New York Stories
est un film d'anthologie, assemblage de trois
histoires courtes. C'est une première dans le domaine des films "live" pour les
studios Disney qui ont produit de nombreux films d'anthologie, en animation (Fantasia,
les films d'animation d'anthologie produits durant les années 1940,
Les
Aventures de Winnie l'Ourson et Fantasia 2000). De par son absence de
transitions entre ces séquences, New York Stories est ainsi plus proche de
La Boîte à Musique et
Mélodie Cocktail dont les séquences n'avaient
toutes comme point de rendez-vous que l'utilisation de la musique.
Le thème commun des séquences
de New York Stories est bien entendu la Grosse Pomme et chacune est
réalisée par un réalisateur renommé qu'il est étonnant de retrouver associé aux
deux autres.

Martin Scorsese en est en
réalité à son deuxième coup d'essai chez Touchstone. Il a en effet réalisé
La
Couleur de l'Argent trois ans plus tôt. Né à New York dans une famille
d'immigré siciliens, la ville l'inspire largement dans nombreuses de ses œuvres
(Taxi Driver, New York, New York, Raging Bull, puis plus
tard À Tombeau Ouvert ou encore Gangs Of New York), il n'est donc
pas anodin de le voir ici à la réalisation de la séquence qui ouvre le film.
Dans "Apprentissages", Nick Nolte interprète avec brio le rôle d'un peintre en
mal-être qui cohabite avec la femme qu'il aime sans pouvoir assouvir sa passion
;
cette dernière n'éprouvant plus rien pour lui. Son obsession est retranscrite à
l'écran via un montage souvent nerveux (la scène où Rosanna Arquette l'observe
peindre en est un exemple marquant), se réservant quelques effets de style
audacieux et toujours justifiés (le gros plan encadré de noir sur
le pied de Rosanna Arquette ou bien la rêverie érotique dans les tons bleutés
sont à souligner).
Steve Buscemi (qui jouera ensuite pour Disney dans Billy Bathgate, Les
Ailes de l'Enfer, Armageddon, et prêtera aussi sa voix aux
personnages de Léon dans Monstres & Cie, de Wesley dans
La Ferme se
Rebelle et de Bucky dans Mission-G), apporte sa touche personnelle
lorsqu'il interprète un comédien récitant ses textes devant une assemblée
attentive. Martin Scorsese livre là un court-métrage sombre et intelligent qui
plaira à ses fans et à tous ceux qui se laisseront toucher par cette histoire
d'amour en phase de décomposition. Attention, c'est un court-métrage qui se
mérite et qui n'est pas facile d'accès, d'où l'avantage qu'il soit proposé en
premier, quand le spectateur est encore frais et attentif.
Francis Coppola est le seul des
trois réalisateurs à ne pas être originaire de New York. Il est connu pour ses
grands chefs-d'œuvre Le Parrain (et ses deux suites) et Apocalypse
Now.
Comme Martin Scorsese, Francis
Coppola a déjà collaboré avec Disney trois ans auparavant : il est le
réalisateur de Captain EO, film en relief présenté dans les Parcs à thèmes
Disney mettant en vedette Michael Jackson. En 1996, il réalise Jack,
avec Robin Williams.
Il est également le scénariste
de La Vie Sans Zoë, en association avec sa fille, Sofia (qui sortira de
l'ombre par la suite en réalisant Virgin Suicides et Lost In
Translation).

La Vie Sans Zoë est une fable
mettant en vedette des enfants. La jeune Heather McComb sait rendre convaincant
le comportement mondain de Zoë tout en sachant rester attachante. Cette histoire
d'enfant esseulée par des parents absents sait rester touchante mais survole
parfois certains événements qui s'enchaînent trop rapidement, tant et si bien
qu'il paraît évident qu'elle aurait gagnée à être traitée dans un long-métrage à
part entière. Placée au milieu du film, elle apporte une touche de fraîcheur à
l'ensemble et se laisse suivre sans déplaisir. Toutefois, les critiques l'ont
considérée comme la plus mauvaise séquence de l'opus, lui reprochant sa naïveté et
son manque de profondeur, comparativement aux deux autres.
Woody Allen est, comme Scorsese, originaire de New York (de nombreux films situés dans cette ville parsème sa filmographie) mais, à l'inverse de ses deux prédécesseurs, signe sa toute première participation à un projet des studios Disney (En qualité d’acteur, il tiendra en 1991 le rôle principal à Scènes de Ménage dans un Centre Commercial toujours pour Touchstone). Son Complot d'Œdipe est une comédie réjouissante parsemée de quelques
touches de fantastique dont l'incongruité fait le charme. Il y interprète le
premier rôle et sait parfaitement le rendre attachant et convaincant. Toutefois,
il se fait voler la vedette par Mae Questel, hilarante dans le rôle d'une mère
juive possessive, à la fois insupportable et adorable. La quasi-totalité de ses
répliques font mouche et permettent de ressentir au mieux l'embarras dans lequel son
fils se trouve. La scène où elle est choisie dans le public pour participer au
tour de magie est juste ultime ! Mae Questel interprète son personnage tout en
exagération, et découvrir qu'elle a été la voix de Betty Boop (y compris dans
Qui Veut la Peau
de Roger Rabbit) et d'Olive, dans la série animée qui a inspiré le film
Popeye rend sa prestation encore plus
pertinente !

Woody Allen entame son histoire comme une tranche de vie tout-à-fait classique
et change la donne en y ajoutant un élément fantastique. Celui-ci
choque au premier abord mais s'intègre parfaitement au ton de la séquence : le
tour de force réside alors dans sa capacité à être finalement accepté par le
spectateur, Allen ne se risquant à aucun moment d'expliquer comment tout cela
est possible. Ainsi, Le Complot d'Œdipe conclut le film sur une touche légère et
divertissante au plus haut
point.
New York Stories
est une expérience cinématographique grisante, à la fois dans le fait de
retrouver trois grands réalisateurs au service d'une même œuvre, mais aussi
parce que chacune des séquences ajoute à l'ensemble sa touche particulière. Les
deux tiers du film adoptent un ton plutôt familial même s'il s'ouvre avec une
séquence plus profonde et tourmentée à laquelle tous n'adhèreront pas, malgré sa
qualité certaine. À voir, sans nul doute !