la nouvelle politique menée par le Président de la Walt Disney Company,
Michael Eisner, à partir des années 80. Résolu à redonner à son studio ses
lettres de noblesses, il entreprend, en effet, de mettre à l'affiche des
productions ambitieuses, faisant appel à des acteurs de renom, des stars
montantes et des réalisateurs réputés tout en s'appuyant sur des scénarii
élaborés. La signature des studios de la Walt Disney Company redevient, alors,
sous son impulsion, peu à peu, de nouveau fréquentable et synonyme de grande
qualité. La politique des labels aide d'ailleurs grandement à ce changement de
mentalité et de réputation. Touchstone se permet ainsi des types de
productions résolument adultes que la signature Walt Disney, elle-même,
n'aurait jamais pu assumer, du fait de son ancrage dans le public familial.
Paul Newman reprend donc, dans la neuvième production du jeune label
Touchstone, le rôle d'Eddie Felson qu'il avait déjà tenu, en 1961, dans
L'arnaqueur de Robert Rossen. Martin Scorsese se charge cette fois-ci
de le diriger. Et comme bien souvent avec ce réalisateur de talent, le charme
opère. Paul Newman fait ainsi des merveilles au point de se voir décerner
l'Oscar du Meilleur Acteur. Le casting, sans aucun doute point fort du film,
offre également à un jeune premier, tout frais sorti de Top Gun,
un rôle dans un nouveau registre pour lui, assurément plus intimiste et
cérébral. Tom Cruise, définitivement rayonnant, re-signera d'ailleurs avec
Touchstone deux ans plus tard pour
Cocktail.

Encensé par la critique, La couleur de l'argent
bénéficie d'une réputation très favorable. Sa qualité est pourtant perfectible.
Son rythme est, il est vrai, excessivement lent. Le film se focalise ainsi sur la psychologie
des personnages, usant et abusant de sous-entendus et de non-dits jusqu'à
l'ennui. Décortiqués à l'extrême, ils ne parviennent pas un instant à se rendre
attachants au point de se demander si Martin Scorsese lui-même ne cherchait pas,
en fait, à provoquer chez le spectateur un rejet salutaire au regard de la
noirceur des rôles-titres. Le récit n'est pas, lui aussi, exempt de défauts. Le
propos se perd dans les méandres de l'histoire et reste, somme toute, confus de
bout en bout, y compris dans sa conclusion.
La couleur de l'argent est à voir pour se faire sa propre opinion.
Chef d'œuvre abouti dans son genre ou film prétentieux et insipide, la question
reste posée...